Originaire de Jiangyin (Jiangsu), Shi Nai obtient le grade de licencié (juren 舉人) des examens mandarinaux, avant de sortir diplômé en 1909 de la Grande école métropolitaine (jingshi daxuetang 京師大學堂), qui allait devenir l’Université de Pékin trois ans plus tard. Après avoir enseigné à l’Université normale des filles (Beijing nüzi shifan daxue 北京女子師範大學), il travaille pour le ministère de l’Éducation (jiaoyubu 教育部) entre 1917 et 1927, puis pour le gouvernement provincial du Heilongjiang 黑龍江 en 1930. Il reprend brièvement une carrière d’enseignant à l’Université de droit et de politique de Shanghai (Shanghai fazheng xueyuan 上海法政大學), mais ne tarde pas à rentrer dans le Nord, où il obtient un poste de secrétaire dans l’administration provinciale du Liaoning 遼寧 en 1931.

Après l’invasion japonaise fin 1931, Shi Nai se met au service du Manzhouguo 滿洲國, notamment comme secrétaire du ministère des Affaires civiles (minzhengbu 民政部). Il est recruté en 1940 par le Yuan d’examen (kaoshiyuan 考試院) du gouvernement de Wang Jingwei, dans lequel il occupe les postes de conseiller (canshi 參事) et de chef du Bureau des enregistrements (dengjisi 登記司). On peut faire l’hypothèse que son arrivée à Nankin se soit faite à l’invitation de Jiang Kanghu, alors ministre du Personnel (quanxu buzhang 銓敘部長) et vice-président du Yuan d’examen. En effet, Jiang a enseigné à la Grande école métropolitaine lorsque Shi y faisait ses études et il a fondé plusieurs écoles normales pour fille, comme celle où ce dernier a travaillé par la suite.

Shi Nai est notamment l’auteur, en juin 1941, d’un mémoire appelant à une réforme de la politique des examens et de gestion du personnel administratif (gexin kaoquan zhengce chengwen 革新考銓政策程文). Cette réforme doit permettre de surmonter l’un des principaux écueils auxquels fait face l’administration du gouvernement de Wang Jingwei : la nécessité pour ce dernier de s’appuyer sur le personnel administratif déjà présent en zone occupée, notamment celui du Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府). Cet état de fait découle du manque de défections dans les rangs du Gouvernement national replié à Chongqing et d’enjeux politiques liés à l’intégration des collaborateurs de la première heure dans le nouveau gouvernement. Il implique une double entorse de la part de ce dernier : le non respect du cadre juridique du Gouvernement national qu’est censé restaurer Wang Jingwei en zone occupée et le contournement de la « voie régulière » (zhengtu 正途) des examens de la fonction publique censés garantir la compétence des agents de l’État.

Incarnation des circulations à l’œuvre entre les différentes bureaucraties chinoises du premier XXe siècle – régimes “fantoches” compris, Shi Nai n’a guère laissé de traces sinon dans quelques documents officiels. Son sort à la fin de la guerre n’est pas connu.

Sources : ZMSD, p. 561 ; KG, n°15, p. 49-52.

Né à Shanghai dans une famille de hauts fonctionnaires originaire de Yuyao 餘姚 (Zhejiang) – son grand-père avait été intendant du circuit de Shanghai –, Shao Shijun est le frère cadet de Shao Xunmei 邵洵美 (1906-1968), le « Verlaine chinois ». Il sort sans diplôme de l’Université Fudan 復旦大學 où il rencontre sa femme, Jiang Dongrong 蔣冬榮 (1909-1952). Celle-ci est la fille de Jiang Zungui 蔣尊簋 (1882-1931), ancien chef d’état-major de Sun Yat-sen, mort en prison pour avoir refusé de travailler sous les ordres de Jiang Jieshi.

Au début de la guerre, Shao Shijun remplace l’oncle maternel de son épouse à la tête du bureau des Taxes de Shanghai. En février 1939, il devient chef du bureau général des Taxes des provinces du Jiangsu, Zhejiang et Anhui (Su-Zhe-Wan shuiwushu 蘇浙皖稅務署) au sein du Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府) de Nankin. Cette position stratégique lui vaut le surnom de « Dieu des finances » (caishenye 財神爺) de Shanghai, mais aussi d’être victime de plusieurs tentatives d’assassinat. Shao bénéficie de puissants soutiens dans l’armée japonaise, qui lui assurent une place de choix dans la nouvelle administration, après la formation du gouvernement de Wang Jingwei en mars 1940. Il obtient ainsi la direction du convoité bureau des Impôts (shuiwushu 稅務署) du ministère des Finances (caizhengbu 財政部) ; poste qu’il occupe sans interruption jusqu’à la fin de la guerre. À partir de décembre 1940, il travaille également comme contrôleur (hangjianshi 行監事) à la Banque centrale de réserve (zhongyang choubei yinhang 中央籌備銀行), toujours sous les ordres du ministre des Finances Zhou Fohai, dont il devient proche.

