Aoki Kazuo

青木一男

18891982

Lieu d'origine

Nagano 長野県

Province d'origine

Chūbu 中部地方

Parfait exemple de ces « bureaucrates réformistes » (kakushin kanryō 革新官僚) qui devaient plus tard être décrits comme « anti-libéraux, anti-partis, nationalistes, pro-militaires, pro-fascistes et, par-dessus tout, favorables à un renforcement du contrôle de l’État », Aoki n’en devient pas moins un soutien de poids du gouvernement de Wang Jingwei. Diplômé de la faculté de droit de l’Université impériale de Tokyo, il intègre le ministère des Finances (ookurashō 大蔵省) en 1916 et accède rapidement à des fonctions importantes. Comme d’autres technocrates spécialisés dans l’économie qui trouvent grâce aux yeux des « officiers d’état-major réformistes » (kakushin bakuryō 革新幕僚), il se voit offrir une place au Bureau des affaires de Mandchourie (taiman jimu-kyoku 対満事務局) créé en 1935 pour coordonner la politique de l’Armée du Guandong (Kantō-gun 関東軍) avec celle du gouvernement. En octobre 1937, il rejoint le Conseil de planification (kikaku-in 企画院), dont il prend la tête en janvier 1939, tout en cumulant le poste de ministre des Finances à partir d’août. Il est ainsi l’un des principaux concepteurs de la politique visant à créer une sphère économique autosuffisante dont le Japon serait le centre en Asie orientale. La même année, il est nommé à la Chambre des Pairs (kizoku-in 貴族院).

Au moment de la formation du gouvernement de Wang Jingwei, il accepte à contrecœur de suivre Abe Nobuyuki à Nankin comme conseiller. Il est confronté à l’épineuse question monétaire qui divise les acteurs japonais de l’État d’occupation entre les tenants du fabi 法幣 (la monnaie nationale chinoise mise en circulation en 1935) et l’Armée de Chine centrale (naka Shina hōmen-gun 中支那方面軍) qui défend le yen militaire (gunpyō 軍票). Favorable à l’usage du fabi au début de la guerre, Aoki considère par la suite que Nankin doit frapper sa propre monnaie afin de ne plus dépendre d’une devise contrôlée par Chongqing. Pour réaliser l’unification monétaire de la Chine centrale, il lance le projet de la Banque centrale de réserve (zhongyang chubei yinhang 中央儲備銀行) qu’il défend avec succès à Tokyo devant le Kōa-in 興亜院 et les différents ministères. De retour en Chine, il se heurte cependant aux officiers locaux qui refusent de retirer les bons militaires de la circulation. Aoki retourne donc à Tokyo pour se plaindre auprès du ministre de l’Armée, Tōjō Hideki 東條英機 (1884-1948), qui l’assure de son soutien et procède à plusieurs nominations dans l’Armée de Chine centrale pour appuyer Aoki. Ce dernier est très mal accueilli par Tsuji Masanobu qui voit dans ce remaniement une ingérence inacceptable. L’affaire se conclut par la mutation de Tsuji.

Au moment du départ de la mission Abe, après la signature du “Traité sur les relations fondamentales sino-japonaises” (Zhong-Ri jiben guanxi tiaoyue 中日記本關係條約) le 30 novembre 1940, Aoki apparaît aux yeux de Wang Jingwei, des diplomates japonais et du premier ministre Konoe Fumimaro comme un contrepoids face aux autorités militaires locales. Il reste donc à Nankin comme conseiller économique suprême (zuigao jingji guwen 最高經濟顧問). Pour l’aider dans sa tâche, Tokyo lui envoie trois adjoints : Fukuda Takeo, Hashii Makoto 橋井真 (1902-1977) et Nanba Rihei 難波理平. Aoki traite essentiellement avec Zhou Fohai et Mei Siping mais rencontre également Wang Jingwei deux fois par semaine. À ses côtés, explique-t-il dans ses mémoires, il continue à lutter contre les ingérences de l’armée afin de renforcer le régime de Nankin. Zhou Fohai apprécie sa franchise. Ainsi, Aoki lui déclare, le 9 septembre 1942, que le discours japonais sur le « renforcement » du régime de Nankin n’était, jusqu’ici, que de la propagande. Il espère que cette politique sera réellement appliquée.

En septembre 1942, Aoki est rappelé à Tokyo pour prendre la direction, en novembre, du ministère de la Grande Asie orientale (daitōashō 大東亜省) qui vient d’être créé.  À ce poste, il contribue à définir la « nouvelle politique », adoptée en décembre, qui donne une plus grande autonomie au gouvernement de Wang Jingwei tout en renforçant l’exploitation des ressources chinoises au profit de l’économie de guerre japonaise. Il quitte le gouvernement au moment de la chute du cabinet Tōjō en juillet 1944 et se rend au chevet de Wang Jingwei à Nagoya. Incarcéré par les autorités d’occupation américaines à la fin de la guerre, il est libéré sans être jugé. De 1953 à 1977, il siège à la Chambre des Représentants comme député du Parti libéral (jiyūtō 自由党), devenu en 1955 le Parti libéral-démocrate (jiyū-minshutō 自由民主党). Fidèle à son passé de technocrate de l’empire, il se fait le héraut de l’extension du réseau autoroutier dans l’archipel. Un an avant sa mort, il publie ses Mémoires intitulés Waga kujūnen no shōgai o kaerimite わが九十年の生涯を顧みて (Retour sur les neuf décennies de ma vie).

