Passé par la Mantetsu comme étudiant à l’étranger (Mantetsu ryūgakusei 満鉄流学生), Etō Daikichi s’engage en 1913 dans la seconde révolution contre Yuan Shikai, aux côtés de Ju Zheng 居正 (1876-1951), Chen Zhongfu ou encore Jiang Jieshi. Très investi dans le mouvement fédéraliste chinois (liansheng zizhi yundong 聯省自治運動), il participe en 1924 aux négociations visant à mettre un terme à la seconde guerre entre les cliques du Fengtian et du Zhili (Feng-Zhi zhanzheng 奉直戰爭). Comme l’explique Seki Tomohide, l’un des rares historiens à s’être penché sur son cas, Etō est l’une des premières personnalités engagées dans la collaboration à critiquer la forme que prend l’État d’occupation dans les premiers mois de la guerre. Cette critique s’accompagne chez lui d’un vaste projet visant à faire advenir en Chine un nouveau gouvernement qui mobilise des notables chinois proches de l’ancien seigneur de la guerre Wu Peifu 吳佩服 (1874-1939). Aussi sa route est-elle amenée à croiser celle des officiers de l’armée comme Doihara Kenji qui misent jusqu’en 1939 sur Wu Peifu pour diriger le futur gouvernement central chinois que le premier ministre Konoe Fumimaro appelle de ses vœux le 16 janvier 1938. Ce compagnonnage d’Etō avec les « spécialistes de la Chine » au sein de l’Armée de terre ne tarde toutefois pas à montrer ses limites. En effet, il défend une vision de la construction étatique fondée sur la prise en compte de la volonté du peuple, en Chine comme au Japon, contre la politique des « stratagèmes » (bōryaku 謀略) employée par l’armée pour arriver à ses fins.

En décembre 1937, Etō publie à compte d’auteur un pamphlet intitulé Shina renshō jichi no shutai : Kahoku jichi undō no zenbo 支那聯省自治の主体 : 華北自治運動の全貌 (Au cœur de l’autonomie des provinces unies chinoises : Panorama du mouvement pour l’autonomie en Chine du Nord). Il y critique vivement la mise en place de structures gouvernementales à Tianjin et Pékin, ayant abouti à l’inauguration du Gouvernement provisoire (linshi zhengfu 臨時政府) le 14 décembre, ainsi que l’opportunisme des médias japonais qui ont couvert ces premiers pas de l’État d’occupation. Etō estime qu’ils constituent un obstacle à une collaboration sincère entre les peuples chinois et japonais et traduisent le retour aux affaires des bureaucrates et seigneurs de la guerre désireux de restaurer un gouvernement central à Pékin contre la volonté de la majorité des Chinois. Selon lui, ce projet porté par Kita Seiichi et Wang Kemin va « à l’encontre de la voie juste de l’ordre naturel [天理正道] » (cité par Seki 2019, p. 142) et ne peut que renforcer dans la population le soutien à la résistance anti-japonaise. Etō en appelle à un « retour au gouvernement autonome [jichi 自治] », seul à même de représenter la volonté du peuple chinois, ajoutant qu’il est du devoir des Japonais d’aider cette entreprise. Il s’oppose ainsi fermement aux structures d’occupation mises en place en Chine par les autorités japonaises qu’il accuse de provoquer le malheur du peuple chinois et de porter préjudice à l’avenir du peuple japonais. De fait, cette renaissance de la Chine doit, selon lui, passer par une transformation non moins profonde du Japon dont les institutions ont également été confisquées par « un gouvernement à la solde des bureaucrates et des militaristes [官僚軍閥ノ内閣] » (Etō 1938, p. 13). Ces institutions devront être réformées afin de représenter véritablement « l’empereur et la volonté du peuple [民意], suivant la doctrine des sujets égaux devant le souverain [一君万民] » (cité par Seki 2019, p. 145). Ces transformations de part et d’autre doivent permettre d’aboutir à une coopération, voire à une « fusion [融合] » entre les deux peuples ainsi qu’à la formation d’une « organisation économique autonome propre à l’Asie orientale [東洋独自の自主的経済組織] » (ibid.).