Derrière cette image de “hanjian” (traître) en puissance, qui plus est opiomane, se cache toutefois l’un des principaux soutiens financiers de la guérilla communiste. Ce choix, original parmi les collaborateurs, d’aider les Communistes plutôt que Chongqing s’explique en partie par l’influence de son épouse qui abhorre Jiang Jieshi, responsable à ses yeux de la mort de son père. Le neveu de cette dernière, Feng Shaobai 馮少白 (alias Feng Long 馮龍), est un officier de la Nouvelle 4e armée (xinsijun 新四軍), en poste dans le Nord-Jiangsu. En décembre 1941, Chen Yi 陳毅 (1901-1972) et Liu Shaoqi 劉少奇 (1898-1969) l’envoient en mission à Nankin afin qu’il mette à profit ses relations pour récolter des fonds. Feng est porteur d’une lettre de Chen Yi destinée à Shao Shijun, dans laquelle Chen le remercie pour les 30 000 yuans fabi 法幣 qu’il a déjà offerts au PCC. Feng demande à son oncle par alliance de l’aider à mettre en place une coopération secrète entre la Nouvelle 4e armée et les troupes de Nankin stationnées dans le Nord-Jiangsu. Shao communique avec Feng par l’intermédiaire de Jiang Dawei 蔣大煒, frère adoptif de ce dernier et chef adjoint du bureau des Impôts. Il se dit dépourvu de contacts dans l’armée mais lui remet 10 000 yuans supplémentaires. Il parvient également à débloquer une partie de la cargaison médicale envoyée par Song Qingling depuis Hong Kong, qui avait été mise sous séquestre par les Japonais.

La deuxième mission de Feng auprès de Shao intervient en 1943 et vise à sonder l’attitude de Zhou Fohai et de Chen Gongbo vis-à-vis du PCC, dont ils sont tous deux membres fondateurs. À la date du 2 mars, Zhou note dans son journal personnel que Xiaoyue 筱月 (Shao Shijun) est venu lui dire que Yan’an n’était pas satisfait de sa relation avec Chongqing et cherchait à s’entendre avec le régime de Wang Jingwei. Shao ajoute que l’espion Pan Hannian 潘漢年 (1906-1977) a déjà été chargé de contacter Li Shiqun à ce sujet, mais que ce dernier n’étant pas assez haut placé, il a été décidé de dépêcher Feng Shaobai. Le 8 mars, Shao revient chez Zhou accompagné de Feng. La discussion porte sur la situation internationale : les Anglo-saxons finiront par se retourner contre l’URSS, qui doit donc préparer une alliance avec le Japon. Feng affirme qu’il est à Shanghai sur ordre de Mao Zedong et que seuls trois à quatre dirigeants communistes sont au courant de sa mission. Il rencontre également Chen Gongbo. Jin Xiongbai, qui ne porte pas Shao Shijun dans son cœur, rapporte qu’à l’été 1945, ce dernier est soupçonné par Zhou Fohai d’être impliqué, au moins indirectement, dans un plan visant à l’assassiner.

Au lendemain de la reddition japonaise, Shao et Feng tentent d’aider la Nouvelle 4e armée à prendre pied dans la région du bas-Yangzi, mais échouent en raison des liens étroits tissés par Chongqing avec les dirigeants de Nankin. Le rôle de Shao finit par être découvert par le GMD qui lance un mandat d’arrêt contre lui. Il s’enfuit alors pour le Nord-Jiangsu, emportant avec lui de l’or et des armes pour le PCC. En 1948, Shao prend le nom de Shao Chaojun 邵超軍 et devient fonctionnaire dans le gouvernement municipal de Jinan 濟南 (Shandong), désormais aux mains des Communistes. Feng Shaobai, qui dirige le bureau des Affaires civiles de la mairie de Hangzhou sous le nom de Feng Mengdong 馮萌東, est emprisonné au moment de la Campagne des trois-anti, en 1951. Pendant la Révolution culturelle, Lin Biao 林彪 (1907-1971) et Jiang Qing 江青 (1914-1991) ressortent le journal personnel de Zhou Fohai pour accuser Liu Shaoqi d’avoir collaboré avec les « traîtres » en envoyant Feng Shaobai auprès de Shao Shijun. Arrêté en 1967, Liu meurt en détention deux ans plus tard. Les passages en question du journal sont censurés par l’historien Cai Dejin dans l’édition de 1986, avant d’être rétablis dans l’édition complète de 2003.

Sources : Xu Youchun 2007, p. 786 ; MZN, p. 1078-1079 ; Ma Chenglie 1995 ; Shao Li 1996 ; Rottmann 2004, p. 106-107 ; MZN, p. 1027, 1078-1081 ; Feng Zhengwu 2001 ; ZR, p. 713, 716 ; WKS, p. 304-307 ; Hu Baoqi 1987.

Originaire de Xiaoshan, au sud de Hangzhou, Shen Erqiao effectue ses études à l’École professionnelle d’administration (xingzheng zhuanke xuexiao 行政專科學校) du Zhejiang. Fonctionnaire au bureau du GMD de la province où il dirige le Bureau des femmes (funübu 婦女部), Shen travaille également comme conseiller à la mairie de Hangzhou et comme rédacteur en chef du Hangzhou minguo ribao 杭州民國日報 et du Minshengbao 民生報.

À la formation du gouvernement de Wang Jingwei en mars 1940, il occupe brièvement le poste de vice-chef des Affaires politiques au ministère des Comptes (shenjibu 審計部). Shen fait partie du « groupe des dix » qui constitue alors la faction de Zhou Fohai. Proche de Mei Siping, également originaire du Zhejiang, il occupe par intérim son poste de gouverneur du Zhejiang en 1941. Durant la Campagne de pacification rurale (qingxiang gongzuo 清鄉工作), il prend la tête de la 1ère zone d’inspection administrative (xingzheng ducha zhuanyuan qu 行政督察専員區) du Zhejiang d’avril à septembre 1943, tout en servant comme magistrat du district de Yinxian 鄞縣. En août, Shen est nommé ministre du Personnel (quanxu buzhang 銓敘部長), poste qu’il occupe jusqu’à la fin de la guerre.

