Jin Xiongbai

金雄白

19041985

Lieu d'origine

Shanghai 上海

Province d'origine

Acteur secondaire du gouvernement de Wang Jingwei, Jin Xiongbai est resté célèbre comme l’auteur du premier et plus important témoignage sur le sujet. Natif de Shanghai, il arrête ses études après le collège. En 1921, il trouve une place à la chambre de commerce générale tout en publiant des articles dans le Shangbao 商報 (Journal du commerce). En 1923, il quitte ses fonctions à la suite de son supérieur Yang Zhuomao 楊卓茂 ; père de l’épouse de Zhou Fohai, Yang Shuhui 楊淑慧. En 1925, Jin commence à travailler pour le Shibao 時報 (Le Temps) comme correcteur. Il monte rapidement en grade, devenant assistant de rédaction puis reporter. Après avoir quitté le Shibao en 1929, il entre au Jingbao 京報 (Journal de la capitale) dirigé par Chen Lifu 陳立夫 (1900-2001).

Alors qu’il est envoyé en août 1929 couvrir la rencontre de Jiang Jieshi avec Zhang Xueliang et Yan Xishan, il fait la connaissance de Zhou Fohai dans le train qui les conduit à Beiping (Pékin). Dès lors, il devient l’un des plus proches collaborateurs de Zhou, qui le recrute comme secrétaire du bureau de formation politique qu’il dirige au sein du quartier général de Jiang (guomin gemingjun zongsilingbu zhengzhi xunlianchu shangxiao mishu 國民革命軍總司令部政治訓練處上校秘書). Jin travaille parallèlement pour de nombreux titres de presse, notamment comme chef du service reportages de l’organe de presse officiel du GMD, le Zhongyang ribao 中央日報 (Central Daily News). Entre 1934 et 1936, Jin se lance dans une carrière d’avocat, avant d’occuper brièvement le poste de rédacteur en chef par intérim du Shibao.

Ayant accepté de rallier le Mouvement pour la paix de Wang Jingwei en 1939 suite à une visite de Luo Junqiang, Jin fait partie de la faction de Zhou, dont il contribue à consolider la position au sein de l’État d’occupation, notamment en dirigeant plusieurs journaux (le Zhongbao 中報, le Pingbao 平報 ou encore le Haibao 海報). Il siège, par ailleurs, dans plusieurs comités du gouvernement : le Comité spécial sur les affaires juridiques du Comité politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui fazhi zhuanmen weiyuanhui 中央政治委員會法制專門委員會), le Comité pour la mise en place du gouvernement constitutionnel (xianzheng shishi weiyuanhui 憲政實施委員會), etc.. Enfin, Jin fonde et dirige la Banque industrielle de Nankin (Nanjing xingye yinhang 南京興業銀行) et travaille, par la suite, dans d’autres établissements bancaires tels que la Banque industrielle de Chine (Zhongguo shiye yinhang 中國實業銀行) et la Banque industrielle de Suzhou (Suzhou shiye yinhang 蘇州實業銀行), en étroite collaboration avec le grand argentier du régime, Zhou Fohai. Jin suit Zhou à Shanghai, lorsque ce dernier est nommé maire de la ville en décembre 1944. Il dirige notamment le Comité de mise en ordre du barreau de Shanghai (Shanghai lüshi gonghui zhengli weiyuanhui 上海律師公會整理委員會).

Arrêté le 2 octobre 1945, Jin est condamné à dix ans de prison, avant de voir sa peine réduite à deux ans et demi. Libéré le 1er avril 1948, il s’installe l’année suivante à Hong Kong, où il reprend ses activités de journaliste. Il donne régulièrement des conférences au Japon pour dénoncer le PCC et publie plusieurs ouvrages sur la question. Il est surtout connu pour son récit de la collaboration qu’il publie, sous le pseudonyme de Zhu Zijia 朱子家, d’abord en feuilleton de 1951 à 1961, puis en 1964 dans un livre intitulé Wangzhengquan de kaichang yu shouchang 汪政權的開場與收場 (Essor et chute du régime de Wang Jingwei).

Cet ouvrage composite, divisé en 313 chapitres, se veut une étude historique du Mouvement pour la paix, mais s’apparente plutôt à des mémoires au fil chronologique décousu. Il contient, en outre, plusieurs sources (poèmes de Wang Jingwei, mémoires de Chen Gongbo). De par sa proximité avec Zhou Fohai, Jin a une bonne connaissance des arcanes du gouvernement de Nankin et livre de nombreux portraits de dirigeants, agrémentés d’anecdotes souvent truculentes. Le livre contient toutefois un certain nombre d’erreurs et décrit sous un jour très positif les activités de Zhou, mais surtout de l’auteur lui-même, qui se présente comme un résistant courageux ayant obtenu la libération de nombreux agents de Chongqing. Cet ouvrage est le premier à justifier la collaboration en relançant la théorie du « double jeu » (shuanghuang 雙簧) selon laquelle Jiang Jieshi et Wang Jingwei auraient agi de concert, l’un à Chongqing l’autre à Nankin. Jin évoque ainsi l’existence de trois lettres envoyées par Jiang prouvant cette alliance secrète, mais dont il ne donne aucune preuve. Il cite, par ailleurs, une lettre qu’aurait laissée Wang à Jiang au moment de faire défection, dont les derniers mots, sans doute apocryphes, sont passés à la postérité : « À partir de maintenant vous avez le beau rôle tandis que je me charge de la tâche ingrate [jinhou xiong wei qi yi, er di wei qi nan 今後兄為其易,而弟為其難] ». Ce faisant, Jin remet en cause l’un des seuls consensus alors partagés des deux côtés du détroit de Taiwan, ce qui explique que son livre soit longtemps resté interdit aussi bien en Chine populaire qu’en Chine nationaliste. À la fin de sa vie, Jin publie des souvenirs de sa carrière dans la presse réunis dans l’ouvrage Jizhe shengya wushinian 記者生涯五十年 (Un demi-siècle dans la carrière d’un journaliste) paru en 1988. Installé au Japon à partir de 1974, il décède dix ans plus tard. Son livre sur le régime de Wang Jingwei a servi de base au roman historique fleuve de Gao Yang 高陽 (1926-1992), Fenmo chunqiu 粉墨春秋 (Chronique d’une mascarade) publié à Taiwan en 1981.

Sources : Xu Youchun 2007, p. 879 ; WKS ; Feng Juefei 1995 ; Liu Shaotang 2015, p. 104-109 ; Xu Xiaoqun 2004, p. 71 ; Wang Ke-wen 2002, p. 60 ; Li Songlin 1993, p. 497 ; ZKD, p. 450.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Jin Xiongbai  金雄白 (1904-1985)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/jin-xiongbai/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

Biographical Dictionary of Occupied China

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