Etō Daikichi (au centre) et les membres de l’Association autonome du peuple chinois (Source : Seki 2019, p. 142)

Pour y parvenir, Etō entreprend, avant même que n’éclate la guerre sino-japonaise, de former en Chine du Nord trois organisations autonomes représentant chacune une classe sociale différente et composées de personnalités remettant en cause les autorités s’étant succédé à la tête de la Chine depuis l’État Qing jusqu’au parti-État nationaliste en passant par le gouvernement Beiyang. L’Association générale autonome du peuple chinois (Zhongguo renmin zizhi zonghui 中國人民自治總會) recrute ses membres parmi l’élite, l’Association autonome du peuple chinois (Zhongguo renmin zizhi tongzhihui 中國人民自治同志會) parmi l’intelligentsia et l’Association générale autonome anti-communiste du peuple chinois (Zhongguo renmin fanggong zizhi zonghui 中國人民防共自治總會) parmi les classes populaires. Toutes pousuivent un triple objectif commun : la lutte contre le GMD, la destruction du communisme et la collaboration avec le Japon. Conçu pour rompre avec la République de Chine, ce plan fait écho, note Seki Tomohide, à d’autres projets apparus à la faveur de l’occupation japonaise tels que le « Grand État Han » (dahanguo 大漢國) de Zhang Ming 張鳴 (voir Chen Zhongfu) ou l’éphémère Gouvernement municipal de la Grande Voie à Shanghai (Shanghaishi dadao zhengfu 上海市大道政府) conçu par Nishimura Tenzō et incarné par Su Xiwen. Etō délimite une zone couvrant neuf provinces de Chine du Nord (Hebei, Shandong, Henan, Shanxi, Shaanxi, Gansu, Chahar, Suiyuan et Ningxia) dans laquelle l’Association générale autonome du peuple chinois sera active. Si de nombreuses zones d’ombre demeurent quant au processus par lequel cette organisation voit le jour et le rôle exact d’Etō, il apparaît, toujours selon Seki, que les préparatifs débutent peu avant l’Incident du 7 juillet 1937. Le gouverneur du Shandong Han Fuju 韓復榘 (1890-1938) – qui devait être exécuté quelques mois plus tard sur ordre de Jiang Jieshi pour intelligence avec l’ennemi – dépêche son représentant Li Shiying 李士英 auprès du chef d’état-major de la Garnison de Tianjin, Hashimoto Gun 橋本群 (1886-1963), pour le sonder au sujet de la mise en place de l’organisation. Parallèlement, celle-ci cherche à obtenir le soutien de l’Armée du Guandong par l’intermédiaire du premier ministre du Manzhouguo, Zhang Jinghui 張景惠 (1871-1959).

