Ding Mocun

丁默邨

19031947

Lieu d'origine

Changde 常德

Province d'origine

Hunan 湖南

Avec son frère ennemi Li Shiqun, Ding Mocun est le principal dirigeant des services de sécurité du régime de Wang Jingwei. Natif de Changde (Hunan), il débute sa carrière politique comme membre du PCC à Wuhan avant de rejoindre le GMD. Il connaît dans les années 1930 une ascension rapide au sein des services secrets nationalistes grâce à son appartenance à la clique CC. En 1932, il est nommé au Bureau des enquêtes du Comité des affaires militaires qui devient, en 1935, le Bureau d’enquêtes et de statistiques (tongji diaocha-ju 統計調查局), plus connu par son abréviation Zhongtong 中統. Il sert alors sous les ordres de Chen Lifu 陳立夫 (1900-2001) aux côtés de Dai Li 戴笠 (1897-1946) et de Xu Enceng 徐恩曾 (1896-1985). La scission des services en août 1938 entre Zhongtong et Juntong 軍統 entraîne la suppression de son bureau. En outre, il est accusé par Dai Li de corruption.

Il quitte alors Wuhan pour Shanghai où il s’allie avec Li Shiqun pour convaincre les autorités d’occupation de leur confier l’organisation d’un service de sécurité. Après avoir suscité un mélange de désintérêt et de méfiance chez leurs interlocuteurs japonais, ils finissent par rencontrer Doihara Kenji en février 1939 qui cherche justement à développer une structure dédiée à la protection du Mouvement pour la paix de Wang Jingwei. Mettant son expertise au service de la police militaire japonaise (kenpeitai 憲兵隊) incapable de prévenir les nombreuses attaques perpétrées par les agents de Chongqing contre les collaborateurs, Ding leur offre l’organigramme de la résistance anti-japonaise à Shanghai. Après que leur plan a été approuvé par Tokyo le 10 février 1939, Ding et Li reçoivent de l’argent et des armes. À la même époque, ils approchent le groupe de Wang Jingwei par le biais de Zhou Fohai, originaire de la même région du Hunan que Ding et, lui aussi, membre de la clique CC dans les années 1930.

Bien qu’opposé à cette alliance avec Ding auquel il n’a pas pardonné ses attaques contre la clique réorganisationniste (gaizupai 改組派), Wang Jingwei est contraint de l’approuver. Le poids considérable que prend rapidement cette police secrète trouve son origine dans cette relation initiale : c’est elle qui engendre le nouveau gouvernement central plutôt que l’inverse. L’organisation de Ding et Li débute ses activités en avril 1939. Elle prend plusieurs noms mais c’est sous celui de « n°76 », comme le numéro de la Jessfield Road de Shanghai où est installé son siège, qu’elle est restée tristement célèbre à l’instar de la rue Lauriston. En créant le n°76, qui se montre très efficace contre les services de Chongqing, dont il recrute plusieurs agents, Ding Mocun devient une cible privilégiée de ces derniers. En décembre 1939, il est victime d’une tentative d’assassinat après avoir été séduit par l’espionne Zheng Pingru 鄭蘋如 (1918-1940).  Les circonstances rocambolesques et tragiques de cette opération ont inspiré la nouvelle Se, Jie 色戒 (Lust, Caution) de Zhang Ailing 張愛玲 (1920-1995), adaptée à l’écran en 2007 par Ang Lee 李安.

Dès cette époque, Ding Mocun et Li Shiqun rivalisent pour contrôler la police secrète du régime. Plus séducteur que Ding, Li prend l’avantage dans cette lutte qui se cristallise, en février 1940, autour de la création du ministère de la Police (jingzhengbu 警政部) dans lequel doivent être intégrés les services spéciaux. Alors que Ding est pressenti pour le diriger, Li intrigue contre lui auprès de ses patrons japonais. Cherchant à apaiser ce conflit qui menace l’existence du nouveau régime, Zhou Fohai fait nommer Li vice-ministre. En contrepartie, Ding se voit confier le ministère des Affaires sociales (shehuibu 社會部), qui a pour mission de mobiliser la société en faveur du Mouvement pour la paix. Usant de ces moyens pour développer sa propre faction au sein des organes locaux du régime, Ding suscite des dissensions avec les lieutenants de Zhou Fohai et la colère des conseillers japonais. La relation entre Ding et Li s’envenime définitivement après la mort de Ding Shijun 丁時俊, frère cadet du premier, lors d’une rixe avec un Russe blanc dans un dancing de Nankin, le Da shijie wuting 大世界舞廳, le 24 mai 1940. Ding accuse Li Shiqun, qui se défausse sur Su Chengde, auquel Ding n’a pas pardonné son ralliement à Li. Devenu tout puissant à la tête du Comité de pacification rurale (qingxiang weiyuanhui 清鄉委員會), Li empêche les activités du ministère des Affaires sociales dans le Jiangsu. La rivalité de Ding avec Li se poursuit jusqu’à l’assassinat de ce dernier en 1943.

