Né Zhang Xingyi 張星儀 le 24 mai 1893 à Meixian 梅縣, dans l’est du Guangdong, Zhang Ziping adopte vraisemblablement son nom littéraire durant ses années de formation au Japon, entre 1912 et 1921. Issu d’une région considérée comme l’un des foyers historiques de la culture hakka (kejia 客家), il grandit dans un milieu où l’éducation, la mobilité sociale et les traditions orales occupent une place importante. Sa famille bénéficie à l’origine d’une aisance relative, reposant à la fois sur le commerce de la soie et sur la possession de terres agricoles. Cette situation se détériore toutefois avec l’évolution du commerce maritime et le recul de l’économie rurale, qui provoquent un déclin progressif de la fortune familiale. Zhang Ziping est d’abord scolarisé à l’École sino-occidentale de Guangyi (Guangyi zhongxi xuetang 廣益中西學堂), établissement confessionnel chrétien, dont il critiquera plus tard l’hypocrisie morale dans plusieurs romans tels Shangdi de ernümen 上帝的兒女們 (Les Enfants de Dieu). En 1910, Zhang Ziping est admis à l’École supérieure de police des deux Guangdong (Liangguang gaodeng jingcha xuetang兩廣高等警察學堂), créée en 1908 dans le cadre des Nouvelles politiques (Xinzheng 新政), qui établissent des établissements équivalents dans chaque province sur le modèle du Japon. Cette période joue un rôle important dans sa formation littéraire qu’il développe à travers sa lecture de revues comme Dongfang zazhi 東方雜誌 et Xiaoshuo yuebao 小說月報. Zhang se passionne en particulier pour les récits sentimentaux, parmi lesquels Suiqin lou 碎琴樓 (le Pavillon du Luth brisé). Publié sous forme de feuilleton dans Dongfang zazhi à partir de 1910, ce roman de He Zou 何諏 (1884-1927) participe de la transition entre roman lettré et fiction sentimentale moderne. Comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, Zhang lit également les traductions de Lin Shu 林紓 (1852-1924) comme La Dame aux camélias (Bali chahua nü yishi 巴黎茶花女遺事) et Joan Haste (Jiayin xiaozhuan 迦茵小傳), qui contribuent à son ouverture à la littérature occidentale et l’initient à une forme de narration à la première personne centrée sur l’expression intime des sentiments.
La Révolution de 1911 marque un tournant dans son parcours. Le gouvernement révolutionnaire du Guangdong attribue alors des bourses d’études au Japon à de jeunes gens pouvant faire état de leur participation à l’insurrection. Zhang Ziping parvient à bénéficier de ce dispositif en se forgeant, de toutes pièces, un passé révolutionnaire. Les études qu’il mène au Japon entre 1912 et 1921 lui permettent de rompre avec une trajectoire provinciale encore incertaine et d’intégrer les réseaux intellectuels qui façonneront son œuvre. Après une formation accélérée en japonais, il intègre en septembre 1914 la Première École supérieure de Tokyo (Daiichi kōtō gakkō 第一高等學校), classe préparatoire aux universités impériales. Il y rencontre deux condisciples de sa promotion, Yu Dafu 郁達夫 (1896-1945) et Guo Moruo 郭沫若 (1892-1978). En septembre 1918, il est admis à la faculté des sciences de l’Université impériale de Tokyo, où il se spécialise en géologie. Les neuf années qu’il passe au Japon sont décisives pour sa formation intellectuelle et littéraire. C’est à l’été 1918, lors d’un voyage avec Guo Moruo sur les rives de la baie de Hakata 博多 (Kyūshū), que les deux hommes évoquent pour la première fois le projet de fonder une revue littéraire. Durant cette période, Zhang Ziping rédige sa première nouvelle Yuetanhe zhi shui 約檀河之水 (Leseaux du Jourdain), achevée en juin 1920 après trois années de travail et sept ou huit versions successives. En juin 1921, Zhang cofonde à Tokyo la Société de la création (Chuangzao she 創造社) et sa revue éponyme aux côtés de Guo Moruo, Yu Dafu, Tian Han 田漢 (1898-1968) ou encore Cheng Fangwu 成仿吾 (1897-1984). La place de Zhang Ziping est résumée par l’écrivain et médecin Tao Jingsun 陶晶孫 (1898-1954) en une métaphore anatomique : « [Guo] Moruo est l’ossature de la Société de la création, je suis ses ligaments, [Zhang] Ziping sa chair et [Yu] Dafu sa peau », manière de dire que c’est Zhang qui représente la matière romanesque et narrative, donnant corps à l’ossature intellectuelle incarnée par Guo Moruo. Dans le sillage du Mouvement du 4-Mai, le groupe participe au renouvellement de la littérature chinoise moderne en privilégiant la langue vernaculaire (baihua 白話), l’expression subjective et l’expérimentation de formes narratives nouvelles, nourries par les littératures occidentales et japonaises. À son retour en Chine, Zhang épouse Xiong Shuqin 熊淑琴, la fille de l’ancien responsable des étudiants boursiers à l’ambassade de Chine au Japon, Xiong Sucun 熊素村, également originaire de Meixian.
En 1922, Zhang Ziping publie le roman semi-autobiographique Chongjiqi huashi 沖積期化石 (Fossiles de la période alluviale). Dans un paysage littéraire chinois encore largement dominé par la nouvelle et les textes courts, il est l’un des précurseurs du roman long (changpian xiaoshuo 長篇小說), qui devait s’imposer comme la forme reine du roman chinois moderne. Au sein de la Société de la création, Zhang Ziping défend une conception de la littérature fondée sur la subjectivité, l’expression individuelle et l’autonomie esthétique vis-à-vis des modèles occidentaux et japonais. Parallèlement à ces débuts remarqués en littérature, Zhang contribue également à développer la discipline à laquelle il a été formé en publiant, en mai 1922, un manuel de géologie et de minéralogie destiné à l’enseignement secondaire. À cette époque, Zhang Ziping semble encore vouloir faire de la géologie sa profession principale. Il obtient ainsi un poste de directeur dans une mine de plomb à Jiaoling 蕉嶺 (Guangdong), mais la faillite de la mine en 1924 l’amène à se tourner vers l’enseignement. Recruté par l’Université nationale de Wuchang (Guoli Wuchang daxue 國立武昌大學), il est d’abord rattaché au département de biologie, où il assure des cours de géographie physique et de géologie, avant d’être nommé au département de littérature chinoise. En mars 1928, à l’invitation de Cheng Fangwu, Zhang s’installe à Shanghai et rejoint le département éditorial de la Société de la création. En septembre de la même année, il fonde la Librairie du rassemblement joyeux (Lequn shudian 樂群書店) et lance la revue bimensuelle Lequn 樂群. Zhang compte alors parmi les écrivains les plus en vue de Shanghai. Il publie au total vingt-quatre romans, parmi lesquels Feixu 飛絮 (Ballottées par les vents, 1926) et Taili 苔莉 (Taili, 1927), ainsi que sept recueils de nouvelles tels que Meiling zhi chun 梅嶺之春 (Printemps dans les monts Mei, 1928). Plusieurs connaissent un grand succès commercial, avec de nombreuses rééditions. En 1930, Feixu en est déjà à sa onzième édition pour 23 000 exemplaires vendus. Les romans de Zhang répondent aux attentes d’un lectorat urbain avide de récits sentimentaux. Cette réussite attire toutefois les critiques, notamment de la part d’un autre romancier formé à la géologie : Lu Xun. Dans un essai intitulé « Zhang Ziping shi de “xiaoshuo xue” 張資平氏的「小說學」» (La “science romanesque” selon M. Zhang Ziping) paru en février 1930 dans le mensuel Mengya 萌芽 (Les Bourgeons), ce dernier résume l’œuvre de Zhang à un seul symbole : le triangle. Il fait référence aux intrigues amoureuses triangulaires (sanjiao lianxing xiaoshuo 三角戀愛小說), qui deviennent la marque de fabrique de Zhang. Cette formule lapidaire devait rester durablement attachée au nom de Zhang Ziping dans la critique littéraire de l’époque. Dans une analyse récente, Lu Hongzhen montre que le motif du triangle amoureux chez Zhang Ziping puise en partie dans la tradition des chants montagnards hakka de Meixian. La répétition, dans nombre de ses romans, du triptyque narratif « désir amoureux-liaison clandestine-séparation » reprend une représentation des rapports entre les sexes propre à cette culture dans laquelle a baigné Zhang. Toutefois, au tournant des années 1930, son goût pour les ménages à trois et son penchant pour un érotisme parfois scabreux valent à Zhang Ziping d’être violemment attaqué. Autre grand écrivain passé à la postérité, Shen Congwen 沈從文 (1902-1988) s’en prend ainsi à Zhang dans son essai « Lun Zhongguo chuangzuo xiaoshuo 論中國創作小說 » (Sur la création romanesque en Chine) publié en avril 1931 dans le mensuel Wenyi 文藝 (Lettres et arts). Il lui reproche d’avoir perverti la nouvelle « école de Shanghai » (Haipai 海派) : « C’est lui qui a brouillé les frontières de la littérature du haipai, qui a agi sur les tendances littéraires naissantes en les détournant des buts élevés vers lesquels elles se portaient avec enthousiasme, pour encourager un goût de bas étage, influençant ainsi les lecteurs et les auteurs » (cité dans Wu Fuhui 2000, p. 230).
Zhang Ziping assume sa réussite commerciale en faisant preuve d’un rapport décomplexé à l’argent. Dans un texte autobiographique intitulé Xie gei shei de xin 寫給誰的信 (À qui cette lettre est-elle destinée ? ), il écrit que « l’or est tout-puissant [黃金萬能] » chez les humains. Si on retrouve des propos similaires chez Lu Xun pour moquer l’hypocrisie des bien-pensants, la production littéraire de Zhang le place de manière croissante en porte-à-faux par rapport aux milieux littéraires chinois, notamment vis-à-vis des membres de la Société de la création. En effet, la conversion de Guo Moruo au marxisme voit celle-ci changer de ligne, loin de la défense du romantisme et de l’art pour l’art de ses débuts, au point d’être interdite par les autorités nationalistes en février 1929. L’essor de la littérature prolétarienne met à l’honneur des récits portant sur les rapports sociaux et la conscience de classe. Les romans sentimentaux, qui ont fait la renommée de Zhang, apparaissent de moins en moins légitimes. Ils lui valent d’être rangé dans la catégorie des écrivains « bourgeois » ou « marchandisés » (shangrenhua 商人化). Les histoires d’amour ne sont désormais acceptables qu’à condition d’être porteuses d’une transformation politique ou sociale. Zhang tente de s’adapter à cette nouvelle mode en adoptant un vocabulaire révolutionnaire. Cette conversion formelle ne lui gagne toutefois pas les faveurs des milieux de gauche et semble confirmer, aux yeux de la critique moderniste, le caractère superficiel de son œuvre. Sa marginalisation est illustrée par une affaire qui fait grand bruit dans les milieux littéraires au début de l’année 1933. En décembre 1932, Zhang est invité par Li Liewen 黎烈文 (1904-1972) à publier dans le supplément littéraire Ziyoutan 自由談 (Libres propos) du Shenbao 申報 connu pour avoir abrité les auteurs de l’école des Papillons et Canards mandarins (yuanyang hudie pai 鴛鴦蝴蝶派). Li souhaite alors rompre avec cette tradition des feuilletons sentimentaux. À partir du 1er décembre 1932, Zhang fait paraître Shidai yu ai de qilu 時代與愛的歧路 (Les Chemins divergents de l’époque et de l’amour). Cependant, en avril 1933, la rédaction interrompt brutalement le feuilleton « à la demande des lecteurs ». Cette décision provoque une vive polémique. Li Liewen est attaqué par le puissant tabloïd Jingbao 晶報 (The Crystal) qui lui reproche d’être contrôlé par les écrivains de gauche. De fait, le mépris dans lequel Zhang est tenu par ces derniers va croissant. Dans une lettre adressée le 15 mai 1934 à Yang Jiyun 楊霽雲 (1910-1996), Lu Xun va jusqu’à comparer Zhang à l’une des figures les plus honnies de l’histoire chinoise : « La différence entre Zhang Ziping et Lü Buwei, c’est que Zhang ne recherche que le profit là ou Lü recherchait la célébrité […] Zhang est d’une espèce encore plus basse » (cité dans Wu Fuhui 2000, p. 230). Zhang achève néanmoins le roman qu’il publie en novembre 1933, avant de le rééditer en décembre 1936 sous le titre Qingnian de ai 青年的愛 (Amours de jeunesse).