Après la dissolution du gouvernement en août 1945, Shen se cache à Shanghai. L’année suivante, un mandat d’arrêt à son encontre est publié par le tribunal de Yinxian, mais Shen disparaît sans laisser de traces.

Sources : Minguo ribao 27/08/43 ; WKS, p. 149 ; Wikipedia.

Natif de Shuozhou (Shanxi), Su Tiren étudie à l’École normale du Shanxi (Shanxi shengli shifan xuexiao 山西省立師範學校), avant de suivre une formation en chimie à l’Institut supérieur de technologie de Tokyo (Tōkyō kōtō kōgyō gakkō 東京高等工業学校). Après son retour en Chine en 1916, il prend la direction du Lycée n°1 du Shanxi (Shanxi shengli di yi zhongxuexiao 山西省立第一中學校) et des Cours préparatoires à l’Université du Shanxi (Shanxi daxue yuke 山西大學預科), tout en occupant des fonctions dans l’administration provinciales, notamment comme directeur du bureau des Affaires extérieures (waijiaochu 外交處). Proche conseiller de Yan Xishan 閻錫山 (1883-1960), Su participe à la conception des réformes économiques entreprises par celui-ci pour moderniser le Shanxi. Envoyé spécial du Gouvernement nationaliste dans l’administration du Hebei en 1928, il démissionne de ses fonctions après la défaite de Yan en 1930 et se retire à Tianjin. Il reprend du service en mai 1932 à la tête du bureau des Finances (caizhengting 財政廳) de l’administration provinciale du Suiyuan 綏遠 (dans l’actuelle Mongolie intérieure) ; poste dont il démissionne en décembre 1934.

Su réapparaît à la faveur de l’occupation. Lorsque le Gouvernement provisoire (linshi zhengfu 臨時政府) met en place un gouvernement provincial au Shanxi en avril 1938, il est nommé gouverneur. Il quitte ce poste pour assurer brièvement l’intérim au poste de maire de Pékin entre la démission de Yu Jinhe 余晉龢 (1887-?) le 28 janvier 1943 et la nomination de Liu Yushu 劉玉書 (1884-?) le 2 février. À la faveur du passage de Zhu Shen à la tête du Conseil des affaires politiques de Chine du Nord (Huabei zhengwu weiyuanhui 華北政務委員會), Su obtient la charge de commissaire du Bureau général de l’Éducation (jiaoyu zongshu duban 教育總署督辦) entre février et novembre 1943, puis de celui des Travaux publics (gongwu zongshu 工務總署) qu’il conserve jusqu’à son remplacement en février 1945 par l’ancien gouverneur du Shandong Tang Yangdu. Après la défaite japonaise, Su rentre à Taiyuan (Shanxi) où il reprend du service au côté de son mentor Yan Xishan en travaillant pour l’armée formée par ce dernier à partir des troupes collaborationnistes et japonaises pour lutter contre le PCC. En 1949, il se réfugie à Taiwan (ou au Japon selon les sources), où il décède trente ans plus tard.

Sources :  SSY, p. 101 ; Xu Youchun 2007, p. 2763 ; MZN, p. 1058, 1131-1132, 1139 ; ADF 327, 11/02/1943.

Fils du sinologue et préfet (gunchō 郡長) Shigemitsu Naomasa 重光直愿, adopté par son oncle pour devenir le 26e chef de sa famille, Shigemitsu Mamoru est formé au droit allemand à l’Université impériale de Tokyo, dont il sort diplômé en 1911. Il réussit la même année le concours de la haute fonction publique et intègre le ministère des Affaires étrangères (gaimushō 外務省). Il débute sa carrière de diplomate en Europe (Berlin, Londres) et aux États-Unis (Portland). Membre de la délégation japonaise à la Conférence de la paix de Paris en 1919, il partage sa chambre avec Arita Hachirō 有田八郎 (1884-1965), qui officiera comme ministre des Affaires étrangères au moment de la formation du gouvernement de Wang Jingwei en 1940. Les deux hommes lancent alors l’Association de réforme (kakushin dōshikai 革新同志会), qui vise à moderniser le Gaimushō.

En poste à la légation de Pékin à partir de 1925, Shigemitsu est nommé consul général de Shanghai en février 1929 et ministre de la légation de Pékin en août 1931, peu avant l’invasion de la Mandchourie qu’il soutient. Il joue un rôle important dans la résolution de l’Incident de Shanghai, l’année suivante, en mobilisant les puissances occidentales pour négocier un cessez-le-feu. Le 29 avril 1932, il perd une jambe dans l’attentat commis à Shanghai par l’indépendantiste coréen Yoon Bong-gil 윤봉길 尹奉吉 (1908-1932), lors de la célébration de l’anniversaire de l’empereur Shōwa. Vice-ministre des Affaires étrangères entre mai 1933 et avril 1936, Shigemitsu s’exprime en faveur d’une “doctrine Monroe asiatique” qu’est en droit, selon lui, de faire respecter le Japon pour maintenir la paix dans la région. Il sert par la suite comme ambassadeur à Moscou, puis à Londres d’octobre 1938 à juin 1941.

