Liang Hongzhi

梁鴻志

18821946

Lieu d'origine

Changle 長樂

Province d'origine

Fujian 福建

Natif de Changle (Fujian), Liang Hongzhi est l’arrière-petit-fils de Liang Zhangju 梁章鉅 (1775-1849), célèbre haut fonctionnaire qui s’est notamment distingué au moment des grandes inondations de 1831 au Jiangsu et comme gouverneur du Guangxi durant la première guerre de l’Opium, ainsi que pour son œuvre d’érudit et de calligraphe. Liang passe deux années de son enfance à Nagasaki, où son grand-père est consul. Se destinant à son tour à une carrière de fonctionnaire, Liang passe les examens impériaux au grade de juren 舉人 en 1903, mais l’abolition des concours mandarinaux, deux ans plus tard, le conduit à intégrer, à l’automne 1905, la Grande école métropolitaine (jingshi daxuetang 京師大學堂), ancêtre de l’Université de Pékin. Liang débute sa carrière au Shandong, en 1908, comme chef de section au sein du Bureau d’un gouverneur de circuit (daoyin gongshu 道尹公署). L’année suivante, il est nommé comme enseignant à l’École normale supérieure du Fengtian (Fengtian youji shifan xuetang 奉天優級師範學堂), avant de rejoindre le ministère de l’Instruction publique (xuebu 學部). Il s’enfuit de la capitale durant la Révolution de 1911, mais trouve rapidement à s’employer dans le gouvernement de Tang Shaoyi 唐紹儀 (1862-1938), notamment comme conseiller au Bureau des lois (fazhiju 法制局). Il travaille également comme rédacteur du Yaxiyabao 亞細亞報 (Journal asiatique), fondé à l’initiative du président Yuan Shikai. En septembre 1915, Liang compte parmi les pétitionnaires du Fujian appelant Yuan à être intronisé empereur.

À la mort de ce dernier, en 1916, Duan Qirui 段啟瑞 (1865-1936) devient l’homme fort du Gouvernement Beiyang. Recommandé à Duan par deux compatriotes du Fujian proches du premier ministre, Zeng Yujuan 曾毓雋 (1875-1967) et Chen Zhengyu 陳征宇, Liang devient le secrétaire-général du commandant en chef Duan Zhigui 段芝貴 (1869-1925). Il se lie d’amitié avec Wang Yitang, qui partage son goût pour les joutes poétiques. Avec son aide, Liang devient membre du Club Anfu (Anfu julebu 安福俱樂部), créé par Wang et Xu Shuzheng 徐樹錚 (1880-1925) le 7 mars 1918. Vitrine politique de la Clique de l’Anhui (wanxi 皖系), le Club Anfu bénéficie de l’aide intéressée des Japonais. Après la victoire du Club Anfu aux élections législatives, Liang siège à l’Assemblée nationale dont il devient le secrétaire général. Suite à la défaite de la Clique de l’Anhui face à la Clique du Zhili (zhixi 直系) en juillet 1920, Liang est visé par un mandat d’arrêt et trouve refuge dans la légation japonaise de Pékin, avant de s’installer dans la concession japonaise de Tianjin. Après la victoire de Feng Yuxiang et Zhang Zuolin sur la Clique du Zhili, il revient aux affaires en novembre 1924 comme secrétaire général du gouvernement provisoire de Duan Qirui, mais doit démissionner un an plus tard. Après le renversement de Duan par Feng Yuxiang en avril 1926, Liang se réfugie à nouveau dans la concession japonaise de Tianjin et accepte de siéger au sein du Comité général pour la culture orientale (dongfang wenhua shiye zongweiyuanhui 東方文化事業總委員會). En 1927, Liang est nommé par Zhang Zuolin au Comité de discussion politique (zhengzhi taolun weiyuanhui 政治討論委員會) du Grand quartier général de l’Armée de pacification nationale (anguojun zongsilingbu 安國軍總司令部). Il se peut qu’il ait alors œuvré en faveur des intérêts japonais contre Zhang Zuolin, mais sans grand succès. Après la prise de Pékin à l’issue de l’Expédition du Nord (beifa 北伐), en juin 1928, Liang est visé par un mandat d’arrêt. Il bénéficie à nouveau de la protection japonaise en se réfugiant à Dalian. Suite à l’invasion de la Mandchourie en septembre 1931, Liang suit Duan Qirui à Shanghai. À la mort de Duan en novembre 1936, il s’installe à Hangzhou et publie un recueil de ses poèmes intitulé d’après le nom de son cabinet de lettré Yuanjuge shiji 爰居閣詩集.