Passé de mode, Zhang Ziping voit sa situation matérielle se détériorer, tandis que la librairie Lequn ferme ses portes. Son nom devient un repoussoir, même lorsqu’il republie ses livres sous de nouveaux titres et en les signant Zhang Ping 張平. Il retrouve un emploi aux Presses commerciales de Shanghai (Shangwu yinshuguan 商務印書館), dont le directeur général Wang Yunwu 王雲五 (1888-1979) lui propose un poste de rédacteur d’ouvrages de géologie et de sciences naturelles. Zhang ne se retire pas pour autant du débat intellectuel. Son rejet par les milieux de gauche ne l’empêche pas de prendre comme eux position contre la politique jugée trop tiède des autorités nationalistes face à l’expansionnisme japonais. En juin 1933, il fonde avec Zeng Jinke 曾今可(1901-1972), Li Jinming 黎錦明 (1905-1999) ou encore Hu Huaichen 胡懷琛 (1886-1938) la Société de discussion sur les arts et les lettres (Wenyi zuotanhui 文藝座談會) et la revue Wenyi zuotan 文藝座談. Celle-ci sert de tribune à des attaques répétées contre la Ligue des écrivains de gauche (Zhongguo zuoyi zuojia lianmeng 中國左翼作家聯盟) et son plus célèbre représentant, Lu Xun. Zhang diffuse la rumeur selon laquelle ce dernier aurait reçu 10 000 yuans du libraire Uchiyama Kanzō 内山完造 (1885-1959), accusé d’être un espion japonais. En juillet 1933, Zhang publie deux articles importants qui dénoncent à la fois l’impérialisme japonais et la naïveté de la gauche chinoise. Dans « Cong zaoshang dao xiawu 從早上到下午 » (Du matin au soir), Zhang conteste la possibilité d’une alliance prolétarienne sino-japonaise, en affirmant que les ouvriers et paysans japonais sont déjà acquis au nationalisme impérialiste. Dans « Zuoye Xue shi youqing 佐野學氏右傾 » (Le virage à droite de M. Sano Manabu), il répond au portrait que fait Chen Binhe du dirigeant communiste japonais Sano Manabu 佐野學 (1892-1953) en internationaliste. Zhang soutient au contraire que Sano s’est rallié au nationalisme japonais. Ces prises de position lui valent d’être identifié par les autorités de l’Archipel comme un propagandiste hostile au Japon. En octobre et novembre 1933, Fujinuma Shōhei 藤沼庄平 (1883-1962), alors inspecteur général de la police métropolitaine japonaise de Tokyo, envoie deux circulaires confidentielles signalant ces textes et ordonnant leur traduction à des fins de surveillance politique.
Chassé des bureaux des Presses commerciales par les bombardements qui débutent en août 1937, Zhang se réfugie à l’ouest de la ville. En mars 1938, lors de la constitution du Gouvernement réformé (Weixin zhengfu 維新政府) à Nankin, Liang Hongzhi et Chen Qun tentent en vain de le recruter comme ministre de l’Éducation en usant de la carotte et du bâton. Des émissaires sont envoyés chez lui pour tenter de le convaincre, tandis que la police militaire japonaise (Kenpeitai 憲兵隊) lui rend également visite au sujet de ses écrits antijaponais. En juillet 1938, le Comité spécial pour la Chine (Taishi tokubetsu iinkai 對支特別委員會) de Doihara Kenji l’identifie encore comme l’un des « talents » susceptibles d’être recrutés dans le futur gouvernement central. Dès mai 1938, Zhang s’est toutefois enfui à Hong Kong afin d’échapper à ces pressions. Le mois suivant, il accepte la proposition du président de l’Université du Guangxi, Bai Pengfei 白鵬飛 (1889-1948), de s’installer à Wuzhou 梧州 pour prendre la tête du Département de géologie et des ressources minières. Rejoignant l’arrière-pays où se sont réfugiés de nombreux étudiants venus de l’Est, Zhang débute ses enseignements en octobre 1938 dans des conditions difficiles. En effet, les cours ne peuvent se tenir que l’après-midi, les matinées étant passées dans les abris antiaériens. Après la chute de Canton, à la fin du mois d’octobre 1938, l’Université du Guangxi décide de se replier à Guilin. Zhang demande alors un congé d’un mois pour retourner à Shanghai chercher sa famille. Il quitte Wuzhou le 27 octobre, passe par Nanning, Longzhou et Zhennanguan et l’Indochine française avant d’arriver à Hong Kong le 20 novembre.
C’est lors de ce séjour hongkongais que son destin bascule. Dans un contexte d’isolement croissant et de pressions japonaises, Zhang Ziping accepte le soutien financier du consul général Nakamura Toyoichi 中村豊一 (1895-1971), qui a oeuvré dans les mois précédents pour le compte du ministre des Affaires étrangères Ugaki Kazushige dans des discussions secrètes avec les émissaires de Kong Xiangxi 孔祥熙 (1880-1967). Zhang s’embarque pour Shanghai le 27 novembre 1938. Il reçoit peu après sa lettre de licenciement de l’Université du Guangxi. Installé à Shanghai, il publie deux communiqués dans le Shenbao et le Xinwenbao 新聞報 afin de démentir les rumeurs de collaboration qui circulent à son sujet. Il mandate également un avocat pour défendre son honneur. Pourtant, à l’invitation de Yuan Shu, il finit par accepter de participer aux activités du Mouvement pour l’essor de l’Asie et la reconstruction nationale (Xingya jianguo yundong 興亞建國運動) fondé en septembre 1939 à l’initiative d’Iwai Eiichi. Sous le pseudonyme de Zhang Xinghai 張星海, il préside le Comité pour la culture (Wenhua weiyuanhui 文化委員會) au sein des instances centrales de l’organisation. Formé le 21 novembre 1939, ce comité se donne pour mission de promouvoir la culture est-asiatique, notamment à destination de la jeunesse, de diffuser le savoir scientifique et d’endiguer l’idéologie communiste. Il pilote plusieurs organisations telles que la Société de recherche sur les arts (Yixue yanjiushe 藝學研究社), la Société chinoise de science juridique (Zhongguo falüxueshe 中國法律學社), l’Association de journalisme (Xinwenxuehui 新聞學會) ou encore la Société des livres sur les belles lettres et la science (Wenli tushu gongsi 文理圖書公司). Il publie également le mensuel Xinwenyuan 新聞苑 qui se présente comme « une revue consacrée à la pure littérature et aux chroniques artistiques », mais qui sert surtout de support aux slogans du Mouvement pour l’essor de l’Asie et la reconstruction nationale. Zhang ne semble pas au courant du statut d’agents doubles communistes de plusieurs figures du mouvement comme Yuan Shu et Chen Fumu. Son implication dans les milieux collaborateurs de Shanghai passe également par la revue Xin kexue, 新科學 (Nouvelle science), qu’il fonde en mai 1939 sous le pseudonyme de Zhang Sheng 張聲. Cette revue est semble-t-il financée par les autorités d’occupation par l’intermédiaire de Fu Shiyue. Fidèle à sa double casquette d’ingénieur et de romancier, Zhang rejoint également, en octobre 1938, la revue Wenxue yanjiu 文學研究 (Recherches littéraires).
En février 1940, Zhang Ziping cosigne avec d’autres dirigeants du Mouvement pour l’essor de l’Asie et la reconstruction nationale une déclaration adressée à Wang Jingwei, dans laquelle ils expriment leur allégeance et leur soutien au Gouvernement national réorganisé qui voit le jour le 30 mars. Peu après le « retour à la capitale », Zhang est frappé par un deuil personnel : sa cinquième fille, Yanduan 燕端, née en août 1936, meurt le 1er mai 1940 d’une hémorragie gastrique soudaine. Zhang lui consacre un long texte intitulé « Xin de chuangshang, ku Yan’er 新的創傷 ; 哭燕兒 » (Nouvelle blessure, pleurer Yan’er), paru en septembre 1940 dans le Huawen Daban meiri 華文大阪每日, magazine en chinois diffusé en zone occupée par le groupe Mainichi connu pour sa relative liberté de ton. Le deuil paternel s’accompagne d’une nostalgie pour le pays perdu et d’une honte de la collaboration à peine voilée. Zhang affirme que « dernièrement, [il s’est] souvent comporté de manière forcée et peu naturelle, et a tenu des propos qui ne venaient pas du cœur » et dit adopter « la doctrine du faire-semblant-de-ne-pas-comprendre [難得糊塗主義] ». De fait, en dépit de sa célébrité, Zhang Ziping n’occupe aucune position importante dans le nouveau gouvernement. Dans une lettre envoyée à Hu Shi 胡適 (1891-1962) en 1948, il décrit les pressions qu’il subit alors pour collaborer plus ouvertement : « Ils ont cherché à m’appâter avec un poste de président d’université, avant de vouloir me séduire avec une charge de vice-ministre. J’ai répondu que je souhaitais me consacrer à la géologie et ne voulais pas occuper un poste officiel. Sans mon autorisation, ils ont alors annoncé que j’étais nommé fonctionnaire au ministère de l’Agriculture et des Mines [Nongkuangbu jianren jizheng 農礦部簡任技正] […], mais je n’ai jamais rien signé. Je suis juste allé une fois à Nankin pour emprunter de l’argent à un ami afin de survivre et pour faire annuler ma nomination comme fonctionnaire, mais ça m’a été refusé. » (cité dans Zeng Xiangjin , p. 47). En réalité, Zhang occupe ce poste pendant quatre ans, et participe à d’autres organismes directement liés au régime de Nankin.
C’est notamment le cas de l’Association culturelle sino-japonaise (Zhong-Ri wenhua xiehui, 中日文化協會), fondée le 28 juillet 1940 sous la direction de Chu Minyi. Financée majoritairement par des fonds japonais, notamment ceux de l’ambassade du Japon et du Kōa-in 興亜院, elle sert officiellement au rapprochement culturel sino-japonais, mais vise à encadrer la production intellectuelle et artistique pour la mettre au service de la propagande du régime. Zhang siège comme membre suppléant du conseil d’administration de l’association et dirige son groupe éditorial, tout en étant rédacteur en chef de son organe Zhongri wenhua 中日文化. Début 1942, Zhang est également nommé chercheur au sein du Comité de préservation du patrimoine culturel (Wenwu baoguan weiyuanhui 文物保管委員會) qui dépend du Yuan exécutif (Xingzhengyuan 行政院). Il y inventorie les collections géologiques de l’Academia Sinica (Zhongyang yanjiuyuan 中央研究院) et de l’Institut central de recherches géologiques (Zhongyang dizhi diaochasuo 中央地質調查所). Dans sa lettre de 1948 à Hu Shi, Zhang explique avoir obtenu d’occuper ce poste peu exposé grâce au soutien du malacologiste Taki Isao 瀧庸 (1898-1961), nommé par le Kōa-in à la tête du Bureau de recherche du Comité de préservation du patrimoine culturel. Zhang Ziping est pressenti avec Zhou Zuoren pour représenter le gouvernement de Nankin au premier Congrès des écrivains de la Grande Asie orientale (Da dongya wenxuezhe dahui 大東亞文學者大會) organisé à Tokyo en novembre 1942. Selon son témoignage, il se montre d’abord intéressé avant de changer d’avis en prenant connaissance de la composition de la délégation chinoise. Beaucoup sont des Cantonais ne parlant pas le japonais, parmi lesquels « trop de membres du gouvernement », ce qui lui fait craindre de devoir jouer les interprètes. Pour le remplacer, il recommande deux membres de la Société de la création : Gong Chiping 龔持平 (1908-1955), dit Binglu 冰廬, et Zhou Yuying 周毓英 (1900-1945).
