Originaire de Zhuoxian (Hebei), Feng Shuluan grandit à Pékin, où il fréquente assidûment les salles d’opéra de la ville à la suite de son aîné Feng Xiaoyin 馮小隱, qui a déjà acquis une certaine réputation comme spécialiste du genre. Feng Shuluan s’installe à Shanghai en 1912. Les critiques de théâtre qu’il publie dans de nombreux journaux ont une grande influence dans le milieu. Il est également l’auteur de pièces et de romans signés de son nom de plume Monsieur Ma’er 馬兒先生 (jeu de mot à partir de son nom de famille).

À une exception près, les notices biographiques à son sujet ne mentionnent jamais son parcours pendant la guerre. Pourtant, il fait peu de doute que le même Feng Shuluan ait servi dans les gouvernements de collaboration en Chine centrale. Les postes qu’il occupe laissent penser qu’il était lié à Chen Qun. Feng débute sa carrière de collaborateur en mai 1938 comme chef de bureau au ministère de l’Intérieur du Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府) puis comme chef du bureau du Cadastre (dizhengsi 地政司) dans le même ministère sous le gouvernement de Wang Jingwei. En mai 1941, il est nommé magistrat du district de Runie (Jiangsu) et publie dans le Xianzheng yanjiu 縣政研究 (Études sur l’administration de district) un journal de voyage décrivant le trajet qu’il effectue pour prendre ses fonctions. Son nom apparaît une dernière fois en avril 1942 lorsqu’il est exclu de la formation accélérée des magistrats de district du ministère de l’Intérieur (xianren xianzhang xunlianban 現任縣長訓練班) pour avoir fumé de l’opium. Il meurt au plus tôt en 1944 et, au plus tard, en 1946.

Sources : Hao Xingqin 2015 ; Zhongguo xiqu zhi 1996, p. 866 ; MZN, p. 1025, 1073 ; Pan Min 2006, p. 178 ; XY 3/5 ; JR 26/4/42.

Originaire de Shunde (Guangdong), Feng Jie étudie à l’École normale supérieure du Guangdong (guoli guangdong gaodeng shifan xuexiao 國立廣東高等師範學校) puis à l’Université Meiji 明治大学 (Tokyo). À son retour en Chine, il enseigne à l’Université Zhongshan (Canton) avant d’occuper successivement les postes de secrétaire du bureau provincial du GMD et de chef de section dans le Comité des affaires militaires du gouvernement de Canton puis de Wuhan au moment de l’Expédition du Nord. Pendant la « décennie de Nankin », il travaille pour le Gouvernement nationaliste à Tianjin et à Canton.

Proche de Wang Jingwei et de Lin Baisheng, Feng les suit dans la collaboration comme membre du bureau cantonais du GMD projaponais et chef du bureau shanghaien du ministère de la Propagande (xuanchuanbu 宣傳部). En septembre 1941, Lin Baisheng envoie Feng Jie pour prendre le contrôle du Suzhou Xinbao 蘇州新報 (Nouvelles de Suzhou), qui avait été fondé le 1er août 1938 par le Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府) à partir du Subao 蘇報 (Journal de Suzhou). Le 10 octobre 1941, il est rebaptisé Jiangsu ribao 江蘇日報 (Quotidien du Jiangsu). Directement contrôlé par le ministère de Lin Baisheng, ce journal joue un rôle important, à partir de 1942, dans la diffusion de la propagande du Mouvement des nouveaux citoyens (xin guomin yundong 新國民運動).

Celui-ci est particulièrement actif à Suzhou qui était déjà la capitale de la Campagne de pacification rurale (qingxiang yundong 清鄉運動). Feng Jie est membre du Comité pour la promotion du Mouvement des nouveaux citoyens (xin guomin yundong cujin weiyuanhui 新國民運動促進委員會) dirigé par Lin Baisheng qui organise des campagnes de masse s’attaquant notamment aux fumeries d’opium. Condamné comme traître après la capitulation japonaise, Feng écope d’une peine légère de six années de prison. On perd ensuite sa trace, mais il est probable qu’il ait été libéré avant 1949.

Sources : ZMSD, p. 589 ; ZKD, p. 289-290, 312.