Après la suppression du ministère des Affaires sociales lors du remaniement d’août 1941, Ding Mocun prend la tête du Comité de direction des mouvements sociaux (shehui yundong zhidao weiyuanhui 社會運動指導委員會). Dépendant du Yuan exécutif, ce comité poursuit la politique corporatiste du ministère dont il est issu. En janvier 1943, il fusionne avec le Comité de secours aux sinistrés (zhenwu weiyuanhui 賑務委員會) pour former le ministère du Bien-être social (shehui fuli bu 社會福利部) dirigé par Ding jusqu’à la fin de la guerre. Ce dernier ambitionne d’en faire un équivalent chinois du ministère de la Santé et du Bien-être (Kōseishō 厚生省), créé en 1938 pour administrer l’État-providence japonais. Ding est parallèlement nommé ministre des Communications (1941-43), puis gouverneur du Zhejiang en mai 1945. Dès 1943, le chef du Juntong, Dai Li, entre en contact avec Ding, qui communique secrètement avec Chongqing grâce aux différents postes radio qu’il a installés à Nankin, Shanghai et Hangzhou.

À la veille de la capitulation japonaise, Chen Lifu envoie un courrier à Ding dans lequel il lui promet la vie sauve s’il aide le retour du GMD en empêchant la Nouvelle 4e armée (PCC) de s’emparer de la région avant les troupes nationalistes et en contrôlant les armées fantoches. À son arrivée à Hangzhou, le général Gu Zhutong 顧祝同 (1893-1987) lui dit d’attendre ses ordres, mais Ding quitte la ville. Repéré par un journaliste, il suscite l’embarras du gouvernement de Jiang Jieshi accusé dans la presse de collusion avec les « traîtres ». Arrêté par le Juntong, Ding est condamné à mort en février 1947 et fusillé cinq mois plus tard.

Source : Martin 2001, p. 97 sqq. ; WKS, p. 66-68 ; JACAR B02030602600 ; Wakeman 2003, p. 526 ; SWHB, p. 647-835 ; Huang Qingzhong 1979 ; ZR, p. 299-300 ; Howard 2022 ; MZN, p. 1085-1086 ; Luo Junqiang 2010, p. 55.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Ding Mocun  丁默邨 (1903-1947)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/ding-mocun/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

English (automatic translation)

Together with his enemy brother Li Shiqun, Ding Mocun was the main leader of the Wang Jingwei regime’s security service. Born in Changde (Hunan), Ding began his political career as a member of the CCP in Wuhan before joining the GMD. In the 1930s, he rose rapidly in the nationalist secret service thanks to his affiliation with the CC clique. In 1932, he was appointed to the Investigation Bureau of the Military Affairs Committee, which became the Investigation and Statistics Bureau (known as Zhongtong 中統) in 1935. He served under Chen Lifu alongside Dai Li and Xu Enceng 徐恩曾 (1896-1985). His office was abolished when the services were split in August 1938 between Zhongtong and Juntong 軍統. In addition, he was accused of corruption by Dai Li.

Ding then left Wuhan for Shanghai where he joined forces with Li Shiqun to convince the occupation authorities to entrust them with the organization of a security service. After having aroused a mixture of disinterest and distrust among their Japanese contacts, they finally met Doihara Kenji in February 1939. At the time, Doihara sought to develop a structure dedicated to the protection of the Peace Movement. Ding put his expertise at the service of the Japanese military police (kenpeitai 憲兵隊), which was unable to prevent the numerous attacks perpetrated by Chongqing’s agents against collaborators. Ding offered the Japanese the organizational chart of the anti-Japanese resistance in Shanghai. After their plan was approved by Tokyo on February 10, 1939, Ding and Li received money and weapons. At the same time, they approached Wang Jingwei’s group through Zhou Fohai, who was a native of the same Hunan region as Ding and also a member of the CC clique in the 1930s.