De retour à Tokyo, Shigemitsu s’oppose à l’entrée en guerre du Japon contre les Alliés. Peu après l’attaque de Pearl Harbor, il est muté à Nankin comme ambassadeur auprès du Gouvernement national réorganisé ; poste qu’il occupe de janvier 1942 à avril 1943. En bons termes avec Wang Jingwei, qu’il connaît depuis le début des années 1930, Shigemitsu apporte son soutien aux demandes de ce dernier en faveur d’une plus grande autonomie. Dans un long mémorandum intitulé “La Guerre de la Grande Asie orientale et la question de la Chine” (Daitōa sensō to Shina mondai 大東亜戦争と支那問題) daté du 8 mars 1942, il fait le constat de l’impossibilité de réaliser en Chine la “paix complète” (zenmen wahei 全面和平) faute d’obtenir de Jiang Jieshi qu’il accepte les termes de paix imposés par le Japon, a fortiori après sa visite en Inde, quelques jours plus tôt, au cours de laquelle il a réitéré sa loyauté aux Alliés. Plutôt que de continuer à miser sur les opérations politiques visant à diviser le camp de la résistance ou les opérations militaires, Shigemitsu voit dans le “bon gouvernement [zansei 善政]” en zone occupée – à commencer par une politique économique profitant véritablement à la population – l’arme la plus efficace dont dispose le Japon.

Alors que la position du Japon dans le Pacifique se détériore à partir du milieu de l’année 1942, il rédige de nombreux textes de ce type critiquant l’approche purement militaire du Japon et s’alarmant des revers essuyés par l’armée allemande. Shigemitsu appelle à une relance de la diplomatie japonaise afin de contrer la propagande alliée autour de la Charte de l’Atlantique (14 août 1941). Convaincu que le Japon ne peut l’emporter sans gagner “le cœur et l’esprit” des populations asiatiques, il prône une redéfinition de la politique japonaise dans les territoires occupés afin que le discours panasiatiste sur la “libération de l’Asie” ne se limite pas à de la simple propagande. Il est ainsi l’un des principaux promoteurs de la “nouvelle politique chinoise” (tai Shi shin seisaku 対支新政策) adoptée en décembre 1942, qui prévoit d’accorder une grande autonomie aux collaborateurs, la rétrocession des concessions étrangères et, à terme, un retrait des troupes nippones. Elle s’inscrit dans une “nouvelle politique de la Grande Asie orientale” (daitōa shin seisaku 大東亜新政策) devant offrir l’indépendance aux anciennes colonies européennes d’Asie du Sud-Est. Ayant obtenu du premier ministre Tōjō Hideki 東條英機 (1884-1948) l’assurance que cette réorientation générale sera appliquée, il accepte le portefeuille des Affaires étrangères en avril 1943. Durant son mandat à la tête du Gaimushō, renouvelé dans le cabinet de Koiso Kuniaki 小磯國昭 (1880-1950) formé en juillet 1944, Shigemitsu tente de trouver une issue à la guerre et continue à prôner l’émancipation des peuples asiatiques. Dans le même temps, il sert également à deux reprises comme ministre de la Grande Asie orientale (daitōa daijin 大東亜大臣), entre juillet 1944 et août 1945.

Le 2 septembre 1945, c’est lui qui signe, au côté du chef d’état-major Umezu Yoshijirō 梅津美治郎 (1882-1949), l’acte de reddition du Japon à bord du USS Missouri, avant de démissionner de son poste de ministre des Affaires étrangères le 17 septembre. Aux côtés de l’ancien premier ministre Konoe Fumimaro, Shigemitsu est l’un des principaux artisans de la sortie de guerre du gouvernement japonais. Lorsque celui-ci est prévenu, le 2 septembre 1945, que les forces d’occupation s’apprêtent à proclamer, le lendemain, l’administration directe du Japon par les autorités militaires américaines, le jugement par des tribunaux américains des infractions aux lois de l’occupation et la mise en circulation de 300 millions de yens militaires américains, Shigemitsu se plaint auprès du général Douglas MacArthur (1880-1964), qui accepte d’annuler sa proclamation. Il n’en est pas moins jugé comme criminel de classe A lors du Procès de Tokyo, et condamné à sept ans de prison en 1946. Il est libéré parmi 39 autres criminels de guerre japonais, le 11 novembre 1950, sur décision de MacArthur. Shigemitsu fait alors son retour en politique dans les rangs du Kaishintō 改進党 (Parti réformiste). En 1954, ce dernier fusionne avec le Minshutō 民主党 (Parti démocrate), dont Shigemitsu devient vice-président. La même année, il entre au cabinet de Hatoyama Ichirō 鳩山 一郎 (1883-1959) comme ministre des Affaires étrangères ; poste qu’il conserve jusqu’en 1956. Il a laissé des Mémoires (Gaikō kaisō roku 外交回想録, Mainichi shinbunsha, 1953), ainsi qu’une étude de la diplomatie japonaise intitulée Shōwa no dōran 昭和の動乱 (Les troubles de l’ère Shōwa, Chūō kōronsha, 1952), traduite en anglais sous le titre Japan and Her Destiny: My Struggle for Peace (1958). Ses notes sur la politique étrangère entre 1937 et 1946 ont été récemment publiées : Takeda Tomoki 武田知己 (éd.), Shigemitsu Mamoru, gaikō ikenshoshū 重光葵.外交意見書集 (Recueil des lettres d’opinion de Shigemitsu Mamoru), Tokyo : Gendai shiryō shuppan, 2007-2010, 3 vol.