S’il n’est pas le conseiller japonais le plus important du gouvernement de Wang Jingwei, Fukuda Takeo est celui qui a eu la plus belle carrière après-guerre. Diplômé en droit de l’Université impériale de Tokyo, Fukuda devient haut fonctionnaire au ministère des Finances (ookurashō 大蔵省). En poste au Budget lorsque débute la guerre sino-japonaise, il est souvent amené à traiter des affaires de l’armée et à se rendre dans les différentes villes occupées par le Japon sur le continent. En 1938, notamment, il mène une enquête en Chine du Nord. En mai 1941, il est envoyé en Indochine française.

C’est à cette époque qu’il est « invité » par le gouvernement de Wang Jingwei à servir comme conseiller économique. Placé sous les ordres d’Aoki Kazuo, Fukuda est nommé à la tête des finances. Il est rattaché au bureau Asie orientale du ministère des Affaires étrangères (gaimushō tōakyoku 外務省東亜局), ce qui lui permet de figurer parmi les employés de l’ambassade du Japon en Chine ; un moyen pour Tokyo de sauver la face de Nankin qui ne veut pas apparaître comme un régime fantoche. Fukuda trouve à se loger dans une grande résidence avec terrain de golf, qu’il partage avec d’autres fonctionnaires détachés du ministère des Finances. À l’en croire, sa mission comme conseiller ne consiste pas seulement à renforcer le régime de Nankin, mais également à veiller à ce que l’armée ne s’ingère pas trop dans ses affaires.

Après la fondation, fin 1942, du ministère de la Grande Asie orientale (daitōashō 大東亜省), dont Aoki prend la direction, Fukuda est rappelé au ministère des Finances. Le remplaçant d’Aoki comme conseiller économique suprême, Ishiwata Sōtarō 石渡荘太郎 (1891-1950), s’oppose à sa mutation au prétexte que Fukuda serait un élément indispensable au régime de Nankin. Bien que son transfert à Tokyo soit déjà acté, Ishiwata parvient à retenir Fukuda jusqu’en juin 1943. Wang Jingwei, lui-même, n’est pas favorable à cette mutation. Selon Fukuda, c’est en lui que Wang a le plus confiance parmi tous les conseillers nippons, à tel point qu’il le consulte pour toutes sortes de sujets. Peu avant son départ pour Tokyo, Wang organise un banquet en son honneur et lui dédicace un poème calligraphié par ses soins, ainsi qu’une carte de remerciement. Flatté par cette prévenance, dont il croit être le premier bénéficiaire, Fukuda déchante lorsque Inukai Ken lui apprend que tous les conseillers reçoivent une carte similaire sur laquelle est écrit « n°1 ». Dans ses mémoires, Fukuda affirme néanmoins qu’Aoki et d’autres conseillers de sa connaissance n’ont pas eu droit à de tels égards. En 1944, il rend visite à Wang alors hospitalisé à Nagoya.

De retour dans son administration d’origine, Fukuda connaît une promotion rapide, favorisée par la nomination d’Ishiwata au poste de ministre en février 1944. En septembre 1945, il organise le déménagement des bureaux du ministère des Finances, réquisitionnés par l’occupant américain. Nommé chef du bureau du Budget en 1947, il démissionne l’année suivante en raison du scandale Shōwa Denkō 昭和電工 ; numéro un des engrais impliqué dans une vaste affaire de corruption. Fukuda n’en poursuit pas moins une riche carrière. Député à la Chambre des représentants à partir de 1952, il est nommé ministre de l’Agriculture en 1959, des Finances en 1965 et des Affaires étrangères en 1971. Après avoir pris la tête du Parti libéral-démocrate (jimintō 自民党), il occupe le poste de premier ministre de décembre 1976 à décembre 1978. Outre Koizumi Jun’ichirō 小泉純一郎 (1942-), premier ministre de 2001 à 2006, dont Fukuda est le mentor, il est le père de Fukuda Yasuo 福田康夫 (1936-), qui occupe cette charge entre 2007 et 2008. Fukuda Takeo est l’auteur de mémoires publiés cinq ans après sa mort sous le titre Kaiko kujūnen 回顧九十年 (Retour sur les neuf décennies de ma vie), dont quelques pages portent sur son expérience de conseiller à Nankin pendant la guerre.

Sources : NKJRJ, p. 439 ; KSDJ ; Fukuda 2008, p. 21 sqq. ; Wikipedia.