Comme rédacteur en chef de Zhongri wenhua, Zhang Ziping adopte une ligne éditoriale ambivalente. La revue publie des textes inscrits dans la rhétorique officielle du régime, mais accueille aussi plusieurs articles dans lesquels Zhang critique la politique culturelle japonaise en Chine. Il dénonce le mépris de certains Japonais pour les populations rurales chinoises et reproche au Japon de n’envoyer en Chine que des intellectuels de second ordre. Ces prises de position irritent les autorités japonaises, qui envoient régulièrement la police militaire l’interroger. Zhang démissionne de ses fonctions le 25 février 1942. Il est remplacé par Gao Qixian 高齊賢 à la tête de la rédaction. Cette attitude critique ne l’empêche toutefois pas de devenir l’un des théoriciens du virage fasciste que prend le gouvernement de Wang Jingwei au cours de l’année 1942, marquée par le lancement du Mouvement des nouveaux citoyens (Xin guomin yundong 新國民運動) et, plus largement, par un embrigadement idéologique en vue de l’entrée en guerre aux côtés du Japon fondé sur le slogan « Un pays, un parti, un leader, une doctrine ». À rebours des promesses de pluralisme politique dans le cadre d’une démocratie constitutionnelle qui accompagnent le « retour à la capitale » en 1940, plusieurs intellectuels comme Yuan Shu et Zhang Ziping développent alors le concept de « holisme » (quanti zhuyi 全體主義). Celui-ci repose sur une définition organique et totalisante de la société, qui rejette à la fois l’individualisme occidental et le socialisme soviétique. Cette notion s’inspire notamment des travaux de l’Autrichien Othmar Spann (1878-1950), déjà à l’origine de son équivalent japonais, le zentai shugi 全体主義, apparu dans les années 1930 et qui sert de base philosophique au « Mouvement pour une nouvelle structure » (Shin taisei undō 新体制運動) lancé par Konoe Fumimaro en 1940.
Cette participation active à la propagande pro-japonaise n’empêche pas le débat. En novembre 1942, Zhang Ziping participe ainsi à un dossier de la revue Dayazhou zhuyi yu Dongya lianmeng 大亞洲主義與東亞聯盟 (Panasiatisme et Ligue est-asiatique) aux côtés de deux fonctionnaires du ministère de la Propagande, Huang Pusheng 黃菩生 et Hu Yingzhou 胡瀛洲. Leurs articles apportent une réponse critique à un essai du philosophe Kōyama Iwao 高山岩男 (1905-1993) paru le mois précédent dans la revue japonaise de premier plan Chūō kōron 中央公論. Dans cet article intitulé « Rekishi no suishinryoku to dōgi-teki seimeiryoku 歴史の推進力と道義的生命力 » (La force motrice de l’histoire et l’énergie morale), Kōyama établit une hiérarchie entre les nations selon leur « énergie morale » (moralische Energie), un concept emprunté à Leopold von Ranke (1795-1886) qui désigne la force d’une nation à influer sur le cours de l’Histoire, notamment en s’imposant par la guerre. Ce critère, plutôt qu’une hiérarchie raciale fondée sur le sang, justifie selon Kōyama le rôle dirigeant du Japon en Asie orientale et sa responsabilité démiurgique dans l’édification d’un nouvel ordre mondial. Disciple de Nishida Kitarō 西田幾多郎 (1870-1945), Kōyama est l’un des principaux représentants de l’École de Kyōto (Kyōto gakuha 京都学派). Son article est publié dans le cadre de trois colloques organisés par la revue Chūō kōron ouverts par un débat sur « Le point de vue de l’histoire mondiale et le Japon » (Sekaishiteki tachiba to Nihon 世界史的立場と日本) qui se tient le 26 novembre 1941 et donne lieu à une série de publications au cours de l’année suivante. Son objet est de renverser au profit du Japon la Weltgeschichte jugée eurocentrique. Avec le colloque sur « Dépassement de la modernité » (Kindai no chōkoku 近代の超克) qui se tient en juillet 1942, il marque l’apogée du nationalisme intellectuel japonais, qui vaudra aux participants de ces colloques d’être inquiétés après 1945 pour avoir contribué à l’idéologie expansionniste nipponne. Dans son article intitulé « Daoyi de shengmingli zhi rongliang ji hanshu – da Gaoshan Yannan jun 道義的生命力之容量及函數 – 答高山岩男君 » (Capacité et fonction de l’énergie morale – réponse à M. Kōyama Iwao), Zhang Ziping réfute la thèse de Kōyama selon laquelle la nation Han aurait perdu son énergie morale, qu’il met sur le compte d’une méconnaissance de l’histoire de la Chine moderne. En acceptant de collaborer avec l’envahisseur, affirme-t-il, Wang Jingwei incarne une « énergie morale magnanime [dacheng de daoyi shengmingli 大乘的道義生命力] » mise au service du salut de la Chine et de l’Asie orientale, comme le fait Pétain pour sauver la France et l’Europe. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit donc de revendiquer un rôle actif dans la construction du nouvel ordre mondial pour ces grandes puissances déchues. Beau joueur, Kōyama répond à ce dossier critique en reconnaissant certaines erreurs de sa part.
Parallèlement à cette production idéologique, Zhang Ziping continue à publier de la littérature, quoique liée par ses thèmes à la propagande du régime. Entre juin et septembre 1942, il fait paraître dans le Zhongbao 中報, quotidien édité par Luo Junqiang, le roman-feuilleton Yanbo jiangshang 煙波江上 (Brumes sur le fleuve), consacré à la désillusion des révolutionnaires à Wuhan en 1927. En août 1943, il publie dans le Minguo ribao 民國日報 le roman-feuilleton Qinglinxie青燐屑 (Cendres phosphorescentes) destiné à promouvoir le Mouvement pour la paix. Le texte s’attaque aux dirigeants du PCC, alors que Mao Zedong avait pris pour cible Zhang lors du Forum de Yan’an sur la littérature et l’art en mai 1942. À cette occasion, Mao érige Zhang Ziping et Zhou Zuoren en étendards de la « littérature des traîtres aux Han [漢奸文藝] ». En dépit de ces bonnes intentions, le roman est interrompu sur ordre de Wang Jingwei. Cette nouvelle « décapitation » de l’une de ses œuvres aurait été motivée par deux éléments : le nom d’un personnage, dont la sonorité rappelait celui de Wang Jingwei, et l’évocation de la flambée des prix. La position de Zhang Ziping est, par ailleurs, fragilisée par un scandale de mœurs. Son épouse n’ayant pas souhaité le suivre à Nankin, Zhang réside seul dans la capitale. Alors âgé de 48 ans, il entame une liaison avec Liu Minjun 劉敏君. Jeune employée de vingt-quatre ans, rencontrée au ministère des Mines et de l’Agriculture, Liu est surnommée « Petit vase » (Xiao huaping 小花瓶) par ses collègues. Caressant des ambitions littéraires, elle se rapproche de Zhang Ziping, qu’elle admire. Très épris de la jeune fille, Zhang rebaptise l’appartement qu’il loue à Nankin le « Cabinet au vase » (pingzhai 瓶齋). Le scandale éclate lorsque le Jingbao 京報, quotidien lié à Zhou Fohai, publie un feuilleton intitulé Xiao huaping chuanqi小花瓶傳奇 (La Légende du Petit Vase) qui relate avec force détails la liaison et la cohabitation des deux amants. L’affaire est aussitôt reprise dans la presse de Shanghai et de Nankin. Très irrité, Zhang tente de se défendre par la fiction en publiant dans Zhongri wenhua le roman Zheliu 折柳 (Saules brisés), qui présente cette relation comme un amour légitime. Il écrit ensuite Xin hong A zi 新紅A字 (Nouvelle Lettre écarlate A), son dernier roman, dont le titre renvoie explicitement à The Scarlet Letter (1850) de Nathaniel Hawthorne (1804-1864). Zhang s’y met en scène comme la victime et affirme que « certains ont voulu réprimer notre union par la violence ». Face au scandale, il quitte la capitale en janvier 1944 pour retourner à Shanghai avec Liu Minjun et leur fille.
Zhang entame une nouvelle traversée du désert. Il continue à fréquenter Tao Jingsun, ancien membre de la Société de la création qui dirige alors l’Institut de traduction de la culture orientale (Dongfang wenhua bianyiguan 東方文化編譯館), tout en œuvrant en secret pour l’espion communiste Pan Hannian 潘漢年 (1905-1977). L’écrivain japonais Takeda Taijun 武田泰淳 (1912-1976), qui travaille pendant la guerre pour les services culturels de l’armée japonaise, croise Zhang en juin 1944 à l’Institut de traduction. Il écrit que Zhang est déjà « oublié au Japon comme en Chine, méprisé dans le camp de la résistance et négligé en zone occupée » (cité dans Sugino 2004, p. 273). Pour nourrir sa famille nombreuse, Zhang obtient grâce à Tao de siéger à partir de janvier 1945 dans un comité réunissant des personnalités sino-japonaises des arts et des lettres. À en croire sa principale biographie (E Jirui et al. 1991, p. 60), Zhang Ziping aurait, par dépit vis-à-vis du gouvernement de Nankin, comploté en faveur d’un changement de régime. Son principal associé dans cette entreprise avortée par la défaite serait un certain Shima Eizō 島英三, avec lequel il aurait formé une organisation appelée Dongtianhong 東天紅 (Aube orientale), plus tard rebaptisée Huangshe 黃社 (Société jaune), sans que les auteurs précisent si celle-ci a un quelconque lien avec le Département de recherche du Tōtenkō (Tōtenkō chōsabu 東天紅調査部), dont le nom évoque à la fois l’ « éveil de l’Asie » et une race de coq devenue un symbole national au Japon. On ne connaît de ce mystérieux organisme qu’un seul long rapport secret non daté, intitulé Kokusai supai sen no zenbō 国際スパイ戦ノ全貌 (Tableau général de la guerre internationale des espions), dans lequel sont présentées les différentes agences de renseignement à travers le monde.
Après la défaite du Japon en août 1945, Zhang Ziping échappe dans un premier temps à l’épuration. Il survit en réalisant des traductions et en rédigeant des articles sur la situation économique en Asie du Sud-Est pour le compte de l’entreprise de textile Damao (Damao fangzhi gongsi 大茂紡織公司). À l’automne 1946, il se fait recommander par des proches auprès de Shen Lixing 沈立行 (1922-?), qui accepte de publier dans le journal shanghaïen Dazhong yebao 大眾夜報 deux textes de souvenirs sur les débuts de la Société de la création : « Taidongqi de Chuangzao she 胎動期的創造社 » (La gestation de la Société de la création) et « Chuangzao jikan shidai 創造季刊時代 » (L’époque de la Revue trimestrielle de la Création). Ces textes, riches en informations sur l’histoire interne du groupe, augmentent d’abord le tirage du journal. Mais la rédaction reçoit bientôt de nombreuses lettres de lecteurs protestant contre la parution des écrits d’un « traître ». Zhang adopte alors le pseudonyme Zhang Bingsheng 張秉聲 et publie, dans le même journal, un roman historique en feuilleton, Raoxian fengyu 繞弦風雨 (Destins emmêlés face aux épreuves), mais il est interrompu après trois mois sur décision de la rédaction. Le 20 mars 1948, le Bureau du GMD à Shanghai (Guomindang Shanghai shi dangbu 國民黨上海市黨部) porte plainte contre Zhang Ziping pour crime de collaboration. Le même jour, Zhang adresse une lettre à Hu Shi, alors président de l’Université de Pékin, accompagnée d’un mémoire intitulé « Wo zhi bianming 我之辨明 » (Ma justification), dans lequel il soutient qu’il a été nommé dans le gouvernement de Wang Jingwei malgré lui. Dans une seconde lettre à Hu Shi, Zhang lui demande d’intercéder auprès de Chen Lifu 陳立夫 (1900-2001), qui est déjà intervenu pour certains collaborateurs, afin de faire classer l’affaire. Hu Shi ne lui répond pas. En avril 1948, Zhang est condamné à un an et trois mois d’emprisonnement. Il fait appel, mais le jugement est confirmé en août 1948. En janvier 1949, le Tribunal spécial (Tezhong xingshi fating 特種刑事法庭) annule toutefois le jugement et ordonne à la Haute Cour (Gaodeng fayuan 高等法院) de Shanghai de rejuger l’affaire.