Sources : NKJRJ, p. 257 ; KSDJ ; Dictionnaire historique du Japon, vol. 18, 1992 18, p. 25-26 ; Wikipedia ; Brooks 2000, p. 36 et passim ; ADF 77 ; Shigemitsu 2007, p. 21-22 ; Yellen 2019, p. 144-145 ; Moore 1984, p. 247-248 ; Kushner 2015, p. 258 ; Shigemitsu 1958.

Spécialiste de la Chine au ministère des Affaires étrangères (gaimushō 外務省), Shimizu Tōzō est considéré comme le plus fin connaisseur de la culture chinoise parmi ses collègues diplomates, qui admirent sa maîtrise de la langue et ses talents de calligraphe. Diplômé du Tōa dōbun shoin 東亜同文書院 (Institut de la culture commune est-asiatique) en 1915, il demeure à Shanghai où il travaille pour une entreprise japonaise, sert brièvement dans l’armée entre 1917 et 1919, avant d’enseigner dans son alma mater. Shimizu fréquente alors le salon littéraire de la librairie d’Uchiyama Kanzō 内山完造 (1885-1959), aux côtés d’intellectuels chinois issus du Mouvement du 4-Mai. Il publie plusieurs essais sur la Chine, critiquant la répression par Jiang Jieshi des factions réformistes au sein du GMD, tout en invitant son pays à revoir sa diplomatie à l’égard de son voisin. Il prône le respect des aspirations nationalistes chinoises en saluant le rôle unificateur du GMD.

En 1929, il rentre au Japon pour intégrer le Gaimushō en qualité de conseiller (shokutaku 嘱託) au bureau des Affaires commerciales (tsūshō-kyoku 通商局). Il travaille comme interprète pour l’Armée de terre au début de l’année 1932, avant de retrouver le Gaimushō. Il retourne en Chine en juin 1934 comme secrétaire-interprète de 1ère classe (ittō tsūyakukan 一等通訳官) à la légation japonaise de Pékin, puis à Nankin après l’établissement de l’ambassade en juin 1936. En septembre 1937, il est promu secrétaire de 3e classe (santō shokikan 三等書記官), avant d’être muté au consulat de Shanghai en mars 1938. Le consul général à Hong Kong, Nakamura Toyoichi 中村豊一 (1895-1971), lui présente à cette époque Li Shiqun, qui cherche alors à vendre ses talents d’espion à l’occupant japonais. En lui confiant une mission de renseignement, Shimizu met ainsi le pied à l’étrier à celui qui devait s’imposer quelques mois plus tard comme l’un des principaux hommes forts de l’État d’occupation.

En mai 1939, Shimizu est détaché au bureau de liaison en Chine centrale (Chūka renrakubu 中華連絡部) du Kōa-in 興亜院, nouvel organisme devant centraliser l’administration de la zone occupée au profit de l’Armée de terre et au détriment du Gaimushō. C’est à ce poste que Shimizu est choisi pour intégrer l’Agence de la prune (ume kikan 梅機関) formée par Kagesa Sadaaki afin de piloter la mise en place du gouvernement collaborateur de Nankin après l’arrivée du groupe de Wang Jingwei à Shanghai. Rencontrant presque quotidiennement Zhou Fohai au début de l’année 1940, Shimizu est ainsi l’un des principaux acteurs japonais de la formation du Gouvernement national réorganisé inauguré le 30 mars 1940. En mai, il est nommé secrétaire de 2e classe à l’ambassade japonaise de Nankin et officie systématiquement comme interprète lors des entretiens entre des personnalités japonaises et Wang Jingwei. Il dirige par ailleurs le Bureau de la culture (bunkakyoku 文化局) de la branche locale du Kōa-in, s’investissant dans la refonte des programmes scolaires afin d’aider au rapprochement sino-japonais. Son expertise en matière d’art chinois lui vaut également de siéger au Comité pour la préservation du patrimoine culturel du gouvernement de Nankin. Proche de Shigemitsu Mamoru, ambassadeur à Nankin de janvier 1942 à avril 1943, il demeure l’une de ses principales antennes en Chine après sa nomination comme ministre des Affaires étrangères.

Après la guerre, Shimizu enseigne dans un institut de recherche, avant de poursuivre sa carrière diplomatique qui le conduit jusqu’au poste de chargé d’affaire (kōshi 公使) à l’Ambassade du Japon à Taiwan en 1956. Par ailleurs, il s’investit dans les cercles issus du Tōa dōbun shoin, dont il dirige à la fin des années 1950 l’amicale des anciens élèves – l’Association des amis de Shanghai (Koyūkai 滬友会) – qui constitue alors l’un des trois prolongements après-guerre de l’Association pour la culture commune d’Asie orientale (Tōadōbunkai 東亜同文会), avec la Kazankai 霞山会 (voir Tajiri Akiyoshi) et l’Université d’Aichi 愛知大学. Shimizu joue, par ailleurs, un rôle moteur aux côtés d’Iwai Eiichi et de Yazaki Kanjū dans la création, en juin 1959, de l’Association de bon voisinage (zenrin yūgi-kai 善隣友誼会) destinée à venir en aide aux anciens collaborateurs chinois réfugiés au Japon sans moyen de subsistance et se trouvant “dans une situation d’extrême pauvreté en raison de la maladie ou autre“. Parmi les anciens fonctionnaires pro-japonais de l’ancien gouvernement central de Nankin, seuls sont concernés les dirigeants “à partir du rang de chef de bureau [juzhang 局長], de grade jianren [簡任官, c’est-à-dire désignés par le président du Yuan exécutif] ou supérieur pour les fonctionnaires civil et de grade de général [jiangguan 將官] pour les militaires“. En ce qui concerne l’administration locales, sont concernés les fonctionnaires “à partir du rang de chef de bureau [tingzhang 廳長] ainsi que les magistrats de district [xianzhang 縣長]”. Si l’association dénombre 86 personnes susceptibles d’être concernées par cette aide, son versement n’est attesté que dans le cas de 24 anciens collaborateurs, parmi lesquels Zhao Yusong, Yin Minhui 殷民惠 (veuve de Yin Rugeng) ou encore l’éphémère vice-ministre des Travaux publics du gouvernement de Nankin, Wang Jiajun 王家俊 (1898- ?).

