Chu Minyi

褚民誼

18841946

Lieu d'origine

Wuxing 吳興

Province d'origine

Zhejiang 浙江

Allié le plus fidèle de Wang Jingwei, dont il est un parent par alliance (son épouse Chen Shunzhen 陳舜貞 est la fille adoptive de la mère de Chen Bijun), Chu Minyi est le visage de la diplomatie de Nankin durant la guerre. Son poids politique au sein du régime est à l’image de sa charge : prépondérant en théorie, secondaire en réalité. Il n’en reste pas moins une personnalité attachante dont les connaissances dans des domaines très variés est exemplaire de la grande curiosité dont fait preuve sa génération.

Chu voit le jour à Wuxing (Zhejiang) dans une famille de lettrés fonctionnaires pratiquant la médecine traditionnelle. Il reçoit une éducation classique et baigne dans un environnement bouddhiste. Comme beaucoup de jeunes de son milieu, confrontés aux bouleversements des dernières années de la dynastie Qing, il se forme également au savoir occidental, étudiant l’anglais, la littérature européenne et les sciences physiques. En 1903, il part au Japon où il suit un cursus universitaire en économie politique. Il fréquente alors les cercles anti-mandchous au côté de Wang Jingwei, sans pour autant adhérer à la Ligue Jurée (tongmenghui 同盟會) fondée deux ans plus tard. Attiré par les idées révolutionnaires, Chu change son nom Mingyi 明遺 en Minyi (ami du peuple) et se lie avec Zhang Renjie 張人傑 (1877-1950), un riche compatriote du Zhejiang influencé par le socialisme français. Il accompagne ce dernier à Paris où il s’associe au groupe des anarchistes chinois tels que Li Shizeng 李石曾 (1881-1973). Devenu membre de la Ligue Jurée à l’occasion d’un passage à Singapour, Chu Minyi travaille pour l’organisation à Shanghai après le début de la Révolution de 1911. Il repart en Europe dès l’année suivante, avant de passer le début de la guerre en Asie, à la suite de Zhang Renjie qui collecte des fonds pour le GMD. En 1915, il reprend des études de médecine et de pharmacie à l’Université de Strasbourg dont il sort diplômé en 1921. La même année, il prend la tête de l’Institut franco-chinois de Lyon.

De retour en Chine en 1925, il intègre le Gouvernement nationaliste comme membre du Comité sur l’éducation, tout en dirigeant la faculté de médecine de l’Université de Canton. À l’été 1926, il abandonne ses fonctions pour participer à l’Expédition du Nord en tant que chef du corps médical de l’Armée nationale révolutionnaire. Partisan de Wang Jingwei au moment du schisme entre Wuhan et Nankin, il est exclu du gouvernement mis en place par Jiang Jieshi. Chu devient alors président de l’Institut technique franco-chinois de Shanghai. À la faveur du retour en politique de Wang, il est élu membre du Comité exécutif central du GMD (zhongyang zhixing weiyuanhui 中央執行委員會) en février 1928. Missionné pour étudier les systèmes de santé publique en Europe, Chu dirige à son retour en Chine le Comité pour l’établissement de l’hygiène nationale (weisheng jianshe weiyuanhui 衛生建設委員會). En 1931, il participe à l’Expédition Citroën Centre-Asie entre Tianjin et le Xinjiang, voyant là un moyen d’affirmer la souveraineté chinoise sur les marches occidentales de l’ancien empire mandchou. L’année suivante, Chu suit Wang Jingwei au Yuan exécutif (xingzhengyuan 行政院), dont il est désigné secrétaire général. À côté de ses fonctions dans le gouvernement, il poursuit son entreprise de sensibilisation aux questions d’hygiène et de promotion des nombreux sports qu’il pratique en expert, du cerf-volant au taijiquan 太極拳 (ses exploits filmés sont visibles sur Youtube). Son activisme en faveur de la culture physique (tiyu 體育) s’accompagne d’un discours empruntant aux fascismes européens et au bushidō 武士道 japonais, qui prône le renforcement du corps national à travers celui de ses membres. Il se produit également sur les planches dans des troupes d’amateurs. Chu démissionne de ses fonctions après l’attentat dont est victime Wang Jingwei en novembre 1935.