À sa sortie de prison, Zhang Ziping est seul et sans ressources à Shanghai. Il trouve refuge dans une petite chambre d’entresol que lui prête Huang Suzhen 黃素貞 (1904-1984), veuve de Liu Na’ou 劉吶鷗 (1905-1940), romancier taïwanais assassiné en 1940 par le Juntong 軍統 en raison de sa participation au gouvernement de Wang Jingwei. Face au manque d’hygiène de Zhang, Huang lui demande de partir, ce qu’il refuse de faire. Le litige est porté devant les tribunaux où Huang est défendue par l’avocat Zhou Li’an 周黎庵 (1916-2003), qui décrit Zhang comme « un type râblé, noiraud et gros ». Zhang reconnaît ses torts et promet de déménager. Après la prise de Shanghai par les communistes en mai 1949, Zhang cherche à s’entendre avec les nouvelles autorités en sollicitant, en juin, l’appui du maire adjoint de la ville, Pan Hannian, afin d’obtenir un emploi. Les sources ne permettent pas d’établir si Zhang a travaillé pour le compte des réseaux de renseignements communistes établis par Pan en zone occupée pendant la guerre. Sa proximité avec Yuan Shu et Tao Jingsun, tous deux agents doubles œuvrant pour le compte de Pan, pourrait cependant expliquer le lien entre les deux hommes, qu’il ait ou non servi les intérêts du PCC. Pan transmet sa demande aux autorités de Changning (Shanghai). Celles-ci proposent un poste d’enseignant de collège à Zhang qui refuse. Il contacte également Guo Moruo, son vieux camarade devenu entre-temps un dignitaire du nouveau régime communiste. Guo relaie également sa requête sans résultat. Début 1950, Zhang postule, sous le pseudonyme Zhang Sheng 張聲, à une campagne de recrutement de professeurs organisée par les autorités du Nord-Est à Shanghai. Admis à l’écrit, il est écarté lorsque sa véritable identité est connue. Il subsiste alors en publiant, sous le pseudonyme Bingsheng 秉聲, des feuilletons comme Zeng Titou 曾剃頭, roman historique consacré à Zeng Guofan, dans le Yibao 亦報. Ce quotidien, où Zhou Zuoren publie également à la même époque, est dirigé par Tang Dalang 唐大郎 (1908-1980), un ancien du journal collaborateur Haibao 海報 fondé par Jin Xiongbai. À la demande de Tang Dalang, Zhang publie pas moins de 908 textes brefs sous différents pseudonymes (Shenshou 申壽, Hesheng 鶴生, Shishan 十山, Zhuyou 祝由). Shen Lixing, qui le croise à l’époque lors de réunions à la rédaction du Yibao, le découvre « en haillons, noiraud et amaigri ».
En 1952, Zhang écrit à Zhou Enlai 周恩來 (1898-1976) pour lui demander un travail. Il est autorisé à passer un examen pour devenir enseignant qu’il réussit, mais doit renoncer à poursuivre en raison de son hypertension. Il s’adresse alors à Liu Shaoqi 劉少奇 (1898-1969) et reçoit une réponse du Bureau de la culture et de l’éducation du Conseil administratif du gouvernement populaire central (Zhengwuyuan wenjiao bangongting 中央人民政府政務院文教辦公廳), qui lui demande de traduire des ouvrages sur les gisements de minerais et la métallurgie sous la direction de Yuan Hanqing 袁翰青 (1905-1994), spécialiste de chimie travaillant comme éditeur en chef pour les Presses commerciales. En septembre 1953, Zhang obtient finalement un poste comme enseignant de géographie dans un lycée de Shanghai, vraisemblablement grâce à l’entremise de Pan Hannian. Jugeant ce poste insuffisant, il tente d’être nommé à l’Université normale de la Chine de l’Est (Huadong shifan daxue 華東師範大學), mais essuie un refus. Le 8 juin 1955, Zhang Ziping est arrêté comme contre-révolutionnaire sur ordre du Parquet populaire de Shanghai (Shanghaishi renmin jianchayuan 上海市人民檢察院), à la veille du lancement de la campagne de répression des contre-révolutionnaires (sufan yundong 肅反運動). Les sources ne disent pas si cette arrestation a un lien avec l’« affaire Pan Hannian » qui éclate plus tôt dans l’année et affecte d’autres proches de Zhang comme Yuan Shu. L’épouse de Zhang demande le divorce l’année suivante. Le 2 septembre 1958, le Tribunal populaire intermédiaire de Shanghai (Shanghaishi zhongdeng renmin fayuan 上海市中等人民法院) le condamne à vingt ans d’emprisonnement pour ses fonctions au sein du régime de Wang Jingwei, la rédaction d’articles réactionnaires promouvant les idéologies fascistes japonaise et allemande, ou encore la publication de romans nuisibles à la jeunesse. En 1959, il est transféré dans un camp de travail à Baimaoling 白茅嶺, dans l’Anhui. Il meurt seul le 2 décembre 1959, à l’âge de soixante-six ans. Ses funérailles sont prises en charge par l’administration.
Zhang Ziping n’a pas bénéficié, ces dernières décennies, du retour en grâce qu’ont connu d’autres figures de la scène littéraire shanghaïenne des années 1930-1940 impliquées, à des degrés divers, dans la collaboration, telles que Mu Shiying, Liu Na’ou et surtout Zhang Ailing 張愛玲 (1920-1995). Cette différence de traitement tient sans doute au dédain que continue de susciter une œuvre littéraire dont les qualités sont jugées insuffisantes pour compenser la compromission de Zhang sous l’occupation. Quelques travaux refusent néanmoins de réduire cette œuvre au jugement expéditif porté sur elle par Lu Xun et Shen Congwen, en soulignant la place charnière occupée par Zhang dans l’histoire du roman chinois moderne.
Sources : Tsai TingShan 2015, p. 169-181 ; Chang Yung-chiu 2020, p. 81-98 ; E Jirui et al. 1991 ; Yan Min 1999 ; Zhao Qiang 2006 ; Chen Zishan 2016 ; Zhou Yi 2011 ; Keaveney 2009, p. 31 ; Lai Lili 2016 ; Lu Hongzhen 2008, p. 1-14, 27 ; Xu Zhongjia 2021 ; Wu Fuhui 2000 ; Zeng Xiaolan 2025, p. 52-53 ; Hockx 2011, p. 216-217 ; Kato 2013, p. 101-102 ; Sugino 2010 ; Xu Zhongjia 2024 ; Seki 2019, p. 243, 348-362 ; Williams 2014 ; Calichman 2008 ; Zeng Xiangjin 2023 ; Xu Zhongjia 2024 ; Taylor 2020, p. 45-46 ; Sugino 2004 ; Li Zhaozhong 2016, p. 41 ; WKS, vol. 3, p. 1199-1200.
Notice rédigée par Armande Baret (étudiante de master à l’Inalco), éditée et complétée par David Serfass.
[parfois écrit à tort Zhao Qi 趙祺]
Originaire de Yexian 掖縣, dans l’actuelle agglomération de Laizhou 萊州 (ou de Yixian 嶧縣, au sud-est de la province, selon certaines sources erronées), Zhao Qi est issu d’une vieille famille de la région qui compte parmi ses ancêtres Zhao Shizhe 趙士哲 (1593-1655), célèbre lettré de la fin des Ming. Sa formation fait toutefois de lui un pur produit de la présence allemande dans la péninsule entre 1898 et 1914. Les sources se contredisent quant à l’institution dans laquelle il apprend la langue de Goethe. Plutôt que la Deutsch-Chinesische Hochschule (De-Hua daxue 德華大學) qui ne voit le jour qu’en 1909, il est plus probable qu’il ait suivi des cours à l’École supérieure germano-chinoise (De-Hua shuyuan 德華書院) fondée en 1898 pour doter le territoire à bail d’une élite indigène germanophone. Si Zhao intègre la police locale comme interprète une fois diplômé, ses compétences linguistiques se retournent en quelque sorte contre l’Allemagne par la suite. Au lendemain de la chute des Qing, il mène en effet une action en justice de longue haleine contre la Banque germano-chinoise (De-Hua yinhang 德華銀行) de Jinan. En août 1912, celle-ci refuse de restituer les sommes déposées par plusieurs dizaines de clients chinois, parmi lesquels Zhao, au prétexte qu’un certain Jin Xiangsun 金薌蓀, comprador ayant joué un rôle dans ces dépôts, a pris la fuite. Confiant dans l’État de droit allemand, Zhao porte l’affaire jusqu’à la Cour de justice de Berlin, où il obtient réparation (avec intérêts) au bout de trois ans de procédure. Les nombreuses pièces du dossier, dont un certain nombre traduites depuis l’allemand par ses soins, sont publiées sous forme d’ouvrage en 1917 sous le titre Hua-Yang zhaiwu susong cankaoshu 華洋債務訴訟參考書 (Documents relatifs au litige pour le recouvrement de dettes entre la Chine et l’Occident). Durant son séjour en Allemagne, il suit des cours en auditeur libre. De retour en Chine en 1914, Zhao travaille pour le Bureau des travaux de la ligne de chemins de fer Tianjin-Pukou (Jin-Pu tielu gongchengju 津浦鐵路工程局), avant d’occuper des charges publiques comme celle d’inspecteur général du Bureau de la police de Wusong-Shanghai (Song-Hu jingchating duchazhang 淞滬警察廳督察長) que vient de créer le Gouvernement Beiyang à Wusong. En 1916, il sert comme conseiller diplomatique de haut-rang (gaodeng waijiao guwen 高等外交顧問), à ce même échelon local. L’année suivante, Zhao Qi est nommé directeur général de l’Entreprise de construction du Port commercial de Longkou (Longkou shangbu xingzhu gongsi zongli 龍口商埠興築公司總理), avant d’être promu administrateur du port (Longkou shangbu zongban 龍口商埠總辦) en février 1921. En avril 1922, il intègre l’administration provinciale du Shandong comme conseiller (canyi 參議).
La carrière de Zhao Qi connaît une accélération spectaculaire en juillet 1925, lorsqu’il accède au poste particulièrement convoité d’administrateur général du port commercial de Jiao’ao (Jiao’ao shangbu 膠澳商埠), devenant ainsi la principale autorité civile de Qingdao, sous le nom de “gouverneur” ou de “maire” dans les sources anglophones. Il doit cette nomination à l’appui du seigneur de la guerre Zhang Zongchang 張宗昌 (1881-1932), dit “le général viande de chien” (gourou jiangjun 狗肉將軍), puissant allié de Zhang Zuolin dans la région et “pays” de Zhao. Ce dernier arrive littéralement dans les fourgons du nouvel homme fort du Shandong, qui fait une entrée remarquée à Qingdao dans son train blindé. Outre sa garde rapprochée d’un millier d’hommes, Zhang Zongchang est accompagné de 700 “clients” qui trouvent à se placer dans la nouvelle administration sous les ordres de Zhao. Depuis la Conférence de Washington à l’issue de laquelle le Japon a restitué à la Chine l’ancienne concession allemande le 4 février 1922, quatre hommes se sont déjà succédé à ce poste, au gré des revers de fortune des seigneurs de la guerre les patronnant. La prise de fonction de Zhao est donc suivie avec attention par la communauté étrangère, qui s’interroge sur la capacité de la Chine à administrer efficacement l’une de ses principales portes d’entrée au Nord de Shanghai. Jusque-là du ressort des autorités centrales de Pékin, la gestion de Qingdao passe alors dans le giron du gouvernement provincial du Shandong. Le nouveau maire est décrit en termes favorables : “Mayor Chao presents pleasing appearance, is very approachable, speaks German fluently, grasps things quickly and speaks directly to the point. If given fair chance, Chao Chi will undoubtedly prove himself capable of rendering efficient service” (The China Weekly Review, 01/11/1925). Cette bonne impression est renforcée par le choix des nouvelles autorités de créer un Conseil des finances dont quatre des neufs membres sont étrangers. Par la suite, Zhao Qi est félicité pour la transparence de son administration qui est l’une des seules en Chine à publier un bilan mensuel de ses revenus et dépenses. Le gouvernement de Zhao Qi est d’autant plus apprécié des milieux d’affaires, qu’il réprime sans ménagement toute revendication sociale. C’est notamment le cas du Club des travailleurs du Bureau des cours d’eau du port commercial de Jiao’ao (Jiao’ao shangbu gongren julebu 膠澳商埠水道局工人俱樂部), un syndicat d’obédience communiste fondé le 25 juin 1926 à Qingdao et presque aussitôt interdit. Parmi les signes indiquant un certain retour à la normale en dépit des troubles persistant dans la région, Zhao dirige en 1928 la compilation de la monographie locale de Jiao’ao (Jiao’ao zhi 膠澳志). Cette stabilité ne tarde pas toutefois à voler en éclats.