Sources : NKJRJ, p. 4 ; KSDJ ; Johnson 1982, p. 124 sq. ; Mimura 2011, p. 78 ; Crowley 1998, p. 194 ; ZR, p. 646 ; Aoki 1981.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Aoki Kazuo  青木一男 (1889-1982)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/aoki-kazuo/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

English (automatic translation)

A perfect example of those “reformist bureaucrats” (kakushin kanryō 革新官僚) who were later to be described as “anti-liberal, anti-party, nationalist, pro-military, pro-fascist, and, above all, in favor of increased state control,” Aoki nonetheless became a strong supporter of the Wang Jingwei government. Aoki graduated from the law faculty of Tokyo Imperial University and joined the Ministry of Finance (ookurashō 大蔵省) in 1916, quickly rising to important positions. Like other technocrats specializing in economics who found favor in the eyes of the “reformist staff officers” (kakushin bakuryō 革新幕僚), he was offered a position in the Manchurian Affairs Bureau (taiman jimu-kyoku 対満事務局) established in 1935 to coordinate the Kwantung Army (Kantō-gun 関東軍)’s policy with the government. In October 1937, he joined the Planning Council (kikaku-in 企画院), taking over as its head in January 1939 while holding the position of finance minister from August onwards. Thus, he was one of the main architects of the policy to create a self-sufficient economic sphere with Japan as the center in East Asia. In the same year, he was appointed to the House of Peers (kizoku-in 貴族院).

When Wang Jingwei’s government was formed, he reluctantly agreed to follow Abe Nobuyuki to Nanjing as an advisor. He was confronted with the thorny monetary issue that divides Japanese actors within the occupation state between supporters of the fabi 法幣 (the Chinese national currency put into circulation in 1935) and the Central China Area Army (naka Shina hōmen-gun 中支那方面軍), which defended the military yen (gunpyō 軍票). Favoring the use of the fabi at the beginning of the war, Aoki later considered that Nanjing should mint its own currency in order to stop depending on a currency controlled by Chongqing. To achieve monetary unification in central China, he launched the Central Reserve Bank (zhongyang chubei yinhang 中央儲備銀行) project, which he successfully defended in Tokyo before the Kōain 興亜院 and the various ministries. Back in China, however, he came up against the local officers who refused to withdraw the military yen from circulation. Aoki therefore returned to Tokyo to complain to the Army Minister Tōjō Hideki 東條英機 (1884-1948), who assured him of his support and made several appointments in the Central China Area Army to support Aoki. The latter was very badly received by Tsuji Masanobu who saw this reshuffle as unacceptable interference. The affair ended with Tsuji’s transfer.

When the Abe mission left after the signing of the Basic Treaty (Zhong-Ri jiben guanxi tiaoyue 中日記本關係條約) on November 30, 1940, Aoki was seen by Wang Jingwei, the Japanese diplomats and Premier Konoe as a counterweight to the local military authorities. He therefore remained in Nanjing as supreme economic adviser (zuigao jingji guwen 最高經濟顧問). To help him in his task, Tokyo sent him three assistants: Fukuda Takeo, Hashii Makoto 橋井真 (1902-1977) and Nanba Rihei 難波理平. Aoki mainly dealt with Zhou Fohai and Mei Siping but also met with Wang Jingwei twice a week. In his memoirs, Aoki explains that, along with Wang Jingwei, he continued to fight against the army’s interference in order to strengthen the Nanjing regime. Zhou Fohai appreciated his frankness. For example, Aoki told him on September 9, 1942, that the Japanese rhetoric about “strengthening” the Nanjing regime was, so far, only propaganda. He hoped that this policy would be implemented in reality.

In September 1942, Aoki was recalled to Tokyo to take over the newly created Ministry of Greater East Asia in November. In this position, he helped define the “new China policy” adopted in December, which gave greater autonomy to Wang Jingwei’s government while increasing the exploitation of Chinese resources for the benefit of the Japanese war economy. He left the government at the time of the fall of the Tōjō cabinet in July 1944 and went to Wang Jingwei’s bedside in Nagoya. Incarcerated by the American occupation authorities at the end of the war, Aoki was released without trial. From 1953 to 1977, he was a member of the Liberal Party (Liberal Democratic Party after 1955) in the House of Representatives. True to his past as a technocrat of the empire, he championed the extension of the highway network in the archipelago. A year before his death, he published his memoirs entitled Waga kujūnen no shōgai o kaerimite わが九十年の生涯を顧みて (Looking back on the nine decades of my life).


Biographical Dictionary of Occupied China

A database from ENPChina Project