Beaucoup des membres de l’Association générale autonome du peuple chinois sont liés de près ou de loin à Wu Peifu, qui est désigné conseiller militaire suprême de l’association, sans que l’on sache très bien dans quelle mesure le « maréchal de jade » est réellement impliqué. La direction de l’association est confiée à Xu Lanzhou 許蘭洲 (1872-1951), un ancien gouverneur militaire du Heilongjiang qui a œuvré dans le Nord-Est au sein de la Société internationale du swastika rouge (shijie hongwanzihui 世界紅卍字會). Il est secondé par un autre général à la retraite résident à Pékin, Chen Yi 陳宧 (1870-1939). Ils s’entourent de Ma Chending 馬辰鼎, lui aussi issu de la Société du swastika rouge ; de généraux comme Jiang Yanxing 蔣雁行 (1875-1941) et Jiang Tingzi 蔣廷梓 (1874-?) ; de diplomates comme l’ancien ambassadeur au Japon Lu Zongyu 陸宗輿 (1876-1941) et Xu Liang ; de Wu Yiting 武宜亭, leader du mouvement autonomiste de Xianghe (Hebei) en novembre 1935 ; de hauts fonctionnaires sous les gouvernements Beiyang tels que l’ancien vice-directeur du ministère de la Mongolie et du Tibet (mengzangyuan 蒙藏院) Yun Baohui 惲寶惠 (1885-1979), l’ancien vice-ministre des Finances Zhang Yinghua 張英華 (1886-?), par ailleurs membre du Parti de la jeunesse (Zhongguo qingniandang 中國青年黨), l’ancien ministre des Communication, l’amiral Wu Yulin 吳毓麟 (1871-1944) ; ou encore de l’ancien leader étudiant à l’époque du 4-mai, Wang Chongping 汪崇屏 (1889-1962), devenu le bras droit de Cai Yuanpei à l’Université de Pékin avant de servir comme conseiller de Wu Peifu. La composante militaire de l’association compte une vingtaine d’officiers parmi lesquels Guan Yingjie 冠英傑, Wang Ruqin 王汝勤 (1877-1939), Qi Xieyuan et Tang Xiangming 湯薌銘 (1887-1975), lequel est encarté au Parti national socialiste (Zhongguo guojia shehuidang 中國國家社會黨). La composante civile comprend plusieurs membres de ce même parti, à commencer par son principal dirigeant Zhang Junmai 張君勱 (1887-1969) ainsi que le philosophe Zhang Dongsun 張東蓀 (1886-1973) et l’historien Deng Wenru 鄧文如 (1887-?) ; les gouverneurs des provinces du Sichuan, du Yunnan et du Hunan, Liu Xiang 劉湘 (1890-1938), Long Yun 龍雲 (1884-1962) et He Jian 何健 (1887-1956) ; ou encore Ma Huitang 馬輝堂 (1870-1939), patron d’une célèbre entreprise de bâtiment. Par ailleurs, à en croire Etō, Hu Shi et Jiang Kanghu participent également en tant qu’« observateurs ». Si le projet parvient donc à attirer des figures importantes, il semble selon Seki qu’un certain nombre d’entre elles se soient retirées après l’Incident du Pont Marco-Polo.

Pensée comme la matrice d’un futur gouvernement régional, l’Association générale autonome du peuple chinois propose de s’inspirer de la structure administrative du baojia 保甲, mais en se donnant une finalité à l’opposé de celle-ci puisqu’elle vise non pas à étendre verticalement le contrôle du centre, mais à répartir horizontalement l’administration entre des entités locales représentées par le centre. Dix foyers (hu 戶) doivent former un hameau autogéré (zizhilü 自治閭), lui-même regroupé par dix en un village autogéré (zizhicun 自治村) et ainsi de suite au niveau des cantons autogérés (zizhixiang 自治鄉), des zones autogérées (zizhiqu 自治區) et des districts autogérés (zizhixian 自治縣). Ces structures locales, à qui il revient de lutter de manière autonome contre les agents du GMD, du PCC et les bandits, doivent être placées sous un Gouvernement anticommuniste des provinces unies autonomes de Chine (Zhongguo zizhi liansheng fanggong zhengfu 中國自治聯省防共政府). Dirigé par un président et un premier ministre, celui-ci doit comprendre quatre branches : le Yuan de planification (jihuayuan 計劃院), le Yuan de conseil (canzhengyuan 參政院), le Yuan des affaires d’État (guozhengyuan 國政院) et le Yuan de contrôle (jianzhengyuan 監政院). Enfin, le rapprochement sino-japonais doit passer par la signature de plusieurs accords (militaire, économique, migratoire), l’abrogation de l’extraterritorialité japonaise en Chine, la reconnaissance par la Chine du Manzhouguo, l’enseignement de la langue du voisin et la diffusion d’une morale est-asiatique définie comme confucéenne.