Au printemps 1928, la seconde phase de l’Expédition du Nord (beifa 北伐) atteint le Shandong, conduisant à la défaite de Zhang Zongchang. L’avancée de l’Armée nationale révolutionnaire provoque de vives tensions avec les troupes du général Fukuda Hikosuke 福田彦助 (1875-1959) déployées dans la province au nom de la protection des ressortissants japonais, dont 2000 résident dans la capitale Jinan et environ 15 000 à Qingdao. Un incident entre des soldats chinois et japonais à Jinan le 3 mai entraîne le massacre de plusieurs milliers de soldats et civils chinois par les troupes de Fukuda. Dans les mois qui suivent, ce dernier tente de soustraire à la souveraineté chinoise la voie de chemins de fer reliant Jinan à Qingdao, faisant craindre aux observateurs l’imposition d’une garnison japonaise sur le modèle de l’Armée du Guandong (Kantō-gun 関東軍) en Mandchourie. Si les troupes nordistes évacuent Qingdao, les autorités civiles sont, elles, confortées par le consul-général japonais Fujita Eisuke 藤田栄介 (1881-1940), qui, le 13 juin, demande à Zhao Qi de rester en place pour gérer les affaires courantes. Alors que la presse chinoise affirme qu’il s’apprête à quitter la ville, Zhao rassure ses administrés. L’Incident de Jinan sert de prétexte pour remettre sur la table la question du Shandong. La propagande nippone souligne l’incurie de Zhang Zongchang pour affirmer que le gouvernement chinois n’a pas tenu les promesses de la Conférence de Washington, espérant ainsi rallier les milieux d’affaires occidentaux de Qingdao afin d’imposer la mise en place d’un conseil municipal dominé par des délégués étrangers. Ce plan ne séduit guère les puissances occidentales en raison tout d’abord du rapport démographique très largement favorable au Japon – vingt ressortissants japonais pour un Occidental – qui laisse augurer un conseil dominé par le Japon. Cette propagande est ensuite contredite par les qualités reconnues de Zhao Qi présenté comme « le meilleur gouverneur qu’ait jamais connu le district de Qingdao » (The North China Herald, 14/07/1928).
Ces louanges d’une presse anglophone qu’inquiète à la fois les ambitions territoriales nippones et la montée du nationalisme chinois traduisent bien la position inconfortable dans laquelle se trouve Zhao Qi à l’été 1928. S’il apparaît comme un rempart chinois aux visées impérialistes des autorités militaires japonaises au Shandong, Zhao est aussi célébré pour son attitude défiante à l’égard du GMD, symbolisée par le maintien du drapeau aux cinq couleurs du Gouvernement Beiyang, alors même qu’il a perdu ses deux principaux soutiens : le « vieux maréchal » a été assassiné le 4 juin et Zhang Zongchang est repoussé vers la Mandchourie par l’armée de Bai Chongxi. En fait de loyalisme aux Nordistes, Zhao Qi fait surtout preuve d’un pragmatisme prudent. L’interdiction du “drapeau au soleil blanc sur ciel bleu et terre rouge” répond en effet à une demande du consul-général japonais à qui Zhao Qi assure qu’elle sera respectée tant que les troupes nippones seront stationnées à Qingdao. Il n’en reste pas moins qu’il ne s’oppose pas aux privilèges que s’octroient le Japon, dont les résidents à Qingdao refusent de payer leurs taxes, tandis que les navires battant pavillon japonais ne sont pas contrôlés à l’entrée du port. Les autorités nationalistes, quant à elles, vilipendent le maire de Qingdao, accusé de vouloir sauver sa place en jouant le jeu des Japonais, eux-mêmes soupçonnés de financer le retour de Zhang Zongchang au Shandong. Les dirigeants de Qingdao semblent, quant à eux, favoriser une troisième voie, celle d’un gouvernement civil autonome débarrassé de l’ingérence des militaires et qui, sans être anti-étrangers, resterait majoritairement chinois. Son existence serait toutefois conditionnée par une protection étrangère mal perçue dans l’atmosphère anti-impérialiste qui domine alors.
Déjà mauvaises, les relations entre Zhao Qi et le gouvernement de Nankin s’enveniment un peu plus à la fin de l’année 1928 à propos de la question des Huagong 華工 (travailleurs chinois). Zhao s’est entendu avec la légation espagnole de Pékin pour autoriser l’envoi depuis Qingdao de 2000 travailleurs chinois vers la colonie espagnole de Fernando Poo (act. Guinée équatoriale), pourtant connue pour ses conditions de travail particulièrement pénibles. Le sort des coolies chinois est alors au cœur du discours anti-impérialiste que contribue à diffuser l’Expédition du Nord. En dépit des centaines de milliers de Chinois partis creuser les tranchées de la Grande Guerre, la Chine n’avait pas été payée en retour de sa contribution à l’effort des Alliés en voyant les possessions allemandes au Shandong être transférées au Japon en 1919. S’ils diminuent, les flux de Huagong vers l’étranger se poursuivent dans l’entre-deux-guerres, notamment depuis le Shandong. Certes, les autorités de Pékin cherchent à endiguer ce phénomène qui s’apparente à de l’esclavage moderne, mais il est favorisé par le règne de potentats locaux qui tirent profit de ce trafic. Dans ce contexte, Zhao Qi sent le besoin de justifier publiquement sa décision en affirmant qu’il agit “pour le bien à la fois de la nation et des travailleurs, et non pas pour lui-même“, expliquant que ces départs constituent un moyen de lutter contre la faim et le chômage aggravés par les catastrophes naturelles à répétition dans la péninsule. Le 27 décembre 1928, peu avant l’embarquement des travailleurs, le Comité des affaires des Chinois d’outre-mer (qiaowu weiyuanhui 僑務委員會) du gouvernement de Nankin met toutefois son veto à l’expédition. La position de Zhao Qi devient intenable après la signature, le 28 mars 1929, de l’Accord sino-japonais de Jinan (Zhong-Ri Jinan xieding 中日濟南協定) prévoyant le départ des troupes japonaises de Qingdao. Au même moment, Zhang Zongchang échoue dans sa tentative de reconquérir la péninsule. Le 14 avril, l’envoyé spécial du parti-État nationaliste Chen Zhongfu entre dans la ville portuaire pavoisée aux couleurs du GMD pour prendre le contrôle de l’administration locale. Ce même jour, Zhao et plusieurs de ses subordonnés embarquent sur un vapeur japonais à destination des enclaves japonaises de Tianjin et Dalian. De nombreux représentants de la communauté étrangère de Qingdao sont présents sur le quai pour saluer le départ de leur maire, signe que son administration était largement appréciée, du moins par les milieux d’affaires. La presse de Shanghai affirme cependant que, deux jours plus tôt, Zhao Qi a fait envoyer 1,59 million de yuans à Dalian.
La traversée du désert entamée alors par Zhao, et qui s’achève avec l’invasion japonaise de l’été 1937, n’a laissé presque aucune trace à l’exception d’une mention de son nom dans les événements qui secouent le Shandong au tournant de l’année 1932. Zhao Qi semble en effet avoir été impliqué dans un complot visant à reprendre le contrôle de l’ancien territoire à bail. Dans une séquence encadrée par l’invasion de la Mandchourie fin 1931, bientôt suivie par le coup de force nippon à Shanghai en janvier 1932, le Shenbao fait état, le 17 décembre 1931, d’événements mystérieux survenus à Qingdao les jours précédents. Un groupe d’officiers de marine menés par Ling Xiao se serait emparé de l’amiral Shen Honglie 沈鴻烈 (1882-1969), qui vient d’être nommé maire de Qingdao par le Gouvernement national. Approuvé par le Japon, le plan prévoirait de kidnapper les dirigeants de la ville avant que la Marine japonaise ne prenne le contrôle de la ville portuaire. Un “comité local de maintien de l’ordre fantoche [wei difang weichihui 僞地方維持會]” doit alors être établi avec Zhao Qi à sa tête. Selon le journal, ce dernier serait arrivé dix jours plus tôt dans le plus grand secret pour les derniers préparatifs. Rapidement libéré, Shen Honglie s’oppose à ce que les mutins soient exécutés. Ces événements annoncent, semble-t-il, l'”Incident de Laoshan” (Laoshan shijian 嶗山事件), en avril 1932, au cours duquel le groupe de Ling Xiao échoue de nouveau à renverser Shen Honglie. Pour sa part, Zhao Qi n’est pas inquiété et réside à Qingdao jusqu’en septembre 1937. Il s’associe notamment à deux anciens cadres de l’administration du Port commercial de Jiao’ao, Yao Zuobin 姚作賓 (1893-1951) et Yao Huasun 姚華孫 (1892-?), dans l’entreprise Zhongguoshi 中國石 fondée par ces dernier en 1933 pour exploiter une carrière de pierre à proximité de Qingdao. Dans les années qui précèdent la guerre, Zhao ne fait guère parler de lui, sinon dans des encarts publicitaires pour ses publications : une réédition de son ouvrage de 1917 par la prestigieuse maison d’édition Zhonghua shuju 中華書局 en 1933, ainsi qu’une série en douze volumes sur l’histoire de sa famille intitulée Donglai Zhaoshi yingshu congkan 東萊趙氏楹書叢刊 (Collection sur la famille Zhao de Laizhou-est). Selon l’usage, elle contient des dédicaces de personnalités importantes telles que Wu Yusheng 吳郁生 (1854-1940), qui comme son plus célèbre disciple, Kang Youwei, connaît Zhao pour s’être installé à Qingdao après la chute des Qing, ou encore de Wang Jingwei, adversaire politique mais habitué des cercles poétiques. Le succès de ces ouvrages ne doit pas être à la hauteur de ses attentes, puisque Zhao Qi fait don, en octobre 1935, de cent exemplaires invendus de chacun d’eux (soit une somme totale de seulement 200 yuans pour le premier!), pour venir en aide aux sinistrés de la crue du Yangzi survenue quatre mois plus tôt.
Le retour de Zhao Qi aux affaires se fait, une nouvelle fois, dans les fourgons des maîtres du moment. La prise de Qingdao par l’armée japonaise est relativement tardive puisqu’elle n’intervient qu’au milieu du mois de janvier 1938, soit plus de six mois après le déclenchement des hostilités. Le retour de Zhao à Qingdao est annoncé dans la presse le 15 janvier pour prendre la tête, selon le processus adopté dans toutes les localités de la zone occupée, d’un Comité de maintien de l’ordre (zhi’an weichihui 治安維持會). Celui-ci publie un communiqué deux jours plus tard dans lequel il justifie sa formation par la situation de désordre attribuée au maire Shen Honglie qui a détruit des infrastructures avant de se replier avec ses troupes dans le Sud du Shandong. Le comité compte dans ses rangs plusieurs proches de Zhao comme Yao Zuobin et Lu Mengxiong 陸夢熊 (1881- 1940), qui ont tous deux travaillé sous ses ordres dans l’administration du Port commercial de Jiao’ao, ainsi que Wu Zhenwen 吳振文 ou encore Han Pengjiu 韓鵬九 (1893-). Le nombre de fonctionnaires travaillant dans l’administration établie sous la direction de Zhao passe de 796 personnes à sa formation, à 1052 à la fin de l’année 1938. Comme durant son mandat une décennie plus tôt, Zhao rassure les Occidentaux présents en Chine : “The Peace Maintenance Committee under Mr Chao Chi is doing good work and it’s civic activities appear to be in the right direction and for the good of the public and these efforts do not seem to be subject to interference from the military.” (The North China Herald, 06/08/1938). En réalité, les autorités d’occupation ont plus que leur mot à dire. Le 10 janvier 1939, le Consulat-général japonais et les services spéciaux (tokumu kikan 特務機関) de l’Armée de terre et de la Marine remplacent le Comité de maintien de l’ordre par un gouvernement de la municipalité spéciale de Qingdao (Qingdao tebieshi gongshu 青島特別市公署) à la tête duquel Zhao Qi se maintient en qualité de maire. Cette ingérence est formalisée le 25 mars 1939 par un mémorandum prévoyant que les “conseillers” (komon 顧問) japonais devront être consultés avant toute décision du gouvernement municipal. Zhao est cornaqué par le contre-amiral Shibata Yaichirō 柴田弥一郎 (1889-1981), qui dirige l’agence locale du Comité de liaison du Kōa-in en Chine du Nord (Kahoku renrakubu shutchōjo 華北連絡部青島出張所).