Son frère aîné, Shimizu Toshi 清水登之 (1887-1945), s’est fait connaître comme “peintre de guerre” (jūgun gaka 従軍画家) à partir de 1932. Il est notamment l’auteur d’une toile intitulée Ō shuseki to Chūgoku sansen 汪主席と中国参戦 (Le Président Wang et la participation de la Chine à la guerre, 1944) qui dépeint un Wang Jingwei martial inspectant les troupes en compagnie d’officiers nippons.

Sources : NKJRJ, p. 266 ; NJDJ ; Brooks 2000, p. 59, 151, 229 ; Kato 2013, p. 89-90 ; ZR, p. 223 et passim ; WKS, p. 96, 308 ; ZKD, p. 629 ; Martin 2001, p. 97 ; Cao Bihong et al. 2015, p. 59 ; Wikipedia (Shimizu Toshi) ; Hotta Yukihiro 2016 ; Seki 2019, p. 470-474 ; MZN, p. 1092.

Né à Xiamen en 1889 (ou 1892 selon les sources), Su Xiwen étudie l’économie politique à l’Université Waseda 早稲田大学 (Tokyo). De retour en Chine vers 1916, il travaille dans le commerce en Asie du Sud-Est et en Chine du Nord. Su occupe par la suite des postes intermédiaires dans l’administration provinciale du Guangdong et du Fujian. Membre du GMD proche de Hu Hanmin 胡漢民 (1879-1936), il est pris dans les luttes de factions et doit finalement quitter ses fonctions officielles. Su enseigne alors à Shanghai dans l’Université privée de la persévérance (chizhi daxue 持志大學) dirigée par He Shizhen et dont Hu Hanmin est membre du comité d’administration.

Il semble qu’il se rende par la suite à Taiwan. L’une des nombreuses rumeurs qui apparaissent au sujet de l’obscur Su Xiwen, lorsque sa nomination au poste de maire de Shanghai en 1937 le place sous le feu des projecteurs, fait en effet de lui un Taïwanais. Il est possible que, comme un certain nombre de Fujianais, Su ait bénéficié du statut de “personne enregistrée” (sekimin 籍民) délivré par l’administration coloniale japonaise aux Taïwanais installés sur le continent, mais également à leur famille étendue ; moyen pour le Japon de se prévaloir de ses “ressortissants” en Chine pour mieux peser sur les affaires intérieures du pays. Il se peut aussi qu’il ait, plus simplement, été confondu avec les Taïwanais espionnant en Chine pour le compte du Japon qui se faisaient passer pour fujianais afin d’écarter les soupçons.

On retrouve Su à l’automne 1935 à Xianghe 香河 (Hebei), où il participe au mouvement autonomiste paysan éphémère lancé par Nishimura Tenzō. Après cet échec, Nishimura voit dans l’occupation de la Chine par le Japon à partir de l’été 1937 l’occasion de réaliser ses projets. Il fait une nouvelle fois appel à Su qui, avec la bénédiction de Kagesa Sadaaki, est choisi pour diriger le gouvernement municipal de Shanghai, dit de la “Grande Voie” (dadao shizhengfu 大道市政府) inauguré le 5 décembre 1937. Cette organisation pro-japonaise se distingue des comités de maintien de l’ordre mis en place en Chine centrale. Outre que, à l’image de Su Xiwen, son personnel ne soit pas recruté parmi les notables locaux, le Gouvernement de la Grande Voie ambitionne d’être plus qu’un simple comité en étendant son autorité sur l’ensemble du “Grand Shanghai”. Su s’efforce ainsi d’intégrer dans son administration les comités de maintien de l’ordre (et leur ressources fiscales) établis dans le périmètre de l’ancienne municipalité spéciale, souvent en vain.

La particularité de son gouvernement municipal tient également au fait qu’il se dote d’une idéologie spécifique conçue par Nishimura, mais attribuée à Su Xiwen. Sous prétexte qu’il a été enseignant, ce dernier est présenté par la propagande comme un intellectuel ayant mûri avant-guerre une nouvelle philosophie politique opérant une synthèse entre bouddhisme et taoïsme qu’il nomme “esprit de la Grande Voie”. En plus de ses liens avec les services spéciaux japonais, Su s’appuie sur un réseau fujianais très présent au sein du Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府) établi en mars 1938, auquel s’ajoute les liens politiques tissés dans l’entourage de Hu Hanmin, dont sont issus plusieurs dirigeants pro-japonais comme Chen Qun (également fujianais), Chen Zhongfu, Miao Bin, ou encore Ren Yuandao. Comme tous les collaborateurs de premier plan, Su est la cible des agents de Chongqing. Il échappe à plusieurs tentatives d’assassinat, notamment le 15 avril 1938 lorsqu’une bombe explose dans une réunion à laquelle il participait.