Étudiant à demeure à la légation de Pékin à partir de 1889, Funatsu Tatsuichirō intègre le ministère des Affaires étrangères (gaimushō 外務省) en 1894. Après une carrière de diplomate qui le conduit notamment en Chine, aux États-Unis et en Allemagne, il devient en 1926 directeur de l’Association de l’industrie des filatures de coton japonaises en Chine (zaika nihon bōseki dōgyōkai 在華日本紡績同業会).

En tant qu’ancien diplomate n’étant plus lié au gouvernement, Funatsu a le profil parfait pour jouer les émissaires informels au début de la guerre. En août 1937, Ishii Itarō et Ishiwara Kanji lui demandent de reprendre contact avec son ami Gao Zongwu afin de sonder le Gouvernement nationaliste dans l’espoir d’un règlement rapide du conflit. Court-circuitée par une initiative similaire de l’ambassadeur en Chine Kawagoe Shigeru 川越茂 (1881-1969), cette opération échoue mais annonce l’implication de Gao dans les discussions secrètes qui aboutissent à la défection de Wang Jingwei en décembre 1938.

En 1939, Funatsu devient conseiller économique auprès de la municipalité spéciale de Shanghai et du gouvernement de Nankin. Par la suite, il participe à d’autres tentatives de négociations avec Chongqing, notamment pour le compte de Matsuoka Yōsuke 松岡洋右 (1880-1946) lors de l’”opération Sen” (Sen kōsaku 銭工作) visant Qian Yongming 錢永銘 (1885-1958) en octobre 1940, aux côtés de Tajiri Akiyoshi et de Nishi Yoshiaki. Il a laissé un témoignage à ce sujet intitulé Nanka kōshō shippai nikki 南華交渉失敗日記 (Journal sur l’échec des négociations en Chine méridionale), dans lequel il affirme que l’Opération Sen aurait pu mettre un terme au conflit. À la fin de la guerre, Funatsu organise le rapatriement des Japonais vivant en Chine.

Sources : NKJRJ, p. 452 ; KSDJ ; Zaika nihon bōseki dōgyōkai 1958.

[également écrit 傅式悅]

Originaire de Yueqing (Zhejiang), Fu Shiyue part en 1905 pour le Japon où il effectue son cursus scolaire à partir du collège jusqu’à un diplôme de maîtrise à la faculté de technologie de l’Université impériale de Tokyo (Tōkyō teikoku daigaku kōgakubu 東京帝国大学工学部). De retour en Chine en 1918, il travaille comme ingénieur et épouse la nièce du célèbre penseur nationaliste Zhang Binglin 章炳麟 (1868-1936). En 1922, Fu commence à enseigner à l’Université privée de Xiamen. En 1924, il compte parmi les fondateurs de l’Université Daxia 大夏, également connue sous le nom anglais de « The Great China University ». Cet établissement privé de Shanghai est créé à l’initiative d’un groupe de professeurs de l’Université de Xiamen en soutien à la révolte de leurs étudiants. En 1927, Fu intègre le ministère des Communications (jiaotongbu 交通部) en tant que contrôleur du Bureau des télégrammes de Shanghai, puis le ministère des Finances (caizhengbu 財政部) comme chef de section dans le Bureau de la taxe spéciale sur le pétrole lampant (meiyou teshui chu 煤油特税處).

Au début de la guerre, il se réfugie à Hong Kong où il entre en discussion avec les Japonais avant même de rejoindre le mouvement de Wang Jingwei. Fu Shiyue occupe, dans un premier temps, des postes dénués de pouvoir au sein du gouvernement de Wang Jingwei fondé en mars 1940. Il dirige ainsi le ministère des Chemins de fer (tiedaobu 鐵道部), coquille vide supprimée lors de la compression administrative d’août 1941, tout en siégeant dans les instances du régime comme le Comité politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui 中央政治委員會). Fu Shiyue profite de sa proximité avec le puissant Mei Siping, originaire de la même région du Zhejiang que lui. Suite à la mort, le 24 janvier 1941, de Wang Ruikai 汪瑞闓 (1875-1941), qui occupait le poste de gouverneur du Zhejiang depuis mai 1938, Mei Siping entreprend de parfaire son contrôle sur l’administration provinciale. Après avoir occupé lui-même le poste, en laissant l’intérim à son autre homme de confiance Shen Erqiao, Mei confie la charge de gouverneur à Fu Shiyue en août 1941. Ce dernier remanie le gouvernement provincial au profit de ses soutiens, comme Bu Yu 卜愈, qui avait été son étudiant à l’Université Daxia, Wang Zhigang 王志剛, ou encore Tan Shukui 譚書奎, qui succède à Tang Yinghuang 湯應煌 à la mairie de Hangzhou, avant d’être assassiné un mois plus tard. Fu Shiyue s’emploie également à renouveler les magistrats de district, réduisant ainsi l’influence de Chen Qun qui avait nommé plusieurs compatriotes de Minhou dans l’administration du Zhejiang. L’assassinat de Tan Shukui permet toutefois à Chen Qun de conserver l’un d’eux, Wu Nianzhong 吳念中, qui retrouve son poste comme maire de Hangzhou.