Si la bonne gestion financière de l’administration municipale est portée au crédit de Zhao Qi, il en va autrement du maintien de l’ordre. Désarmée par l’occupant qui se méfie de ses supplétifs chinois, la police de Qingdao est critiquée par son peu d’entrain à combattre le crime et sa propension à tirer profit de la situation en extorquant la population. Le maire lui-même est victime de cette insécurité le 29 décembre 1940. Comme de nombreux collaborateurs visés par des agents de la résistance, Zhao est victime d’une tentative d’assassinat au cours de laquelle il est atteint par une balle à la jambe. Les festivités prévues pour le nouvel an solaire sont annulées et des mesures de sécurité drastiques sont adoptées. La loi martiale est promulguée et 700 suspects arrêtés. Si Qingdao accueille, en janvier 1940, le sommet entre Wang Jingwei, Wang Kemin et Liang Hongzhi, qui précède la formation du gouvernement “central” en mars, Zhao Qi semble demeurer largement à l’écart des tractations qui accompagnent ce tournant, sans doute protégé par sa popularité auprès des Japonais. Il conserve ainsi son poste de maire jusqu’à son remplacement, le 18 mars 1943, par Yao Zuobin, ne gardant dès lors que son siège au Conseil des affaires politiques de Chine du Nord (Huabei zhengwu weiyuanhui 華北政務委員會). Son sort dans les mois qui suivent la capitulation du Japon n’est pas très clair. Arrêté en 1946 par les autorités nationalistes, Zhao Qi est jugé par la Haute cour de justice du Hebei. Le 29 mai 1947, elle le condamne à la peine de mort, assortie d’une privation de ses droits civiques à vie et de la confiscation de tous ses biens. La sentence n’est pas appliquée, puisque Zhao est jugé à nouveau par les nouvelles autorités communistes en 1949. Faisant preuve d’une magnanimité rare (et surprenante, faute de sources) pour les dignitaires “traîtres”, ces dernières libèrent Zhao qui finit ses jours à Pékin où il s’éteint en 1957.
Sa fille Zhao Zhongyu 趙仲玉 (1919-2001) est une peintre reconnue. Elle doit sa vocation à son père qui, passionné d’art, embauche le peintre russe exilé Nicolai Pickulevitch (1883-1965) comme précepteur pour sa fille. Sous l’occupation, Zhao Zhongyu contribue à développer la scène artistique de Qingdao en organisant, avec Lü Pin 呂品 (1918-1990), le Salon de peinture de Qindao (Qindao huahui 琴島畫會), autre nom pour Qingdao, à partir de novembre 1938. Elle y expose notamment l’œuvre d’une jeune peintre, Hou Yingmin 侯英民, à la suite de laquelle elle s’engage dans la résistance. Hou Yingmin est en effet la fille de Hou Zhiting 侯芝庭(1886-1981), vétéran de la Ligue jurée (tongmenghui 同盟會), qui refuse de servir dans l’administration pro-japonaise de Qingdao et participe à la résistance dans les rangs de la guérilla nationaliste au Shandong. Comme ce dernier, Zhao Zhongyu rallie le PCC pendant la guerre civile.
Sources : Zupulu ; SKJ, p. 3-4 ; SSY, p. 132 ; Xu Youchun 2007, p. 2260 ; Schrecker 1977, p. 241-244 ; Baidu (德華書院) ; Zhao Qi 1917, 1933 ; Han Shaojiang 2021, p. 12 ; Shenbao, 17/06/1928, 04/11/1928, 16/04/1929, 17/12/1931, 08/02/1934, 21/09/1935, 25/10/1935, 31/05/1947 ; The North China Herald, 01/08/1925, 08/08/1925, 14/07/1928, 19/01/1938, 06/08/1938, 18/01/1939, 25/01/1939 ; The China Weekly Review, 01/11/1925, 02/06/1928, 07/07/1928, 28/07/1928, 22/12/1928, 16/02/1929, 23/02/1929, 20/04/1929, 11/01/1941 ; The China Press, 16/06/1928, 09/09/1928, 16/04/1929 ; Benton 2022, p. 207-209 ; Zhao Xiuning 2020 ; NRSJ, p. 217 ; Qi Ren 1995 ; Wikipedia ; Zang Jie 2021.
Originaire de Jiaxing (Zhejiang), Zhu Lühe étudie en Angleterre avant de travailler comme secrétaire au ministère de la Justice du gouvernement militaire de protection de la Constitution (hufa junzhengfu 護法軍政府) établi par Sun Yat-sen à Canton en 1917. En 1927, il est nommé chef du bureau des Affaires courantes (zongwusi 總務司) du ministère des Affaires étrangères (waijiaobu 外交部) du Gouvernement nationaliste, puis secrétaire général (mishuzhang 秘書長) du Yuan législatif (lifayuan 立法院) l’année suivante. En avril 1930, il devient ministre de la Justice par intérim. Par la suite, il siège notamment au Yuan législatif (lifayuan 立法院).
En 1938, Zhu participe au Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府) de Nankin comme vice-ministre de la Justice (sifa xingzhengbu cizhang 司法行政部次長) et président de la Cour suprême de justice (zuigao fayuan 最高法院). Sous le gouvernement de Wang Jingwei, Zhu occupe notamment les postes de vice-président du Yuan législatif de septembre 1940 à février 1941 et de président du Comité disciplinaire central des fonctionnaires (zhongyang gongwuyuan chengjie weiyuanhui 中央公務員懲戒委員會) jusqu’en 1945. Placée sous l’autorité du Yuan judiciaire (sifayuan 司法院), cette institution composée de neuf à onze membres a pour mission de traiter les mises en accusation visant les agents de l’État transmises par le Yuan de contrôle (jianchayuan 監察院). Faute de pouvoir juger les affaires de corruption impliquant des hauts fonctionnaires, comme dans le cas du scandale du ministère des Vivres qui conduit à l’exécution de Hou Dachun et de Hu Zheng, le Comité disciplinaire central des fonctionnaires ne rend qu’une poignée de jugements, cléments pour la plupart. Zhu Lühe décède des suites d’une maladie en avril 1945.
Sources : MRDC, p. 206 ; Liu Guoming 2005, vol. 1, p. 644 ; MZN, p. 1044 ; Serfass 2017, p. 757, 823-824.
[ming, Xiang 翔]
Principal transfuge du Parti national-socialiste chinois (Zhongguo guojia shehuidang 中國國家社會黨, PNS) à intégrer le gouvernement collaborateur de Wang Jingwei. Originaire de Shaoxing (Zhejiang) et natif de Shanghai, Zhu Qinglai fait des études d’économie au Japon, avant de travailler pour le ministère de l’Agriculture et du commerce et pour celui des Finances sous les Qing. Aux côtés de Zhang Junmai 張君勱 (Carson Chang, 1886-1969), Zhu fonde en 1911 l’Université Shenzhou 神州大學 à Shanghai. Il enseigne dans plusieurs établissements, dont l’Université Daxia 大夏, tout en éditant le Yinhang zhoubao 銀行週報 (l’Hebdomadaire de la banque). Il publie des articles dans le journal Xinlu 新路 (Nouvelle voie) de Zhang Junmai en faveur d’une troisième voie face à l’essor du GMD et du PCC. Membre du PNS dès sa fondation en 1932, Zhu est élu au sein de son Comité central des affaires générales lors de son premier congrès à Tianjin en 1934, puis comme l’un des cinq membres dirigeants du parti lors du deuxième congrès deux ans plus tard. Il occupe des postes importants au sein de l’organisation, dont il dirige notamment la branche shanghaienne. D’inspiration sociale-démocrate, ce parti est donc très différent de son homonyme allemand.
Zhu défend dans de nombreux textes l’autonomie locale et le gouvernement constitutionnel. Actif dans le mouvement anti-japonais, il dirige l’Association de Shanghai des professeurs d’université pour le salut national et se bat, aux côtés de Song Qingling notamment, pour la libération des “sept gentilshommes” (qi junzi 七君子) arrêtés en novembre 1936 par le GMD. En juillet 1937, Zhu publie un article dans la revue Xinxueshi 新學識 (Nouveau savoir) dans lequel il reproche au PCC de faire cavalier seul au sein du front uni en prétendant adopter les Trois principes du peuple (sanmin zhuyi 三民主義) tout en refusant de renoncer à son indépendance. Mao Zedong lui répond en septembre dans son texte sur les « Tâches urgentes après la formation du front uni GMD-PCC » (guo-gong hezuo chengli hou de poqie renwu 國共合作成立後的迫切任務).
En février 1940, Zhu participe avec un autre membre du PNS, Lu Dingkui 陸鼎揆 (1896-), à la réunion organisée à Shanghai par Wang Jingwei pour rallier les dirigeants des différents petits partis. Suite à la « déclaration de paix » de Wang, le 12 mars, Zhu et Lu répondent en apportant leur soutien au Mouvement pour la paix qu’ils justifient par les promesses faites par Konoe Fumimaro et par la situation en Europe. Ils insistent notamment sur la nécessité de mettre en place rapidement le gouvernement constitutionnel (xianzheng 憲政) promis par Wang. Dans le cadre du front uni des collaborateurs, Zhu devient membre du Conseil politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui 中央政治委員會) et, le 28 mars 1940, lance un appel radiodiffusé en faveur de la paix. La défection de l’un de ses principaux associés est une source d’embarras pour Zhang Junmai qui fait déjà l’objet d’attaques du GMD et du PCC en raison de ses sympathies supposées pour l’occupant. Dans un article et une déclaration les 18 et 19 mars 1940, Zhang dénonce l’imposture du PNS pro-japonais et promet une fin rapide au gouvernement de Wang Jingwei qu’il compare à la Rhénanie. À la fondation du Gouvernement national réformé en mars 1940, Zhu Qinglai est nommé ministre des Communications (jiaotongbuzhang 交通部長) ; poste qu’il occupe jusqu’à son remplacement par Ding Mocun en août 1941. Par la suite, il enchaîne les sinécures comme président du Comité d’hydraulique (shuili weiyuanhui 水利委員會) jusqu’en août 1942, puis comme vice-président du Yuan législatif (lifayuan 立法院) jusqu’à la fin de la guerre.
Son sort après la dissolution du gouvernement de Nankin, le 16 août 1945, n’est pas très clair. Il semble qu’il ait trouvé refuge au Japon. De même que la poignée de collaborateurs chinois rescapés, tels que Zhao Yusong, autre représentant des petits partis de la “troisième voie”, Zhu y fréquente les cercles anticommunistes et affairistes formés par d’anciens officiers et diplomates japonais. Ces hommes vivotent dans des conditions souvent difficiles, comme en témoigne Iwai Eiichi dans ses mémoires. L’ancien chef des services secrets diplomatiques à Shanghai rapporte ainsi sa surprise de voir Zhu Qinglai, avec lequel il n’avait eu en Chine que de vagues rapports, sonner un jour à sa porte pour le supplier de l’héberger, se disant prêt à dormir sur un canapé. Qu’un ancien vice-président de Yuan en soit réduit à une telle misère lui serre le cœur, mais Iwai est lui-même dans une situation trop précaire pour pouvoir l’héberger. Il aide finalement Zhu à s’embarquer clandestinement sur un navire en partance de Kōbe, sans que l’on sache vers quelle destination.
Sources : MRDC, p. 1536 ; Jeans 2001 ; Fung 2000, p. 97 ; Chen Zhengqing 2006 ; Seki 2019, p. 457, 491 ; Iwai 1983, p. 253.
Originaire de Linli (Hunan), Zou Jingfang sort diplômé de l’École supérieure d’industrie du Hunan (Hunan gaodeng gongye xuexiao 湖南高等工業學校), avant de partir étudier l’économie et les sciences politiques à l’Université de Waseda 早稲田大学 (Tokyo). À partir de la fin des années 1920, il traduit plusieurs ouvrages d’histoire économique et juridique d’auteurs japonais aussi importants que Yamakawa Hitoshi 山川均 (1880-1958), Kobayashi Ushisaburō 小林丑三郎 (1866-1930) ou encore Minobe Tatsukichi 美濃部達吉 (1873-1948). Membre de la Société de sociologie chinoise (Zhongguo shehuixue she 中國社會學社) fondée en 1930, Zou est, par ailleurs, l’auteur de plusieurs synthèses en sciences sociales telles que Jingjixue yuanlun 經濟學原論 (Principes des sciences économiques, 1930) et Zhengzhixue yuanli 政治學原理 (Principes des sciences politiques, 1933). Dans le même temps, Zou travaille au service du GMD, comme secrétaire dans le quartier général de l’armée de pacification du Hunan occidental (Xiangxi jingguojun zongsilingbu 湘西靖國軍總司令部), puis au ministère de l’Armée (junzhengbu 軍政部) du gouvernement militaire de Canton (Zhonghua minguo junzhengfu 中華民國軍政府). Il enseigne à l’Université Sun Yat-sen (guoli Zhongshan daxue 國立中山大學) et siège dans le Comité des affaires juridiques (fazhi weiyuanhui 法治委員會) du Gouvernement nationaliste, ainsi qu’au sein du Bureau du GMD au Hunan. Par la suite, il enseigne dans plusieurs universités shanghaiennes.