Le 28 avril 1938, le Gouvernement municipal de la Grande Voie est intégré dans le Gouvernement réformé, prenant le nom de Commission municipale de Shanghai (duban Shanghai shizheng gongshu 督辦上海市政公署). Su Xiwen reste en place jusqu’à la création, en octobre 1938, de la municipalité spéciale de Shanghai (Shanghai tebieshi 上海特別市). Remplacé au poste de maire par Fu Xiao’an, Su conserve une certaine influence en tant que secrétaire-général (mishuzhang 秘書長). Il se voit également attribuer la direction du Bureau de l’Éducation (jiaoyuju 教育局) et prend la direction de l’École des femmes pour le développement de l’Asie (Xingyanü xueyuan 興亞女學院) qui doit former les “nouvelles épouses bienveillantes et mères sages” (xin liangqi xianmu 新良妻賢母). Dépité d’être progressivement marginalisé par Fu, Su se plaint auprès de Nishimura, lui-même remplacé comme conseiller par Ishii Seiichi 石井成一. Le bruit court alors que Su espère obtenir la mairie de Hankou, qui vient de tomber aux mains des Japonais.

Après l’assassinat de Fu Xiao’an en octobre 1940, Su récupère le poste de maire, avant de le perdre à nouveau, un mois plus tard, au profit de Chen Gongbo. Par la suite, il dirige la S.A.R.L. des bateaux à vapeur de Chine (Zhonghua lunchuan gufen youxiangongsi 中華輪船股份有限公司) et le Comité de réorganisation des entreprises de transport maritime (hangye caichan zhengli weiyuanhui 航業財產整理委員會). Dans un article intitulé “Nihon no yarikata wa namanurui 日本のヤリ方は生温い” (La façon de faire du Japon est tiède), publié le 1er mai 1941 dans la revue Jitsugyō no sekai 実業之世界 (Le Monde de l’Industrie), Su n’hésite pas à reprocher publiquement à l’occupant de ne pas oser s’emparer de la concession internationale de Shanghai.

On retrouve cette même franchise dans les entretiens qu’accorde Su, en octobre 1941 et en avril 1943, à Kimura Hideo 木村英夫, journaliste du Shanhai mainichi shinbun 上海每日新聞 rattaché au consulat japonais de Shanghai. Leur contenu n’étant pas destiné à être rendu public, Su n’y retient pas ses mots. Il pointe les conditions dégradées dans lesquelles vit la population en zone occupée et sa propre impuissance à agir lorsqu’il était à la tête du Gouvernement de la Grande Voie, en raison de la mauvaise volonté de sa tutelle japonaise. En 1943, alors que la “nouvelle politique chinoise” censée accorder une plus grande autonomie au gouvernement de Wang Jingwei commence à entrer en vigueur, Su dénonce ce dernier comme un “régime criminel” dont la nuisance ira en grandissant si l’occupant lui transfère plus de pouvoir. Il décède à Shanghai le 30 juin 1945.

Sources : Brook 2005, p. 165 sqq. ; MRDC, p. 1660 ; MZN, p. 1135 ; Shieh 1995, p. 172 ; Seki 2019, p. 175, 181, 185-186, 193, 195-196, 490.

[parfois transcrit Shibayama Kaneshirō]

Considéré par Ishii Itarō comme le meilleur spécialiste de la Chine au sein de l’armée, Shibayama Kenshirō suit la voie classique des Shinatsū 支那通, avec la particularité d’être un officier de logistique, corps le plus méprisé de l’armée impériale, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une très belle carrière. Après avoir débuté des études à l’Université coloniale (takushoku daigaku 拓殖大学), il se réoriente vers une carrière militaire en sortant diplômé de l’École d’officiers de l’armée de terre (rikugun shikan gakkō 陸軍士官学校) en 1912, puis de l’École supérieure de guerre (rikugun daigakkō 陸軍大学校) en 1922. Affecté en 1925 à l’état-major général de l’Armée de terre (sanbōhonbu 参謀本部) comme “chercheur sur la Chine” (Shina kenkyūin 支那研究員), Shibayama devient conseiller (komon hosakan 顧問補佐官) de Zhang Xueliang en novembre 1928, peu après l’assassinat de son père Zhang Zuolin par les militaires nippons. De retour à l’état-major général en novembre 1931, à la suite de l’invasion de la Mandchourie, il repart pour la Chine en mai 1933 comme attaché militaire adjoint (bukan hosakan 武官補佐官) à la légation de Beiping (Pékin). À la fin de l’année suivante, il est envoyé en tournée d’observation en Europe et aux États-Unis.

En mars 1937, Shibayama prend la tête de la section des Affaires militaires (gunmuka 軍務課) du ministère de l’Armée (rikugunshō 陸軍省). Opposé comme Ishiwara Kanji à la poursuite des combats en Chine, il s’entretient le 31 juillet avec Ishii Itarō afin d’élaborer avec lui un plan pour amorcer des négociations de paix avec Nankin, qui se concrétise avec la rencontre entre Funatsu Tatsuichirō et Gao Zongwu en août 1937. En juin 1938, il est nommé à la direction de l’agence des services spéciaux (tokumubu kikan 特務機関) de Tianjin, et membre du Comité spécial pour la Chine (taishi tokubetsu iinkai 対支特別委員会) créé en juillet sous la direction de Doihara Kenji pour superviser les opérations menées en Chine par l’armée pour recruter des collaborateurs et déstabiliser le gouvernement de Jiang Jieshi. Accédant au grade de général de brigade (shōshō 少将) en mars 1939, il devient chef de l’agence des services spéciaux de Hankou en novembre. Shibayama s’efforce de résister à la politique centralisatrice du Gouvernement national réorganisé fondé le 30 mars 1940 par Wang Jingwei. S’il montre un visage conciliant à Zhou Fohai, qui le rencontre à Wuhan en mai pour tenter d’obtenir que les autorités locales reversent une partie des impôts au gouvernement central, il entretient des relations exécrables avec Ye Peng.