Liang Hongzhi est loin d’être le premier choix des autorités militaires japonaises pour diriger la collaboration dans la région du bas-Yangzi. En décembre 1937, Matsui Iwane 松井石根 (1878-1948), général en chef de l’Armée régionale de Chine centrale (naka Shina hōmen-gun 中支那方面軍) rencontre Tang Shaoyi, mais ce dernier refuse de cohabiter avec le Gouvernement provisoire (linshi zhengfu 臨時政府) de Wang Kemin. Le représentant des services spéciaux, le colonel Usuda Kenzō 臼田寛三, propose alors le poste à Li Sihao 李思浩 (1882-1968), un ancien du Club Anfu, qui avait été pressenti pour seconder Tang. Face aux atermoiements de celui-ci, Usuda se tourne finalement vers Liang qui accepte. Cette décision n’est pas sans risque à l’heure où les tueurs du GMD sèment la terreur dans les rangs des collaborateurs. Se sachant menacé, Liang se rend à Hong Kong, où il rencontre des proches de Song Ziwen (T.V. Soong, 1894-1971), alors en discussion avec des émissaires japonais. Pendant son absence de Shanghai, les préparatifs en vue d’un nouveau gouvernement régional se poursuivent avec le recrutement de Wen Zongyao et de Chen Qun. Faute d’être parvenu à entrer en contact direct avec Song Ziwen, Liang rentre à Shanghai et entame, avec Wen et Chen, la formation du nouveau régime, sous la houlette du chef des services spéciaux, Harada Kumakichi.

Liang est largement tenu dans l’ignorance des tractations auxquelles se livrent les militaires japonais, entre Shanghai, Pékin et Tokyo, pour décider des compétences du futur gouvernement, notamment en matière fiscale. L’Armée régionale de Chine du Nord (kita Shina hōmen-gun 北支那方面軍) et les collaborateurs qu’elle a nommés à Pékin font en effet pression pour éviter qu’une centralisation de l’État d’occupation ne s’opère depuis l’ancienne base politique du Gouvernement nationaliste. Soucieux d’aplanir les différends avec son homologue de Pékin, Liang envoie une lettre à Wang Kemin le 12 mars 1938 pour lui annoncer l’inauguration prochaine du Gouvernement réformé de la République de Chine (Zhonghua minguo weixin zhengfu 中華民國維新政府) – appellation finalement préférée à « Nouveau gouvernement ». Il commet l’imprudence de présenter sa participation à la cérémonie comme se faisant sous la contrainte de l’occupant. Wang s’empresse de transmettre la lettre à Tokyo, où les autorités centrales demandent des explications à Hata Shunroku, successeur de Matsui en Chine centrale. Hata convoque alors Liang Hongzhi, Wen Zongyao et Chen Qun pour leur dire qu’aucune contrainte ne pèse sur eux. La bourde se transforme en atout (provisoire) : le triumvirat conditionne sa participation à une soutien matériel illimité de l’Armée expéditionnaire de Chine centrale (naka Shina hakengun 中支那派遣軍) et obtient la promesse de Hata qu’ils seront effectivement libres de toute contrainte.

Mais Wang Kemin ne s’avoue pas vaincu. Il menace les autorités japonaises de dissoudre le Gouvernement provisoire si un régime voit le jour à Nankin. Une fois encore, Liang est tenu dans l’ignorance de ce chantage. Les Japonais prétendent que leur décision de reporter l’inauguration du Gouvernement réformé vient de leur souci de donner sa pleine mesure à un tel événement. Fin stratège, Harada Kumakichi semble donner raison aux autorités de Pékin à Tokyo pour obtenir que le Gouvernement réformé voie enfin le jour, en formulant toutefois les choses de manière suffisamment ambiguë pour ne pas avoir à tenir compte de ces promesses sur le terrain. Liang ne prend connaissance de l’avantage obtenu en principe par Pékin sur Nankin que le 3 avril 1938, à la veille d’un sommet avec Wang Kemin. Lors dudit sommet, deux jours plus tard, Wang dresse la liste de ses exigences en application de la décision du gouvernement japonais. Liang répond qu’il doit attendre d’être rentré à Shanghai pour prendre ses instructions. Et Timothy Brook de conclure, « The foundation was set for the acrimony and distrust that poisoned the relationship between Liang and Wang for the next two years and induced the Japanese eventually to replace Wang with someone more tractable, and Liang with someone more charismatic. » (2001, p. 99).