Zou rallie le Mouvement pour la paix de Wang Jingwei en 1939, en acceptant de siéger au sein du Comité exécutif central (zhongyang zhixing weiyuanhui 中央執行委員會) du GMD “orthodoxe”. Il semble qu’il soit proche de Wang Jingwei, car un rapport japonais de mars 1944 le classe dans la “faction personnelle de Wang” aux côtés d’hommes comme Chu Minyi. Après la fondation du Gouvernement national réorganisé en mars 1940, Zou sert notamment comme chef du 2e bureau du Comité des affaires militaires (junshi weiyuanhui di’erting 軍事委員會第二廳) en 1941-1942, et comme chef du bureau des conseillers du Yuan exécutif (xingzhengyuan canshiting 行政院參事廳) en 1942. En septembre 1943, il devient secrétaire général du Comité économique national (quanguo jingji weiyuanhui mishuzhang 全國經濟委員會秘書長), ainsi que vice-secrétaire général du Conseil suprême de défense nationale (zuigao guofang huiyi 最高國防會議). On perd sa trace à la fin de la guerre, mais un ouvrage intitulé Zhongguo jingjishi dagang 中國經濟史大綱 (Précis d’histoire économique de la Chine) signé Zou Jingfang est publié à compte d’auteur à Taipei en 1959, ce qui suggère qu’il aurait suivi Jiang Jieshi à Taiwan, cas de figure très rare parmi les anciens membres du régime collaborateur de Nankin.
Sources : Xu Youchun 2007, p. 2031 ; MZN, p. 1060-1061 ; Liu Guoming 2005, vol. 1, p. 1136 ; JACAR B02031689800 ; NCCU Academic Hub.
Originaire de Liping (Guizhou), Zhao Yusong est, avec Zhang Yinghua 張英華 (1886- ?), le principal transfuge du Parti de la jeunesse chinoise (Zhongguo qingnian dang 中國青年黨) au sein du gouvernement collaborateur de Wang Jingwei. Il débute sa carrière sous le patronage de Yuan Zuming 袁祖銘 (1889-1927), avant de s’installer dans le Nord-Est pour travailler comme conseiller pour la clique de l’Anhui. En 1926, il adhère au Parti de la jeunesse chinoise, fondé à Paris en 1923, et rallie, aux côtés de Yuan Zuming, l’Armée nationale révolutionnaire (guomin gemingjun 國民革命軍) au cours de l’Expédition du Nord (beifa 北伐). Suite à l’assassinat de Yuan en 1927, Zhao se réfugie au Sichuan et poursuit ses activités anticommunistes.
Durant la « décennie de Nankin », il est l’un des dirigeants du Parti de la jeunesse et le rédacteur en chef du Xin Zhongguo ribao 新中國日報 (La Nouvelle Chine). En mai 1933, il noue des relations avec les Japonais à Tianjin. Après la défection de Wang Jingwei en décembre 1938, il décide de rallier son Mouvement pour la paix au printemps 1939 avec plusieurs membres de son parti, mais échoue à obtenir la défection de son chef, Zeng Qi 曾琦 (1892-1951). Le Parti de la jeunesse chinoise est alors divisé entre les partisans de la résistance, qui participent au Conseil politique du peuple (guomin canzhenghui 國民參政會) – principale institution du second front uni à Chongqing, d’une part, et ses branches en zone occupée à Pékin et Nankin, d’autre part. Dans une lettre envoyée pour convaincre, en vain, Zuo Shunsheng 左舜生 (1893-1969) et Li Huang 李璜 (1895- 1891) de le suivre dans la collaboration, Zhao justifie son choix par son refus de la dictature de Jiang Jieshi et du GMD. Il y dénonce les contradictions de Chongqing qui, d’un côté, rend obligatoire pour tous les fonctionnaires et enseignants de prendre la carte du Parti nationaliste à partir de mars 1939 et, de l’autre, promet d’organiser une Assemblée nationale constituante l’hiver suivant. À l’inverse, il leur assure que Wang Jingwei tiendra sa promesse de mettre en place un gouvernement constitutionnel (xianzheng 憲政), troisième et dernière phase prévue par Sun Yat-sen.
En novembre 1939, Zhao organise à Shanghai le Comité d’action politique central du Parti de la jeunesse chinoise (Zhongguo qingniandang zhongyang zhengzhi xingdong weiyuanhui 中國青年黨中央行動委員會), dont il prend la tête. Comme pour les autres partis, sa représentation au sein du futur Comité politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui 中央政治委員會) du régime de Nankin est conditionnée à la publication, le 14 mars 1940, d’un communiqué de soutien au Mouvement pour la paix. Dans les semaines qui précèdent l’inauguration du Gouvernement national réorganisé, le 30 mars 1940, Zhao Yusong visite à plusieurs reprises Zhou Fohai dans le but d’obtenir des postes pour lui et ses proches. La participation de Zhao Yusong au gouvernement de Nankin suscite de vives protestations de la part d’un certain Liu Hsiao-Kun, qui se dit le représentant par intérim du Parti de la jeunesse. Le 6 avril 1940, ce dernier organise une conférence de presse à Pékin pour dénier à Zhao son statut de représentant du Parti de la jeunesse et pour dénoncer le régime de Wang qu’il accuse de reproduire la dictature du GMD. Le fait que cette attaque soit publiée dans le journal officiel de la Xinminhui – principale organisation de masse en Chine du Nord – laisse penser qu’il s’agit d’un moyen pour cette dernière et ses patrons japonais d’affaiblir le nouveau régime au lendemain de son inauguration.
Membre du Comité pour la mise en place du gouvernement constitutionnel (xianzheng shishi weiyuanhui 憲政實施委員會), Zhao Yusong prône, en vain, l’adoption rapide d’une Constitution face à Zhou Fohai qui souhaite la reporter. En dépit de l’importance qu’il semble accorder au programme constitutionnel, il reste fidèle au gouvernement de Nankin après que ce programme a été enterré. Outre des postes bien rémunérés pour ses cadres, l’organisation de Zhao bénéficie du système de financement mis en place par le groupe de Wang Jingwei pour s’assurer de la loyauté des petits partis, nécessaire pour maintenir la façade du multipartisme. Cette entente passe également par des échanges de bons procédés. Zhao Yusong envoie, par exemple, une pétition au Yuan judiciaire (sifayuan 司法院) demandant la libération de Yang Congren 楊從仁, un membre du Parti de la jeunesse condamné à la prison à vie pour complicité dans un homicide commis en juin 1933 et dont la peine a été réduite à quinze ans par une amnistie prononcée au moment du « retour à la capitale » en mars 1940. Rappelant que Yang a lutté contre le PCC pendant près de dix ans, Zhao ajoute que le Parti de la jeunesse faisant aujourd’hui partie du gouvernement, sa libération serait bénéfique en raison du « besoin urgent d’hommes de talent ». Grâce aux efforts de Zhao, Yang Congren est gracié le 5 mars 1941.
Dénué de tout poids politique, sinon celui que lui confère son rôle de représentant d’un petit parti, Zhao joue les utilités. À la formation du régime, il est nommé ministre de l’Agriculture et des Mines (nongkuangbu 弄礦部) jusqu’à la fusion de ce ministère avec celui de l’Industrie en août 1941. Par la suite, il hérite des maroquins de la Justice (sifa xingzhengbu 司法行政部) jusqu’en novembre 1942, puis du Personnel (quanxubu 銓敘部) jusqu’en août 1943, avant de finir la guerre comme ministre sans portefeuille. Outre le Comité politique central, il siège dans plusieurs instances offrant des sinécures aux personnalités importantes du régime, tels que le Comité de pacification rurale (qingxiang weiyuanhui 清鄉委員會), entre 1941 et 1943, et le Comité du Gouvernement national (guomin zhengfu weiyuanhui 國民政府委員會), à partir de 1943
Après la défaite japonaise, Zhao se cache à Jinan (Shandong) puis s’enfuit à Hong Kong, avant l’arrivée des Communistes. Il s’installe, fin 1950, au Japon où il se lie d’amitié avec l’ancien ministre de l’Économie du Manzhouguo, Han Yunxie 韓雲階 (1894-1982), et rédige des textes de propagande anticommuniste à la demande de l’ancien seigneur de la guerre Yan Xishan 閻錫山 (1883-1960). De même que les quelques dizaines d’anciens collaborateurs chinois réfugiés au Japon, Zhao bénéficie de l’aide financière fournie par l’Association de bon voisinage (zenrin yūgi-kai 善隣友誼会) créée à l’initiative d’anciens diplomates en Chine comme Shimizu Tōzō et Iwai Eiichi. Suite à l’annonce de la visite à venir du président Richard Nixon (1913-1994) à Pékin au milieu de l’année 1971, Zhao tente de se suicider en ingurgitant du poison. Affaibli, il meurt quelques mois plus tard. En 1978, son ami Matsumoto Masuo 松本益雄, ancien haut fonctionnaire du Manzhouguo, traduit et publie ses mémoires sous le titre Geishunka : Chō Ikushō no Chūgoku kakumei kaikoroku 迎春花:趙毓松の中国革命回顧録 (Floraisons printanières : les Mémoires de la révolution chinoise de Zhao Yusong).
Sources : MRDC, p. 1326 ; Huang Meizhen 1987, p. 700 ; Zhongguo di’er lishi dang’anguan 1988, p. 211-217 ; ZR, p. 240, 243 ; ADF 503 ; ZG, n°146, p. 1 ; Horii 2011, p. 85 ; MZN, p. 1034-1035 ; Wikipedia ; Seki 2019, p. 474.
Né à Suzhou dans une famille de lettrés fonctionnaires descendant de l’homme politique et penseur des Song, Zhang Zai 張載 (1020-1078), Zhang Yipeng est reçu à l’examen provincial (juren 舉人) en 1893. Il part ensuite étudier à l’Université Hōsei 法政大学 (Tokyo) où il côtoie Wang Jingwei. De retour en Chine, il est fonctionnaire au ministère de la Justice (fabu 法部) ainsi que dans le Yunnan, avant de revenir à Shanghai où il dirige le comité de rédaction du Shishi xinbao 時事新報 (Les dernières nouvelles). Après la Révolution de 1911, il est un acteur important de la réforme du système judiciaire dans le Jiangsu. Chargé de dissoudre les tribunaux locaux, il rencontre une vive opposition de la part des autorités locales. Impliqué dans l’assassinat de Song Jiaoren 宋教仁 (1882-1913), il doit démissionner de ses fonctions en 1913. Il revient aux affaires en août 1917, d’abord comme chef du Bureau des finances (caizhengting 財政廳) au sein du gouvernement municipal du Jiangxi, avant d’occuper, en décembre, la place par intérim de vice-ministre de la Justice (sifabu cizhang 司法部次長) dans le gouvernement central de Pékin, puis, brièvement à l’été 1920, de ministre de la Justice (sifabu zongzhang 司法部總長). Dans le même temps, il enseigne à la Soochow University (sili dongwu daxue 私立東吳大學). Par la suite, Zhang exerce comme avocat et préside le barreau de Shanghai (Shanghai lüshi gonghui 上海律師公會) entre avril 1922 et avril 1927. L’arrivée au pouvoir du Gouvernement nationaliste entraîne, en juin 1927, une réorganisation du barreau, dont profitent certains de ses membres pour se débarrasser de Zhang.
Au début de la guerre sino-japonaise, il dirige officieusement une organisation caritative. Il fréquente à l’époque un Taïwanais se faisant appeler Su Sen 蘇森, qui travaille comme interprète pour l’armée japonaise à Shanghai, tout en faisant du renseignement pour Chongqing. Il recommande Zhang aux autorités d’occupation qui mentionnent son nom à Wang Jingwei. Comme il n’est pas resté en contact avec Zhang depuis leurs années au Japon, Wang passe par l’intermédiaire du journaliste Chen Binhe 陳彬龢 (1897-1970). À en croire Jin Xiongbai, Chen tente de convaincre Zhang en lui expliquant qu’en devenant ministre de la Justice, il pourrait aider à la libération de six cent agents de Chongqing. Zhang lui demande un temps de réflexion et contacte Chongqing qui l’enjoint de refuser l’offre. Zhang finit toutefois par accepter mais seulement pour six mois, le temps de faire libérer les résistants. C’est ainsi qu’il est désigné ministre de la Justice (sifa xingzheng buzhang 司法行政部長) du gouvernement de Nankin en décembre 1943 après l’éviction de Luo Junqiang. Au cours de son mandat, il négocie effectivement avec les Japonais pour obtenir la libération de prisonniers chinois.