Logiquement, il fait défection aux côtés de Wang fin 1938 et devient secrétaire général de son GMD pro-japonais. En mars 1940, il est nommé ministre des Affaires étrangères (waijiao buzhang 外交部長) et, jusqu’en décembre, vice-président du Yuan exécutif, avant d’être remplacé par Zhou Fohai à ce dernier poste. Dans le jeu des factions qui divise la cour nankinoise, Chu occupe une place de choix dans le sérail de Wang Jingwei qui, bien que souvent agacé par ses maladresses, aime à dire qu’il a deux frères cadets : Chu Minyi et Zeng Zhongming, secrétaire privé assassiné à sa place à Hanoï, et lui aussi un ancien de l’Institut franco-chinois de Lyon. C’est à Chu que Wang pense pour le représenter à Pékin lorsqu’il tente, en vain, d’obtenir des Japonais de pouvoir présider le Conseil des affaires politiques de Chine du Nord (Huabei zhengwu weiyuanhui 華北政務委員會) en 1941. Les fonctions de Chu Minyi à la tête de la diplomatie l’amènent à multiplier les tentatives pour obtenir la reconnaissance de son gouvernement, en particulier auprès de la représentation française, dont il est l’un des meilleurs contacts. Cette bonne entente n’empêche pas les diplomates français de rapporter avec une ironie cruelle les déboires de Chu au sein du gouvernement de Nankin. Ainsi, lors de son envoi comme ambassadeur au Japon en décembre 1940, Pierre Salade note que la principale raison expliquant cette mutation est que « cumulant 17 postes, il touchait 17 traitements différents et, tout en coûtant trop cher au gouvernement, excitait trop de jalousies ». Celle de Zhou Fohai notamment. En l’absence de véritable diplomatie possible avec le Japon, dans le contexte de la collaboration, le représentant de fait de Nankin dans la négociation permanente avec l’occupant est Zhou. La seule faiblesse de ce dernier, outre sa difficulté à contenir l’ambition des membres de sa faction, est de ne pas appartenir au cercle intime de Wang Jingwei.

Dépourvu de véritable pouvoir politique malgré sa proximité avec Wang, Chu Minyi se rend utile en revenant à ses marottes à l’occasion du Mouvement des nouveaux citoyens (xin guomin yundong 新國民運動) lancé en 1942. Salade note ainsi en novembre que l’« infatigable Dr. Tsu Min-yee » a prononcé, devant le comité d’organisation du mouvement, un discours de « deux heures sur la méthode de gymnastique dont il est le promoteur et qu’il est parvenu à faire adopter comme système officiel d’éducation physique ». En mai 1943, Robert de Boisseson observe que « M. Tsu Min Yi, dont l’activité est très dispersée, qui préside un grand nombre de sociétés sportives, médicales, bouddhistes, etc… [sic] qui a peu de mémoire et qui désire contenter tout le monde, n’a donc qu’une influence réduite sur la conduite des affaires diplomatiques ». Comme l’a bien montré Jonathan Henshaw, le bouddhisme de Chu est indissociable de son activité de diplomate. Il vise, en effet, à contrer l’instrumentalisation qui est faite à la même époque de cette religion par le gouvernement de Chongqing, dans le but de diffuser la cause de la résistance en Chine et en Asie méridionale. Après la mort de Wang Jingwei en novembre 1944, Chu démissionne de son poste de ministre des Affaires étrangères. L’ambassadeur de Margerie y voit le signe du discrédit dans lequel est tombé le clan de Wang. Fidèle à celui-ci, Chu remplace au pied levé Chen Chunpu comme gouverneur du Guangdong en avril 1945. Retardé par l’agonie de sa belle-mère, Chu n’arrive à Canton qu’en juillet. Durant les cinq semaines qui précèdent la reddition japonaise, il cherche à assurer une transition politique ordonnée dans l’espoir que sa contribution au recouvrement de la zone occupée par le gouvernement de Chongqing soit retenue en sa faveur.

