Itagaki Seishirō

板垣征四郎

18851948

Lieu d'origine

Iwate 岩手県

Province d'origine

Tōhoku 東北地方

Né dans une famille de bushi au service du clan Nanbu 南部氏, qui dirige avant la restauration Meiji le fief du même nom, également connu comme le domaine de Morioka 盛岡藩, au nord-est du Japon, Itagaki Seishirō sort diplômé de l’École d’officiers de l’armée de terre (rikugun shikan gakkō 陸軍士官学校) en 1904, dans la même promotion que Doihara Kenji et Okamura Yasuji. Il participe à la Guerre russo-japonaise (1904-1905), au cours de laquelle il est blessé à la jambe lors de combats près de Fengtian 奉天 (Mukden, act. Shenyang 瀋陽). En 1906, il se familiarise avec la situation chinoise durant les deux années qu’il passe au sein de la Garnison de Chine (Shina chūtongun 支那駐屯軍), stationnée à Tianjin. Diplômé de l’École supérieure de guerre (rikugun daigakkō 陸軍大学校) en 1916, Itagaki intègre l’état-major général de l’Armée de terre (sanbōhonbu 参謀本部) comme directeur du Bureau Chine (Shina-han 支那班), qui chapeaute le renseignement militaire en Chine. L’année suivante, il est détaché à Kunming (Yunnan), où il met à profit ses liens avec le seigneur de la guerre Tang Jiyao 唐繼堯 (1883-1927), diplômé de l’École d’officiers de l’armée de terre en 1908, pour collecter des informations sur le Sud-Ouest. En 1919, il est muté à Hankou où il se lie avec son cadet Ishiwara Kanji.

De retour au Japon en 1921, Itagaki retrouve l’année suivante la Section Chine (Shina-ka 支那課), avant de repartir en 1924 sur le continent comme adjoint de l’attaché militaire de la légation de Pékin (chūzai bukan hosakan 駐在武官補佐官) Honjō Shigeru 本庄繁 (1876-1945), puis attaché militaire au consulat de Jinan 濟南 (Shandong) en 1927. L’année suivante, Itagaki prend le commandement de la 33e brigade d’infanterie (hoheidai 33 rentai 歩兵第33連隊) stationnée à Qingdao 青島 (Shandong), avant d’être muté en 1929 au sein de l’état-major de l’Armée du Guandong (Kantō-gun 関東軍). Il y prend la suite de Kōmoto Daisaku 河本大 (1883-1955) – connu pour son rôle dans l’assassinat de Zhang Zuolin en 1928 – comme chef de la 2e section chargée du renseignement. Itagaki y retrouve Ishiwara avec lequel il conçoit le stratagème qui aboutit à l'”Incident de Mukden“, le 18 septembre 1931. À l’insu du commandant en chef de l’Armée du Guandong, le général de division (chūshō 中将) Honjō Shigeru, Itagaki et Ishiwara, qui ne sont alors respectivement que colonel (taisa 大佐) et lieutenant-colonel (chūsa 中佐), ordonnent à des agents de faire exploser une bombe sur une voie ferrée de la Mantetsu 満鉄 (Compagnie du chemin de fer sud-mandchourien). Attribué à des terroristes chinois, l’attentat sert de prétexte à l’occupation de la Mandchourie par l’Armée du Guandong et à la mise en place du Manzhouguo l’année suivante. Itagaki est également le principal instigateur de l’Incident de Shanghai en janvier 1932, destiné à détourner l’attention internationale de la Mandchourie. Il fournit 20 000 yens à Tanaka Ryūkichi 田中隆吉 (1893-1972), alors adjoint de l’attaché militaire de la légation de Shanghai, lequel organise un attentat contre des moines japonais afin de justifier une intervention militaire. Son insubordination n’empêche pas Itagaki de continuer à s’élever dans la hiérarchie militaire. Promu général de brigade (shōshō 少将) en août 1932, il devient “conseiller” du nouvel État mandchou, dont il a été l’un des principaux architectes. En 1934, il est nommé conseiller militaire suprême (Manshūkoku gunsei saikō komon 満州国軍政最高顧問), vice-chef d’état-major de l’Armée du Guandong et attaché militaire de l’ambassade du Japon au Manzhouguo. En 1936, il accède au rang de chef d’état-major de l’Armée du Guandong et au grade de général de division. Si la politique de morcellement de la Chine du Nord-Est que mènent les militaires japonais au milieu des années 1930 est le plus souvent attribuée au “Lawrence de Mandchourie” Doihara Kenji, il semble que ce dernier suive un plan conçu par Itagaki lui-même.