La deuxième organisation pensée par Etō, l’Association autonome du peuple chinois, cible les milieux intellectuels en se donnant pour mission de défendre les idéaux d’autonomie et de démocratie ce qui l’amène à dénoncer la dictature du GMD et son alliance avec le PCC. Son principal programme consiste à organiser des assemblées élues aux différents échelons (hameau, bourg, canton, etc.) en étendant le droit de vote à tous les citoyens de plus de 21 ans. Installée dans la concession japonaise de Tianjin, où réside alors Etō, elle est dirigée par Liu Datong 劉大同 (1866-1952), également connu sous le nom de Liu Jianfeng 劉建封, pionnier de la révolution anti-mandchoue qui s’était opposé à Jiang Jieshi à partir du début des années 1930. La direction de l’Association autonome du peuple chinois réunit plusieurs officiers de l’armée tels que Zhang Jianting 張建亭 (1879-?), Shuai Lanfeng 帥嵐峰, Liu Xianting 劉顯庭 et Zhang Xiaojiang 張筱江, ainsi que des civils tels que le président de la Haute cour de justice Wu Wenzhuo 吳文卓, un ancien député de l’assemblée provinciale du Shandong Sun Jiyun 孫寄運, Yan Youbo 嚴遊波, le président de la chambre de commerce de Daokou Liu Jixuan 劉季軒, He Ruiyu 賀瑞雨, Qiu Yangfei 丘仰飛 (1893-?) ou encore Liu Binghuan 劉炳寰 (1874-1938), un ancien de la Ligue jurée ayant refusé de rejoindre le gouvernement pro-japonais de Yin Rugeng en 1935. Enfin, l’Association générale autonome anti-communiste du peuple chinois, qui doit défendre les mêmes idéaux d’autonomie et d’anticommunisme auprès des couches populaires, est présidée par le général Zhang Zhizhong 張致忠et plus tard par Cai Zhengxun 蔡正勳.

Alors que ses projets en Chine du Nord sont pris de court par la mise en place par l’armée japonaise de structures gouvernementales en Chine centrale au début de l’année 1938, Etō envisage leur fusion avec le Gouvernement provisoire de Pékin au sein d’un gouvernement fédéral des provinces unies (liansheng zizhi zhengfu 聯省自治政府). Il prévoit de confier la conception du nouveau gouvernement à des assemblées consultatives provisoires composées de membres issus de ses trois associations. À en croire les mémoires de Kawai Teikichi 川合貞吉 (1901-1981), journaliste de gauche lié à l’espion soviétique Richard Sorge (1895-1944) et qui fréquente alors Etō, ce dernier espère confier la direction de ce gouvernement fédéral à Wu Peifu. Il anticipe également la mise en place d’une seconde fédération méridionale couvrant le Guangdong, le Guangxi, le Yunnan, le Guizhou et le Sichuan dont la direction reviendrait à Li Jishen 李濟深 (1885-1959), l’un des leaders en 1933 du Gouvernement populaire révolutionnaire du Fujian (renmin geming zhengfu 人民革命政府) auquel a participé Qiu Yangfei, l’un des cadres de l’Association autonome du peuple chinois. Bien que ce plan impliquant Li Jishen soit similaire à l’opération menée au même moment par Wachi Takaji, les sources disponibles ne permettent pas d’attester d’un lien entre ce dernier et Etō. En revanche, il ne fait guère de doute qu’Etō coopère avec Doihara Kenji dans l’opération visant Wu Peifu. Soutenu à Tokyo par le ministre de l’Armée, Itagaki Seishirō, Doihara s’emploie à partir du milieu de l’année 1938 à recruter une figure de premier plan pour présider le futur gouvernement central auquel doit aboutir la fusion espérée des gouvernements régionaux établis à Pékin et Nankin. Ses efforts se concentrent en particulier sur Wu Peifu, qu’Etō entend également placer à la tête d’un gouvernement fédéral. En octobre 1938, Doihara finance la création de la Zhengdashe 正大社 (Société de la droiture), établie dans le quartier Xicheng 西城 de Pékin. Destinée à promouvoir le soutien à Wu Peifu, qui calligraphie son écriteau, la Zhengdashe compte dans ses rangs les principaux dirigeants des trois associations formées par Etō. Celui-ci fait le déplacement à Pékin où il aménage des pièces à la japonaise dans la vaste demeure de la Zhengdashe afin d’assurer le confort de ses hôtes japonais, parmi lesquels le célèbre chorégraphe Ishii Baku 石井漠 (1886-1962).  