Le 20 août 1945, un agent du Juntong 軍統, Zheng Jiemin 鄭介民 (1897-1959), propose à Chu de se rendre à Chongqing. Ce dernier refuse mais envoie un télégramme à Jiang Jieshi dans lequel il lui rapporte la situation à Canton. La réponse arrive deux jours plus tard. Le Généralissime assure à Chu que, s’il sera puni pour avoir collaboré avec l’ennemi, ses états de service révolutionnaires lui vaudront d’être traité avec indulgence. Finalement Chu et Chen Bijun, également présente à Canton, se décident à partir pour Chongqing le 12 septembre, mais leur avion atterri à Nankin où ils sont mis en détention en attendant leur procès. À en croire certaines sources, un coup de théâtre se serait produit à la fin du procès de Chu Minyi. Après la confirmation de sa condamnation à mort par la Haute cour du Jiangsu, le 24 avril 1946, Chu déclare qu’il a un message à transmettre à Jiang Jieshi. Devant le refus du juge d’obtempérer, il affirme alors qu’il possède un trésor national qui sera perdu à jamais s’il devait être exécuté : les viscères de Sun Yat-sen. Chu avait supervisé leur transfert au mausolée de Nankin en mars 1942, avant de les voler à la fin de la guerre. Les reliques du « père de la nation » sont finalement découvertes. Souillées par leur contact avec un hanjian 漢奸 (traître à la nation), elles sont brûlées. Si elle est vraie, cette histoire ne dit pas comment Chu Minyi réussit à s’emparer desdites viscères à Nankin en août 1945, alors qu’il se trouve à Canton. Une chose est sûre : il est fusillé à Suzhou le 23 août 1946.

Sources : BDRC, vol. 1, p. 467-469 ; Henshaw 2019, p. 92-149 ; Tian Shoucheng 1981 ; ADF 327, 503 ; Morris 2004, p. 132 ; SWHB, p. 266 ; Cao Fengjun 2010 ; Wagner 2011, p. 265.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Chu Minyi  褚民誼 (1884-1946)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/chu-minyi/, dernière mise à jour le 28 octobre 2023. 

English (automatic translation)

Wang Jingwei’s most loyal ally, to whom he was a relative by marriage (his wife Chen Shunzhen 陳舜貞 was the adopted daughter of Chen Bijun’s mother), Chu Minyi was the face of Nanjing’s diplomacy during the war. His political weight within the regime reflected his office: preponderant in theory, secondary in reality. He was nevertheless an engaging personality whose knowledge in a wide variety of fields exemplified his generation’s great curiosity.

Chu was born in Wuxing (Zhejiang) into a family of civil servants engaged in traditional medicine. He received a classical education and was immersed in a Buddhist environment. Like many young people in his milieu, confronted with the upheavals of the last years of the Qing dynasty, he also studied English, European literature and the physical sciences. In 1903, he left for Japan where he studied political economy at the university. He joined the anti-Manchu circles with Wang Jingwei, but did not join the Tongmenghui (tongmenghui 同盟會) which was founded two years later. Drawn to revolutionary ideas, Chu changed his name from Mingyi 明遺 to Minyi (friend of the people) and befriended Zhang Renjie 張人傑 (1877-1950), a wealthy compatriot from Zhejiang influenced by French socialism. Chu travelled with Zhang to Paris, where he joined the group of Chinese anarchists lead by Li Shizeng 李石曾 (1881-1973). Having become a member of the Tongmenghui during a visit to Singapore, Chu Minyi worked for the organization in Shanghai during the 1911 Revolution. He went back to Europe the following year, before spending the beginning of the war in Asia, following Zhang Renjie who raised funds for the GMD. In 1915, Chu resumed his studies of medicine and pharmacy at the University of Strasbourg from which he graduated in 1921. The same year, he became the head of the Sino-French Institute at Lyon.

Returning to China in 1925, Chu joined the Nationalist government as a member of the Committee on Education, while heading the medical faculty of Guangzhou University. In the summer of 1926, he left his position to participate in the Northern Expedition as chief of the National Revolutionary Army’s medical corps. As a supporter of Wang Jingwei during the schism between Wuhan and Nanjing, Chu was excluded from the government established by Jiang Jieshi. At that time, he became president of the Sino-French Technical Institute of Shanghai. With Wang’s return to politics, he was elected member of the GMD Central Executive Committee (zhongyang zhixing weiyuanhui 中央執行委員會) in February 1928. Chu was commissioned to study public health systems in Europe. After returning to China, he headed the Committee for the Establishment of National Hygiene (weisheng jianshe weiyuanhui 衛生建設委員會). In 1931, he took part in the Citroen Central Asia Expedition between Tianjin and Xinjiang, viewing it as a means of asserting Chinese sovereignty on the western margins of the former Manchu Empire. The following year, Chu joined Wang Jingwei in the Executive Yuan (xingzhengyuan 行政院) as Secretary General. In addition to his government duties, he continued to raise awareness of health issues and to promote the many sports he practiced as an expert, from kite flying to taijiquan 太極拳 (some of his performances can be seen on Youtube). His activism in favor of physical culture (tiyu 體育) was inspired by European fascisms and discourses on Japanese bushidō 武士道, which advocated the strengthening of the national body through that of its members.