Durant les premiers mois de la guerre sino-japonaise, Itagaki commande la Cinquième division (dai 5 shidan 第5師団) qui participe aux principaux combats de Chine du Nord, depuis la Bataille de Pékin-Tianjin (Hei-Shin sakusen 平津作戦) à l’été 1937, jusqu’à la Campagne de Xuzhou (Joshū kaisen 徐州会戦) au printemps 1938, durant laquelle ses troupes sont défaites lors de la fameuse bataille de Tai’erzhuang (Taijisō no tatakai 台児荘の戦い). Il est alors rappelé à Tokyo pour intégrer, en juin, le cabinet de Konoe Fumimaro comme ministre de l’Armée (rikugun daijin 陸軍大臣), lors du remaniement qui accompagne la remise en cause de la politique jusqu’au-boutiste entérinée par le même Konoe dans son discours du 16 janvier 1938. En effet, de même que son ancien bras droit Ishiwara, Itagaki pense que le projet expansionniste du Japon sur le continent, dont il a été l’un des principaux artisans, ne peut que pâtir d’une guerre d’attrition contre la Chine. Aussi, Itagaki et le nouveau ministre des Affaires étrangères Ugaki Kazushige cherchent-ils à poursuivre des négociations secrètes avec Chongqing à travers les différents canaux établis depuis l’échec de la médiation allemande au début de l’année 1938. Les deux hommes mènent ainsi parallèlement des discussions par émissaires interposés avec le président du Yuan exécutif (premier ministre) Kong Xiangxi. Contrairement à Ugaki, démissionnaire dès septembre 1938, Itagaki continue à peser sur la politique chinoise du Japon en conservant son maroquin dans le cabinet d’Hiranuma Kiichirō 平沼騏一郎 (1867-1952) formé en janvier 1939. Actif à Tokyo dans le suivi des “opérations de paix”, il l’est tout autant en Chine où il retourne en septembre 1939 pour prendre la tête de l’état-major de l’Armée expéditionnaire de Chine (Shina hakengun sōsanbōchō 支那派遣軍総参謀長), sous le commandement de Nishio Toshizō 西尾 寿造 (1881-1960).

Il faut toutefois se garder de voir en Itagaki un avocat de la paix, par opposition notamment à son vice-ministre Tōjō Hideki 東條英機 (1884-1948), imposé par l’armée pour veiller au grain. S’il joue un rôle moteur dans les différentes “opérations” qui prennent place dans les mois qui encadrent la mise en place du gouvernement de Wang Jingwei en mars 1940, Itagaki cherche avant tout un moyen de déstabiliser Chongqing pour accélérer la fin des hostilités. De fait, il joue en permanence sur plusieurs tableaux, soutenant l’avancement de l'”Opération Wang Jingwei” portée par Kagesa Sadaaki, tout en patronnant l'”Opération Kiri” (Kiri kōsaku 桐工作) dirigée entre février et octobre 1940 par Imai Takeo. Centrée sur Song Ziliang 宋子良 (1899-1983), le plus jeune beau-frère de Jiang Jieshi (qui se révélera être en réalité un agent de Dai Li), cette dernière opération vise, côté chinois, à empêcher l’inauguration du gouvernement de Nankin puis sa reconnaissance par le Japon. Il est même question, en août 1940, d’une rencontre entre le généralissime et Itagaki qui ne se concrétise pas. Dans le même temps, Itagaki s’investit dans la mise en place du nouveau gouvernement central en Chine. Le 17 mai 1939, il relance le projet confédéral en défendant une co-présidence partagée entre l’ancien seigneur de la guerre Wu Peifu et Wang Jingwei qui n’aboutit pas. S’il doit finalement se résoudre à soutenir la formation d’un Gouvernement national réorganisé dirigé par le seul Wang Jingwei, Itagaki met des bâtons dans les roues de ce dernier. Le coeur du projet politique porté par le groupe de Wang consiste en effet à réinstaurer en zone occupée le régime nationaliste, à commencer par son idéologie et ses symboles. Le 11 juin 1939, lors de la première visite de Wang Jingwei à Tokyo après sa défection, Itagaki explique à l’ancien fidèle de Sun Yat-sen que le Japon voit dans la doctrine des Trois principes du peuple (sanmin zhuyi 三民主義) une idéologie dangereuse en raison de la proximité avec le communisme du troisième principe – le bien-être du peuple (minsheng 民生). De même, il s’oppose à ce que le nouveau gouvernement de Nankin utilise un drapeau identique à celui de Chongqing, quand bien même un fanion jaune lui serait adjoint, notamment sur le champ de bataille.

En juillet 1941, Itagaki est élevé au grade de général d’armée (taishō 大将) et nommé commandant en chef de l’Armée de Corée (Chōsen-gun shireikan 朝鮮軍司令官) ; mutation qui apparaît alors comme une mise au placard, alors qu’il était initialement prévu qu’il soit muté en Chine du Nord. Itagaki doit attendre avril 1945 pour être réaffecté à Singapour en remplacement du maréchal Terauchi Hisaichi 寺内寿一 (1879-1946) frappé par un infarctus. C’est là qu’il présente, le 12 septembre 1945, la reddition des troupes japonaises au commandant en chef des forces alliées en Asie du Sud-Est, Lord Mountbatten (1900-1979). Arrêté par les autorités du Commandement suprême des forces alliées en avril 1946, Itagaki est jugé par le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient comme criminel de guerre de classe A. Condamné à mort, il est pendu dans la prison de Sugamo le 23 décembre 1948.

Sources : KSDJ ; Dictionnaire historique du Japon, 1983, vol. 9, p. 96-97 ; MRZ, vol. 11, p. 499-504 ; Orbach 2017, p. 210-211 ; Iwai 1983, p. 69 ; Huang, Yang 2001, p. 66 ; Hsiao Li-chu 2009, p. 153, 157-158 ; ZR, p. 463 ; Wikipedia.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Itagaki Seishirō  板垣征四郎 (1885-1948)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/itagaki-seishiro/, dernière mise à jour le 7 octobre 2023. 

Biographical Dictionary of Occupied China

A database from ENPChina Project