Les relations de Fu Shiyue avec les autorités japonaises locales sont moins apaisées que celles qu’entretenait Wang Ruikuai. Parlant un excellent japonais pour avoir étudié plus de dix ans à Tokyo, Fu prend l’habitude de négocier directement avec les officiers hauts placés, ce qui oblige leurs subalternes à lui laisser une plus grande marge de manœuvre. Alors que Wang Ruikuai soumettait chaque décision à l’aval de ses conseillers nippons, Fu Shishuo nomme de nouveaux magistrats de district sans en référer à sa tutelle. En août 1942, il est chargé de diriger la pacification rurale (qingxiang 清鄉) au Zhejiang. Remplacé comme gouverneur par Xiang Zhizhuang en septembre 1944, Fu est recasé au ministère des Travaux publics (jianshebu 建設部). Son poids politique relatif au sein du régime provient de son appartenance au réseau des anciens élèves et professeurs de l’Université Daxia de Shanghai, dont une dizaine de membres intègre le gouvernement de Nankin. Fu est condamné à mort et exécuté en 1947.

Sources : MRDC, p. 1156 ; Yeh 1990, p. 103 ; Yan Youwen 1993, p. 202 ; Chen Dingwen 1982, p. 214 ; He Zhiping 1996, p. 499, 501.

[alias Fu Yaozong 傅耀宗]

Originaire de Ningbo, Fu Xiao’an effectue une brillante carrière de banquier et d’armateur, perturbée par l’arrivée au pouvoir des Nationalistes à la fin des années 1920. Éphémère président de la chambre générale de commerce de Shanghai en 1918, il se rapproche de Wu Peifu dans les années 1920 et s’oppose à l’Expédition du Nord. À l’arrivée du GMD à Shanghai en 1927, un mandat d’arrêt est lancé contre lui. Comme d’autres futurs collaborateurs, Fu s’enfuit alors à Dalian pour se placer sous la protection du Japon. Après l’annulation du mandat, il rentre à Shanghai en octobre 1931 pour prendre la tête de la Banque commerciale de Chine (Zhongguo tongshang yinhang 中國通商銀行), mais se voit une nouvelle fois dépossédé de son pouvoir au moment de la brusque nationalisation de 1935.

C’est donc avec un certain soulagement qu’il accueille la fuite du Gouvernement nationaliste à la fin de l’année 1937. Désireux de trouver une personnalité pour remplacer le peu convaincant Su Xiwen, les Japonais recrutent Fu qui devient, en octobre 1938, maire de Shanghai au sein du Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府). À l’arrivée de Wang Jingwei à Shanghai en mai 1939, Fu est contacté par le Zhongtong 中統, branche civile des services secrets nationalistes, qui lui demande d’organiser un banquet en l’honneur de ce Wang au cours duquel il est prévu de l’assassiner. Il fait mine d’accepter mais prévient Wang qui fait arrêter les agents de Chongqing. Craignant pour sa vie, Fu est protégé par vingt-trois gardes du corps. Pourtant, dans la nuit du 10 octobre 1940, son cuisinier qu’il emploie depuis dix ans, se glisse dans sa chambre et le décapite à l’aide d’un hachoir. Chen Gongbo lui succède à la mairie de Shanghai.

Sources : MRDC, p. 1162 ; Roux 2016, p. 574 ; Coble 2003, p. 70 ; Hu Baoqi 2010.

Biographical Dictionary of Occupied China

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