Le rapprochement entre les activités d’Etō et celles de Doihara se précise début décembre 1938, alors qu’au même moment les services spéciaux de l’armée japonaise en Chine du Nord et en Chine centrale mettent en scène le soutien populaire à une future présidence de Wu Peifu. Le 28 novembre notamment, une « assemblée générale représentative pour promouvoir la fondation du gouvernement central » (zhongyang zhengfu shuli cujin quanti daibiao dahui 中央政府樹立促進全體代表大會) rassemble plus de trois cent délégués à Nankin. Désireux de contrer le projet centralisateur du Gouvernement provisoire de Pékin, le Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府) et ses conseillers japonais défendent une constitution « confédérale » (banglian 邦聯) afin de laisser une grande autonomie aux gouvernements régionaux. Le 16 décembre 1938, le Yomiuri shinbun se fait l’écho de la formation d’un « Conseil ethnique nippo-chinois » (Nisshi minzoku kaigi 日支民族会議) à l’initiative de la Zhengdashe qui est présentée comme englobant l’Association générale autonome du peuple chinois, l’Association autonome du peuple chinois et l’Association générale autonome anti-communiste du peuple chinois. Installé, semble-t-il, à la même adresse pékinoise que la Zhendashe et disposant d’une branche à Tokyo, le Conseil ethnique nippo-chinois reprend une partie du programme politique conçu par Etō l’année précédente. Il présente l’« Incident de Chine » comme une « une guerre sainte pour éradiquer et nettoyer tous les obstacles à l’unification des peuples japonais et chinois » (cité par Seki 2019, p. 158), à commencer par l’appareil étatique centralisé du GMD décrit comme contraire à la vraie nature du peuple chinois qui ne peut atteindre l’harmonie qu’en s’organisant au niveau local. Le Conseil ethnique nippo-chinois reprend également le projet de réforme des institutions japonaises d’Etō, considérant que la « vieille structure capitaliste égoïste » en place explique la persistance d’une vision « insulaire » des relations sino-japonaises à laquelle doit être substituée une politique d’« affection fraternelle » entre les deux peuples. À la même époque, Etō rencontre le général des armées Masaki Jinzaburō 崎甚三郎 (1876-1956), figure de la faction de la Voie impériale (kōdōha 皇道派) mis en semi-retraite après la tentative de coup d’État de 1936. Masaki partage son objectif en Chine – la mise en place de gouvernements autonomes et la chute du GMD, mais aussi son rejet de la classe politique et des dirigeants militaires en place à Tokyo. Lui-même intéressé par une solution passant par Wu Peifu, Masaki a reçu peu avant un plan allant dans ce sens rédigé par Tsukuda Nobuo 佃信夫, un « aventurier du continent » (tairiku rōnin 大陸浪人) notamment mêlé à la tentative de restauration mandchoue en 1917. Hormis une conférence organisée le 10 février 1939 à Pékin, la principale activité du Conseil ethnique nippo-chinois est la publication d’un périodique portant son nom. Il publie les articles d’une trentaine d’auteurs chinois et japonais, parmi lesquels ceux de son rédacteur en chef Terashita Munetake 寺下宗孝 qui en reproduit un partie dans son ouvrage Chūgoku no sugata 中国の姿 (La situation de la Chine, Kenbunsha, 1940). Comme le note Seki Tomohide, le fait que ce dernier emploie le terme « Chūgoku » plutôt que « Shina » pour désigner la Chine est, en soi, le signe d’un certain rejet de la politique impérialiste japonaise. De fait, certains articles parus dans la revue Nisshi minzoku kaigi n’hésitent pas à pointer le décalage entre les grands principes panasiatiques professés par des hommes comme Etō et la réalité qui rend très difficile une entente entre les peuples chinois et japonais.   