Entre-temps, le Gouvernement réformé est inauguré à Nankin, mais ses dirigeants rentrent deux jours plus tard dans le quartier japonais de Shanghai, jugé plus sûr. Liang est nommé président du Yuan exécutif (xingzhengyuanzhang 行政院長) et ministre des Communications (jiaotongbuzhang 交通部長). Plus encore que son équivalent de Pékin, le régime dirigé par Liang apparaît provisoire. L’inauguration, le 22 septembre 1938 à Zhongnanhai, d’un Conseil d’union de la République de Chine (Zhonghua minguo lianhe weiyuanhui 中華民國聯合委員會), première étape dilatoire d’une fusion entre les deux régimes, est l’occasion d’un regain de tension entre Liang et Wang Kemin. Le premier est mécontent de l’avantage donné au second dans le système de vote et obtient une alternance dans la présidence du Conseil qui demeure néanmoins organisé à Pékin. Mais la vraie menace se nomme Wang Jingwei. Alors que Liang a fait de la dénonciation du GMD l’un des principaux axes idéologiques de son gouvernement, il comprend au printemps 1939 que ce dernier est destiné à être remplacé par le Gouvernement nationaliste réorganisé de Wang.

Liang met toute la mauvaise volonté possible dans le processus qui s’ouvre alors : d’abord lors des négociations avec le groupe de Wang, puis, une fois actée l’absorption du Gouvernement réformé dans le nouveau régime, au moment de l’installation de ce dernier à Nankin en mars 1940. Nommé à la présidence du Yuan de contrôle (jianchayuan 監察院) en mars 1940 – une charge prestigieuse et bien rémunérée mais dépourvue de tout pouvoir – Liang refuse de quitter l’ancien siège du Gouvernement nationaliste. Les principales instances du régime de Wang Jingwei doivent ainsi se contenter des anciens locaux du Yuan d’examen. Liang profite de cette sinécure pour reprendre sa vie de lettré. Il réunit ainsi trente-trois peintures et calligraphies de l’époque Song, vendues par des familles dans le besoin. En 1940, il finance la publication d’un ouvrage sur les Ming, après la découverte du manuscrit dans la Bibliothèque du Jiangsu. Lorsque Chen Gongbo remplace Wang Jingwei à la présidence du Yuan exécutif (xingzhengyuan 行政院) en novembre 1944, Liang hérite du Yuan législatif (lifayuan 立法院). Alors que la défaite du Japon semble de plus en plus probable, Liang cherche la protection du gouverneur du Jiangsu, Ren Yuandao, qu’il connaît de longue de date, dans l’espoir que ce dernier lui fasse profiter de ses connexions avec Chongqing.

Après la reddition japonaise, le 8 août 1945, Liang se cache à Suzhou. Mis sur la piste de Liang par l’épouse de ce dernier, revenue à Shanghai pour organiser leur déménagement, le Juntong 軍統 l’appréhende le 19 octobre 1945. Durant sa détention, Liang rédige deux nouveaux recueils de poèmes – Ruyuji 入獄集 (Derrière les barreaux) et Daisiji 待死集 (En attendant le trépas) – ainsi qu’un récit de la guerre entre les cliques de l’Anhui et du Zhili. Son procès s’ouvre à Shanghai le 5 juin 1946. La ligne de défense de Liang consiste à affirmer qu’il a été écarté du pouvoir en 1940 par la faction de Wang Jingwei et n’a donc pas pu continuer à protéger le peuple en collaborant. Il ajoute qu’il a envoyé à Chongqing des rapports secrets sur les « régimes fantoches » depuis 1938. Rien n’y fait : le 21 juin, Liang Hongzhi est déclaré coupable de toutes les charges instruites contre lui et il est condamné à mort. Cette peine est confirmée en appel par la cour suprême le 18 octobre et Liang est exécuté le 9 novembre 1946.

Sources : MRDC, p. 884 ; BDRC, vol. 2, p. 351-353, 144 ; ECCP, vol. 1, p. 499 sq. ; MRZ, vol. 11, p. 458-462 ; SKJ, p. 51 sq. ; Brook 2000 ; Brook 2001 ; Brook 2012 ; AS, 21 sept. 1938, p. 2 ; Luo Junqiang 2010, p. 33.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Liang Hongzhi  梁鴻志 (1882-1946)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/liang-hongzhi/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

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