Although Wang was opposed to this alliance with Ding, whom he had not forgiven for his attacks against the Reorganization Faction (gaizupai 改組派), he was forced to approve it. The tremendous power that the secret police quickly acquired had its origins in this initial relationship: it was the secret police that engendered the new central government rather than the other way around. Ding and Li’s organization started its activities in April 1939. It took on several names, but it remained infamous as the “No.76”, named after the number on Jessfield Road in Shanghai where its headquarters were located, as did Lauriston Street for the French Gestapo. The No.76 proved to be very efficient against Chongqing’s secret services, from which it recruited several of his agents. This success made Ding Mocun a primary target of Chongqing. In December 1939, he was the victim of an assassination attempt after being seduced by the spy Zheng Pingru 鄭蘋如 (1918-1940). The dramatic circumstances of this operation inspired the short story Se, Jie 色戒 (Lust, Caution) by Zhang Ailing 張愛玲 (1920-1995), adapted for the screen by Ang Lee 李安 in 2007.

From this time on, Ding Mocun and Li Shiqun competed to control the regime’s secret police. A more charming man than Ding, Li gained the upper hand in this struggle, which culminated in February 1940 around the creation of the Ministry of Police (jingzhengbu 警政部) into which the security service was to be merged. While Ding was expected to head it, Li intrigued against him with his Japanese bosses. In an attempt to pacify this conflict which threatened the existence of the new regime, Zhou assumed the position of minister with Li as vice-minister. In return, Ding was given the Ministry of Social Affairs (shehuibu 社會部), whose mission was to mobilize society in favor of the Peace Movement. Ding used these means to develop his own faction within the local organs of the regime, stirring up dissension with Zhou Fohai’s lieutenants and the anger of the Japanese advisors. The relationship between Ding and Li became permanently sour after the death of Ding Shijun 丁時俊, Ding’s younger brother, during a brawl with a white Russian in a dance hall in Nanjing, the Da shijie wuting 大世界舞廳, on May 24, 1940. Ding blamed Li Shiqun, who accused Su Chengde, whom Ding had not forgiven for siding with Li. Li became the all-powerful head of the Rural Pacification Committee (qingxiang weiyuanhui 清鄉委員會) and obstructed the Ministry of Social Affairs’ activities in Jiangsu. Ding’s rivalry with Li Shiqun continued until the latter’s assassination in 1943.

After the dissolution of the Ministry of Social Affairs following the government reshuffle of July 1941, Ding was appointed director of the Social Movement Guidance Committee (Shehui yundong zhidao weiyuanhui 社會運動指導委員會). Attached to the Executive Yuan, this committee carried on the corporatist policy of the ministry it originated from. In January 1943, it merged with the Relief Aid Committee (zhenwu weiyuanhui 賑務委員會) to form the Ministry of Social Welfare (shehui fuli bu 社會福利部), which Ding headed until the end of the war. Ding’s ambition was to turn it into a Chinese equivalent of the Ministry of Health and Welfare (Kōseishō 厚生省), established in 1938 to administer Japan’s welfare state. At the same time, Ding was appointed Minister of Communications (1941-43) and Governor of Zhejiang in May 1945. From 1943, the head of the Juntong, Dai Li, established contact with Ding, who secretly communicated with Chongqing through the various radio stations he had set up in Nanjing, Shanghai, and Hangzhou.

On the eve of the Japanese surrender, Chen Lifu sent a letter to Ding in which he promised to spare his life if he would help the return of the GMD by preventing the New Fourth Army from taking over the region before the Nationalist troops and by controlling the puppet armies. Upon his arrival in Hangzhou, General Gu Zhutong 顧祝同 (1893-1987) told Ding to wait for his orders, but Ding left the city. Ding was spotted by a journalist, causing embarrassment to the Nationalist government who was accused in the press of collusion with the “traitors”. Arrested by the Juntong, Ding was sentenced to death in February 1947 and executed five months later.


Biographical Dictionary of Occupied China

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