Il s’emploie, par ailleurs, à réformer le système judiciaire afin de mettre en conformité avec la loi du Gouvernement national réorganisé les tribunaux situés dans les anciennes concessions de Shanghai rétrocédées au cours de l’année 1943. Il restaure en particulier l’autorité des procureurs dont les attributions avaient été largement rognées du temps des concessions car elles entraient en conflit avec celles des jurés étrangers et du Conseil municipal de Shanghai. Zhang insiste également sur le renforcement de la discipline, notamment en ce qui concerne les relations informelles entre magistrats et avocats. Dans le contexte de forte inflation, il demande ainsi que les fonctionnaires de justice puissent obtenir des augmentations régulières, seul moyen à ses yeux de prévenir la corruption. Il se préoccupe également d’améliorer le sort des détenus en améliorant les conditions sanitaires et l’approvisionnement des prisons. Au moment où il prend ses fonctions de ministre, la situation est critique : incapable d’assurer un approvisionnement normal pendant plusieurs mois, l’administration pénitentiaire a recours au marché noir. À force de pétitions, Zhang obtient des autorités quatre mois de rations de riz. Si la situation des prisons (jianyu 監獄) de Shanghai est relativement bonne, il en va autrement des maisons d’arrêt (kanshousuo 看守所). La suroccupation des lieux et leur insalubrité entraînent un fort taux de mortalités chez les détenus. Début 1944, une épidémie de typhus éclate dans la maison d’arrêt de Shanghai, faisant plusieurs dizaines de morts chaque mois. Zhang Yipeng se démène pour réunir auprès d’œuvres caritatives la somme de cent milles yuans destinée à financer l’achat de vaccins. Lors de l’une des nombreuses inspections qu’il effectue, il contracte le typhus et décède le 14 juillet 1944, exactement six mois après son entrée en fonction. Sa politique de réforme de la justice est poursuivie par son successeur Chen Enpu.
Sources : MRDC, p. 899 ; WKS, p. 454-459 ; Xu Xiaoqun 2004, p. 122-124 ; Sun Huei-min 2012, p. 232 ; Hu Yizhi 2021, p. 398-399 et 402.
Originaire du Zhili (actuel Hebei), diplômé de la prestigieuse faculté de droit de l’Université impériale de Tokyo, Zhu Shen travaille comme procureur au parquet général (zongjianchating 總檢查廳) à partir de 1913, avant d’accéder au poste de procureur général (jianchazhang 檢察長) en novembre 1915. Partisan de la clique de l’Anhui (wanxi 皖系), il est nommé ministre de la Justice (sifabu zongzhang 司法部總長) en 1918, mais doit fuir en 1920 après la victoire de la clique du Zhili (zhixi 直系). De retour à Pékin avec Duan Qirui 段祺瑞 (1865-1936) en 1925, il se voit confier la charge de directeur général de la police de la capitale (jingshi jingcha zongjian 京師警察總監). Peu après, il quitte le gouvernement pour travailler dans l’industrie.
En décembre 1937, Zhu Shen intègre la direction collégiale du Gouvernement provisoire (linshi zhengfu 臨時政府) de Pékin et obtient le poste de ministre de la Justice (fazhibu zongzhang 法制部總長). Après la fondation du Gouvernement national réorganisé de Wang Jingwei en mars 1940, Zhu siège comme membre invité (yanpin weiyuan 延聘委員) du Comité politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui 中央政治委員會) et conserve sa place à Pékin, comme membre permanent (changwu weiyuan 常務委員) du Conseil des affaires politiques de Chine du Nord (Huabei zhengwu weiyuanhui 華北政務委員會).
En dépit de son profil de collaborateur de la première heure issu du Gouvernement Beiyang et du Gouvernement provisoire, Wang Jingwei croit voir en lui un allié possible. Après l’adoption par Tokyo de la “nouvelle politique chinoise” en décembre 1942, censée mieux respecter la souveraineté du régime de Nankin, Wang obtient des Japonais que Zhu Shen soit nommé président du Conseil des affaires politiques de Chine du Nord à la place de Wang Yitang en février 1943. Alors que Wang espère qu’il ne jouera qu’un rôle passager en attendant une éventuelle suppression de ce gouvernement local autonome de fait, Zhu cherche à affirmer son autorité en remplaçant certains de ses dirigeants. Son décès en juillet entraîne le retour de Wang Kemin à ce poste.
Sources : MRDC, p. 183 ; ADF 327 ; MZN, p. 1058.
[zi, Shuyong 叔雍]
Originaire de Wujin (Jiangsu), Zhao Zunyue est le fils du puissant secrétaire privé de Zhang Zhidong 張之洞 (1837-1909), Zhao Fengchang 趙鳳昌 (1856-1938). Disciple de Kuang Zhouyi 況周頤 (1859-1926), considéré comme l’un des « quatre grands poètes de la fin des Qing », Zhao se fait lui-même un nom dans la poésie, parallèlement à sa carrière de journaliste et de fonctionnaire. Secrétaire de direction au Shenbao 申報, il fait un bref passage comme conseiller au ministère des Chemins de fer (tiedaobu 鐵道部) début 1932, avant d’être nommé au sein du Comité de règlement politique du Yuan exécutif à Beiping (xingzhengyuan zhu-Ping zhengwu zhengli weiyuanhui 行政院駐平政務整理委員會). Zhao occupe par la suite des postes de direction dans la banque et l’industrie.
Son choix de collaborer avec l’occupant japonais aux côtés de Wang Jingwei est parfois présenté comme la répercussion de l’assassinat, en juin 1933, de son beau-frère Yang Xingfo 楊杏佛 (1893-1933) par la police secrète de Dai Li sur ordre de Jiang Jieshi en représailles de son activisme au sein de la Ligue chinoise des droits de l’homme (Zhongguo minquan baozhang tongmeng 中國民權保障同盟). Jin Xiongbai l’explique, plus simplement, par la longue amitié qu’entretient Wang Jingwei avec son père et Zhao Zunyue lui-même, avec lequel il a souvent partagé des joutes poétiques. Zhao est, par ailleurs, proche de Zhou Fohai. Après la défection de Wang, fin 1938, il est envoyé à Pékin pour discuter avec Wu Peifu 吳佩孚 (1874-1939), alors pressenti par les Japonais pour diriger le futur gouvernement central de collaboration. Zhao rejoint ensuite Lin Baisheng à Shanghai où il participe à la mise en place de l’appareil de propagande du Mouvement pour la paix en tant que membre du comité de rédaction du Zhonghua ribao 中華日報. En mars 1940, il est récompensé par une sinécure comme numéro deux du ministère des Chemins de fer, ainsi que par un siège au Comité politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui 中央政治委員會), dont il devient vice-secrétaire général (fumishuzhang 副秘書長) en mars 1944. En février 1942, Zhao est nommé secrétaire général de la municipalité de Shanghai ; une charge importante dans la mesure où le maire, Chen Gongbo, s’investit peu dans la gestion quotidienne de la métropole. Après la mort de Wang Jingwei et l’affaiblissement de la clique du Palais (gongguanpai 公館派) qui s’ensuit, Zhao remplace Lin Baisheng au ministère de la Propagande (xuanchuanbu 宣傳部) en décembre 1944. Il publie alors régulièrement dans la revue littéraire Gujin 古今.
Fait prisonnier une première fois le 17 août 1945 par Zhou Hao 周鎬 (1910-1949) – agent double de Chongqing dont l’excès de zèle provoque un incident – Zhao est libéré grâce à l’intervention d’Imai Takeo. Il est de nouveau arrêté par les autorités nationalistes le 27 septembre 1945 et condamné le 24 janvier 1947 à la prison à vie. Libéré l’année suivante, Zhao s’installe en 1950 à Hong Kong en 1950, où il travaille pour la maison d’édition Zhonghua shuju 中華書局 et comme enseignant. Il part peu après pour Singapour où il enseigne à l’Université Nanyang, tout en continuant à fréquenter d’anciens membres du régime collaborateur de Nankin tels que Jin Xiongbai.
Sources : Sources : MRDC, p. 1324 ; WKS, p. 98, 265 ; Fu Poshek 1993, p. 114, 131 ; Chiu 2008, p. 216 ; Wakeman 2003, p. 175-177 ; Tsai TingShan 2015, p. 284-297.
Né à Haimen (Jiangsu), dans l’agglomération de Nantong 南通, au sein d’une famille de petits propriétaires fonciers, Zhang Beisheng sort diplômé en génie minier de l’Université Beiyang 北洋大學堂 (Tianjin) en 1926. Par l’intermédiaire d’un camarade, il fait la connaissance de Chen Lifu 陳立夫 (1900-2001), lui aussi un spécialiste des mines et bras droit de Jiang Jieshi. Grâce à son appui, Zhang obtient des postes dans l’appareil central du GMD, notamment comme responsable de la censure. Il est, en particulier, chargé de contrôler le contenu de la revue Geming pinglun 革命評論 (La Critique révolutionnaire) éditée par Chen Gongbo en 1928. Ne donnant pas satisfaction au Bureau central du parti, Zhang est contraint de quitter son emploi au bout de trois ans. Se tournant à nouveau vers Chen Lifu, il trouve une place comme fonctionnaire subalterne au ministère de l’Intérieur (neizhengbu 內政部). En 1932, il suit pendant six mois une formation politique à l’Académie militaire de Huangpu (Huangpu junxiao 黃埔軍校) avant d’être envoyé dans le Jiangxi où les troupes nationalistes luttent contre les soviets. Par la suite, il est recommandé par Chen Guofu 陳果夫 (1892-1951), alors gouverneur du Jiangsu, à un poste d’instructeur politique dans l’école de formation des cadres militaires et de police de Zhenjiang, puis comme chef de section au bureau de Sûreté publique du gouvernement provincial.
Peu après le déclenchement de la guerre en août 1937, il est nommé magistrat du district de Jiading 嘉定, au nord de Shanghai. Début 1938, Zhang est désigné magistrat dans sa ville natale, Nantong 南通, mais il est démis de ses fonctions un an plus tard en raison de son manque d’énergie dans la résistance au Japon. Désœuvré, il retourne à Shanghai fin 1939 où il croise son compatriote Wu Sibao 吳四寶 (1902-1942), membre de la Bande verte (qingbang 青幫) et principal lieutenant de Li Shiqun au sein de la police secrète du n°76. Zhang cherche à gagner la confiance de ce dernier en l’aidant à piéger, lors d’une partie de mahjong en mai 1940, plusieurs dirigeants locaux du GMD (Ma Yuanfang 馬元放, Zhang Mumin 掌牧民, Shi Shunyuan 石順淵, Cui Buwu 崔步武 et Zhou Xiaobo 周孝伯). À l’exception du premier, tous acceptent rapidement de faire défection. Méfiant, Li Shiqun nomme Zhang Beisheng conseiller au n°76, tout en le plaçant sous surveillance. Il est ensuite désigné chef du bureau des Affaires générales de l’École centrale de la brigade fiscale (zhongyang shuijing xuexiao 中央税警學校), le bras armé de Zhou Fohai au ministère des Finances (caizhengbu 財政部).
Mais c’est à partir du lancement de la Campagne de pacification rurale (qingxiang gongzuo 清鄉工作) à l’été 1941 que, fort de son expérience avant-guerre dans le Jiangxi, Zhang sait se rendre indispensable aussi bien auprès de Li Shiqun que des Japonais, qui voient en lui un « expert de la pacification rurale ». Il occupe des postes importants, notamment comme chef du bureau de la Police (jingwuchu 警務處) du Jiangsu ou responsable de la zone de pacification du Sud-Jiangsu. Début 1943, il est choisi pour superviser l’extension du qingxiang au Nord-Jiangsu. Dans cette région stratégique, car abritant de nombreuses unités de guérilla communistes, Zhang traite directement avec les militaires japonais. Il obtient de pouvoir commander son propre régiment aux dépens de Li Shiqun qui espérait s’appuyer sur lui pour se constituer une armée personnelle. Aussi sa carrière n’est-elle pas affectée par l’assassinat de ce dernier, fin 1943.
Zhang Beisheng est arrêté en octobre 1945 par les autorités nationalistes qui le condamnent à mort l’année suivante. Cette peine est commuée en prison à vie en appel. En 1951, il est transféré de Shanghai à Nantong, où il est condamné à mort puis exécuté en 1954.
Sources : Xu Youchun 2007, p. 1779 ; Yu Huanhuang 1993 ; Cai Dejin 1986, p. 41-43 ; Martin 2001, p. 130 ; Xu Jiajun 2014, p. 337-338.