Wu logically defected alongside Wang at the end of 1938 and became secretary general of his pro-Japanese GMD. In March 1940, he was appointed Minister of Foreign Affairs (waijiao buzhang 外交部長) and served as Vice President of the Executive Yuan before being replaced in the latter position by Zhou Fohai in December. Amidst the factionalism that divided the Nanking court, Chu enjoyed a special place in Wang Jingwei’s entourage. Although Wang was often annoyed by Chu’s clumsiness, he liked to say that he had two younger brothers: Chu Minyi and Zeng Zhongming, his personal secretary who had been murdered in Hanoi, also an alumnus of the Sino-French Institute at Lyon. Wang chose Chu to represent him in Beijing when he tried, unsuccessfully, to get the Japanese to allow him to chair the North China Political Affairs Council (Huabei zhengwu weiyuanhui 華北政務委員會) in 1941.

Chu Minyi’s position as the head of diplomacy led him to make many attempts to obtain recognition for his government, especially from the French representation, of which he was one of the best contacts. This friendly relationship did not prevent French diplomats from reporting with a cruel irony Chu’s setbacks in the Nanjing government. For example, when Chu was appointed as ambassador to Japan in December 1940, Pierre Salade noted that the main reason for his transfer was that “he had 17 different posts and, while costing the government too much money, was arousing too much jealousy.” That of Zhou Fohai in particular. In the absence of any real diplomacy possible with Japan in the context of the collaboration, Zhou was the de facto representative of Nanjing in the permanent negotiation with the occupier. Zhou’s only weakness, apart from his difficulty in curbing the ambition of his faction members, was that he did not belong to Wang Jingwei’s inner circle.

Lacking any real political power despite his closeness to Wang, Chu Minyi made himself useful by returning to his hobbies as part of the New Citizens Movement (xin guomin yundong 新國民運動) launched in 1942. The French Consul in Nanjing Pierre Salade reported in November that the ” tireless Dr. Tsu Min-yee ” had delivered, before the movement’s organizing committee, a ” two-hour speech on the gymnastics method he was promoting and which he had succeeded in having adopted as an official system of physical education.” In May 1943, Robert de Boisseson observed that “Mr. Tsu Min Yi, whose activity is very dispersed, who presides over a large number of sports, medical, Buddhist societies, … [sic] who has little memory and who wishes to please everyone, therefore has only a limited influence on the conduct of diplomatic affairs.” As Jonathan Henshaw pointed out, Chu’s Buddhism was inseparable from his activity as a diplomat. He used cultural diplomacy in order to counter the instrumentalization of bouddhism by the Chongqing government in China and South Asia. After Wang Jingwei’s death in November 1944, Chu resigned as Foreign Minister. Ambassador de Margerie saw this as a sign of decline for the Wang faction. Loyal, Chu replaced Chen Chunpu as governor of Guangdong in April 1945. Chu’s arrival in Guangzhou was delayed by the death of his mother-in-law. In the five weeks that preceded the Japanese surrender, he sought to ensure an orderly political transition in the hope that his contribution to the recovery of the occupied zone by the Chongqing government might help his case after the war.

On August 20, 1945, a Juntong 軍統 agent, Zheng Jiemin 鄭介民 (1897-1959), suggested that Chu go to Chongqing. Chu refused but sent a telegram to Jiang Jieshi in which he informed him of the situation in Guangzhou. The answer arrived two days later. The Generalissimo assured Chu that, although he would be punished for collaborating with the enemy, his revolutionary record would earn him leniency. Finally, Chu and Chen Bijun, also present in Guangzhou, decided to leave for Chongqing on September 12, but their plane landed in Nanjing where they were taken into custody pending trial. According to some sources, a dramatic turn of events occurred at the end of Chu Minyi’s trial. After the Jiangsu High Court confirmed his death sentence on April 24, 1946, Chu allegedly declared that he had a message to deliver to Jiang Jieshi. When the judge refused to comply, he said that he had a national treasure that would be lost forever if he were executed: the viscera of Sun Yat-sen. Chu had supervised their transfer to the Nanjing mausoleum in March 1942, before stealing them at the end of the war. The relics of the “father of the nation” were finally discovered. Defiled by their contact with a hanjian 漢奸 (traitor to the nation), they were burned. If true, this story does not say how Chu Minyi managed to get hold of the said viscera in Nanjing in August 1945, while in Guangzhou. One thing is certain: Chu was shot in Suzhou on August 23, 1946.


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