Promu général de division (chūshō 中将) en octobre 1941, Shibayama succède en avril 1943 à Matsui Takurō comme conseiller militaire suprême (saikō gunji komon 最高軍事顧問) du gouvernement de Nankin. Alors qu’il avait œuvré au morcellement de la Chine occupée en défendant bec et ongles l’autonomie du gouvernement provincial du Hubei et des districts du Jiangxi contrôlés par celui-ci, Shibayama déclare alors à Zhou Fohai qu’il entend désormais consacrer toute son énergie à la réunification du pays. Désabusé, l’homme fort de Nankin note dans son journal personnel : “Les Japonais sont tous pareils ! Ils changent d’avis en changeant de poste“. Sa prise de fonction coïncide avec la mise en application de la “nouvelle politique envers la Chine” (tai-Shi shin seisaku 対支新政策) adoptée en décembre 1942, notamment dans le domaine des “conseillers” japonais, censés éviter dorénavant toute ingérence. Dans les faits, l’assentiment de Shibayama continue à être nécessaire pour toute décision du gouvernement chinois. L’année 1943 est notamment marquée par la disgrâce de Li Shiqun que Shibayama fait assassiner en septembre.

En août 1944, Shibayama est nommé vice-ministre de l’Armée (rikugun jikan 陸軍次官). À ce poste, il tente d’imposer un plan de réorganisation du gouvernement de Nankin prévoyant de transférer l’autorité politique du Yuan exécutif (xingzhengyuan 行政院) au Comité des affaires militaires (junshi weiyuanhui 軍事委員會), tout en renforçant le Bureau des conseillers militaire du Gouvernement national (guominzhengfu junshi guwen bu 國民政府軍事顧問部) en instituant, sous le conseiller militaire suprême, un bureau des affaires militaires et un autre des affaires économiques. Ce projet, dont les dirigeants de Nankin n’apprennent l’existence qu’indirectement, est mis en échec par le ministre des Affaires étrangères et de la Grande Asie orientale, Shigemitsu Mamoru. À l’automne 1944, Shibayama participe à la relance des opérations de paix visant Chongqing, en se rendant à Nankin en compagnie d’Ugaki Kazushige à la demande du premier ministre Koiso Kuniaki 小磯國昭 (1880-1950).

Condamné en novembre 1948 à sept ans de prison pour crime de guerre, il est remis en liberté en août 1951 à la faveur de la Guerre froide. Deux ans plus tard, il prend la direction de la Fédération nationale des pensions militaires (gunjin onkyū zenkoku rengōkai 軍人恩給全国連合会). Shibayama a laissé des mémoires publiés en 2010 sous le titre Kyōdo no senkakusha 郷土の先覚者 (Prophète en son village).

Sources : NRSJ, p. 80 ; Brooks 2000, p. 255 ; KSDJ ; Barrett, Shyu 2001b, p. 49 ; ZR, p. 293, 738, 945 ; AH 118-010100-0033-087 ; AH 118-010100-0036-031 ; Martin 2001, p. 134.

Originaire du Hubei, Shi Xingchuan sort diplômé en 1906 de l’École d’officiers de l’armée de terre (rikugun shikan gakkō 陸軍士官学校) de Tokyo. Officier dans l’Armée du Hubei à partir de 1911, il proclame en décembre 1917 l’indépendance du Hubei occidental à l’appel du Mouvement de protection de la Constitution (hufa yundong 護法運動) de Sun Yat-sen. Après avoir été défait par Wang Zhanyuan 王占元 (1861-1934) en 1918, Shi se lance dans les affaires avec d’autres généraux sans armée du Hubei. À l’issue de l’Expédition du Nord (beifa 北伐), il se réfugie dans la concession japonaise de Wuhan, où il obtient un poste de fonctionnaire.

À partir de 1939, son parcours comme collaborateur est parallèle à celui de son camarade de promotion He Peirong, dont le fils a épousé sa fille, et avec qui il prend la direction du Parti républicain (gonghedang 共和黨) ; une organisation politique créée en avril 1940 pour tenter de peser dans la recomposition politique qui suit la fondation du gouvernement de Wang Jingwei. En effet, les autorités japonaises locales, dirigées par Shibayama Kenshirō, s’appuient sur le binôme qu’il forme avec He pour constituer un régime dont les ambitions régionales débordent le Hubei pour s’étendre au Jiangxi et qui défend son autonomie contres les visées centralisatrices de Nankin après 1940, notamment en matière fiscale.

Lorsque Wuhan est rétrogradée au rang de ville ordinaire en octobre 1943, Shi est nommé maire de Hankou. Peu après la capitulation du Japon, il est condamné à mort mais, grâce à ses relations dans l’armée nationaliste, sa peine est commuée en prison à vie. Il décède peu après de maladie.

Sources : HSRZ, p. 99 sq. ; MRDC, p. 148 ; Cheng Hua 1988.

Biographical Dictionary of Occupied China

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