Li Shengwu

李聖五

19001989

Lieu d'origine

Tai’an 泰安

Province d'origine

Shandong 山東

Originaire de Tai’an (Shandong), au pied du Mont Tai, Li Shengwu est le fils d’un homme de loi sorti de la pauvreté grâce à sa maîtrise des arts martiaux. Doté d’une grande intelligence et d’une ambition rapidement à l’étroit dans l’avenir que lui réserve sa famille, il abandonne pour toujours l’épouse que lui ont imposé ses parents et leurs deux filles pour tenter et réussir le concours d’entrée de l’Université de Pékin en 1918. Il rencontre sa nouvelle femme lors d’une réunion du GMD, dont il devient membre en 1920. Sous l’influence du Mouvement du 4-mai, il décide de poursuivre ses études à l’étranger pour contribuer à la modernisation du pays. Après deux années passées à l’Université impériale de Tokyo, Li part étudier le droit international à Oxford.

Plaçant ses espoirs dans Wang Jingwei face à la militarisation du GMD, Li Shengwu rentre précipitamment en Chine à la fin des années 1920 sans achever son doctorat, afin de participer à la lutte politique. Comptant parmi les hommes les plus brillants de sa génération, il se fait rapidement remarquer. Enseignant à l’Université Fudan 復旦大學 (Shanghai), vice-éditeur en chef des Presses commerciales de Shanghai (Shanghai shangwu yinshuguan 上海商務印書館) et rédacteur en chef de l’organe de presse du GMD, le Zhongyang ribao 中央日報 (Central Daily News), il publie de nombreux livres et articles. Wang Jingwei le prend sous son aile et l’invite à participer au gouvernement. Il occupe ainsi plusieurs postes comme conseiller au Yuan exécutif (xingzhengyuan 行政院), à partir de juillet 1932, et au ministère des Affaires étrangères (waijiaobu 外交部), à partir de décembre 1933, dont il démissionne après l’attentat manqué contre Wang en décembre 1935. Il continue parallèlement à travailler dans la presse, comme rédacteur en chef de la prestigieuse revue des Presses commerciales, le Dongfang zazhi 東方雜誌 (The Eastern Miscellany).

Selon son témoignage, lors de son procès en 1946, Li refuse dans un premier temps de suivre Wang Jingwei dans la collaboration et lui conseille, rapporte Hu Lancheng, de s’exiler à l’étranger. Il accepte finalement le poste qu’on lui offre avec insistance, de crainte, explique-t-il, d’être victime des agents de Li Shiqun. Toujours est-il qu’il s’implique fortement dans la préparation du nouveau régime. Député lors du « 6e congrès » du GMD « orthodoxe » en 1939, il enrôle femme, cousins et neveux pour remplir les sièges désespérément vides de l’assemblée. Il occupe dans le nouveau régime des postes importants : ministre de la Justice (sifaxingzhengbu 司法行政部) entre 1940 et 1941, de l’Éducation (jiaoyubu 教育部) entre 1941 et 1945, et des Affaires étrangères (waijiaobu 外交部) en 1945. Il ne brille pas par son zèle, au point que Zhou Fohai écrit de lui, le 24 juin 1942, qu’il « ne fait absolument rien, mettant en danger le royaume [太不做事,實誤國也] ».

Arrêté par les services secrets militaires du Juntong 軍統  le 26 septembre 1945, il est jugé en juin 1946. Déployant ses talents de juriste, il tente de convaincre le tribunal qu’il n’est légalement pas un traître puisqu’il n’a jamais été en contact avec des conseillers japonais et justifie son refus de fuir pour la zone libre par son sens du devoir paternel, alors que l’inflation impose des privations à sa famille (on verra plus bas ce qu’il en est réellement). Il reçoit également une lettre de soutien de Tao Xisheng qui témoigne de ses réticences à rallier le Mouvement pour la paix de Wang Jingwei. Li Shengwu est finalement condamné à 15 ans de prison et voit ses biens confisqués. Libéré peu avant la prise de pouvoir des Communistes, il s’installe à Hong Kong où il végète en travaillant comme éditeur et enseignant. En 1989, il effectue un dernier voyage pour rendre visite aux deux filles de son premier mariage, qui travaillent dans une ferme collective sur les rives du fleuve Amour. Pris de délires, il meurt dans un asile local.

Linguiste réputé formé à l’Université de Berkeley, son fils Li Na (Charles N. Li) livre dans ses mémoires un récit passionnant de l’ambition frustrée de Li Shengwu. Né à Nankin en 1940, Li Na grandit dans le faste des résidences luxueuses réservées aux collaborateurs, avant de connaître, après l’arrestation de son père, la misère des bidonvilles des faubourgs de la capitale. Il découvrira plus tard que ce dernier avait caché une forte somme d’argent censée financer son retour en politique. Convaincu toute sa vie que la Chine a besoin de ses talents d’homme d’État, Li Shengwu ne se remet jamais de son choix de la collaboration. Dans les années 1950, il encourage son fils à poursuivre ses études en Chine communiste. Après des mois dans une école de « reformatage », Li Na se voit refuser l’entrée à l’université au prétexte qu’il est le fils d’un traître. Devant la réaction de son père, il comprend que ce dernier n’avait montré de l’intérêt pour ses études que dans le but de sonder l’attitude des autorités communistes à son égard. Réalisant que tout retour en Chine est impossible, Li Shengwu voit ses rêves de grandeur définitivement brisés.

Sources : Xu Youchun 2007, p. 539 ; SWHB, p. 565-646 ; Li 2008 ; Hu Lancheng 2009, p. 188 ; ZR, p. 619.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Li Shengwu  李聖五 (1900-1989)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/li-shengwu/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

Biographical Dictionary of Occupied China

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