De même que les autres projets japonais apparus fin 1938-début 1939 visant à donner une définition fédérale voire confédérale au « nouveau gouvernement central chinois », la fédération de gouvernements provinciaux en Chine du Nord voulue par Etō ne voit jamais le jour. En cause, le pari Wu Peifu qui ne s’avère pas payant et l’arrivée en zone occupée, au printemps 1939, de Wang Jingwei dont le projet gouvernemental centré sur le GMD est aux antipodes de celui défendu par Etō. Très critique de l’« Opération Wang Jingwei », Etō se plaint de voir ses activités bloquées à Pékin par Kita Seiichi et Kawamoto Yoshitarō 川本芳太郎(1898-1975), derrière lesquels il croit voire la main de Kagesa Sadaaki et d’Ōsako Michisada 大迫通貞 (1890-1974), lequel dissout la Zhendashe en août 1939. Du reste, plusieurs des notables chinois liés jusque-là aux activités d’Etō font alors clairement le choix de ne pas collaborer avec le Japon. C’est notamment le cas de Liu Datong, de Wang Chongping ou encore de Zhang Dongsun. Peu avant la mise en place du gouvernement de Wang Jingwei en mars 1940, Etō tente de relancer depuis Tianjin des négociations avec Jiang Jieshi par l’intermédiaire de John Leighton Stuart (1876-1962), également approché à cette époque par Wang Kemin et des officiers japonais de Chine du Nord pour tenter de faire échouer l’avènement d’un régime en Chine centrale. Ces activités valent à Etō d’être arrêté par la police militaire (kenpeitai 憲兵隊) de Tianjin. Désabusé, il confie à Kawai Teikichi avoir été pris à son propre jeu : alors même qu’il prônait une politique de collaboration sincère confiée aux autorités civiles contre les « stratagèmes » des militaires, Etō a cru pouvoir profiter de l’appui de Doihara et d’Itagaki pour arriver à ses fins, avant de réaliser que c’était eux qui l’avaient utilisé pour rallier des collaborateurs chinois.

Échaudé par cet échec, Etō ne refait pas parler de lui avant le début de l’année 1945, lorsqu’il est impliqué dans le projet éphémère de négociation de paix avec Chongqing conçu par Miao Bin. Il effectue à cette occasion une mission en Chine du Nord à la demande du premier ministre Koiso Kuniaki auquel il a été recommandé par l’amiral Okada Keisuke 岡田啓介 (1868-1952). En novembre 1945, Etō tente de relancer son projet politique à la faveur des élections générales devant se tenir début 1946 en lançant, aux côtés de Katō Yoshimasa 加藤好正, le Parti autonome du peuple impérial (jichi nōmin-tō 自治皇民党). Celui-ci participe à la Ligue des nouveaux partis (shintō renmei 新党聯盟) formée en décembre 1945 par quinze organisations pour peser face aux grands partis, mais qui ne parvient à ne faire élire qu’une seule députée.

Sources : Seki 2019, Chap. 3 ; Etō 1938 ; Dryburgh 1993, p. 145-147 ; Jansen 1967, p. 198 ; AS, 17/11/1945, p. 1 ; Zhonghua xueyi she 1946, p. 8-9.

Biographical Dictionary of Occupied China

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