Long Muxun

龍沐勛

19021966

Lieu d'origine

Wanzai 萬載

Province d'origine

Jiangxi 江西

[zi Long Yusheng 龍榆生]

Long Muxun naît en 1902 dans le district de Wanzai 萬載, au nord-ouest du Jiangxi. Septième enfant de sa fratrie, il est surnommé Long Qi 龍七. Orphelin de mère à cinq ans, il est d’abord négligé par son père, Long Kangyan 龍康言 (1853-1940), lauréat du grade de jinshi de l’examen impérial en 1890, qui occupe des postes de fonctionnaire. Il commence à recevoir une éducation solide à partir de l’âge de dix ans, lorsque son père fonde une école locale où il se forme aux classiques et à la poésie. Il se marie à 16 ans à Chen Shulan 陳淑蘭, qui veille sur sa santé fragile. En 1921, Long entre à l’École normale supérieure de Wuchang (Wuchang gaodeng shifan xuexiao 武昌高等師範學校) où il suit des cours de phonétique, de philologie et de poésie classique auprès du célèbre linguiste Huang Kan 黄侃 (1886-1935). Il enseigne à son tour dans divers établissements scolaires tels que le collège Jimei (Jimei zhongxue 集美中學) de Xiamen, avant d’obtenir un poste à l’université Jinan (Jinan daxue 暨南大學) à Shanghai en 1928. Cette même année, il devient enseignant au Conservatoire national de musique (Guoli yinyueyuan 國立音樂院), auquel il reste affilié pendant douze ans. En 1933, il part enseigner à l’Université Sun Yat-sen (Zhongshan daxue 中山大學) de Canton. Cette même année 1933, Long Muxun est critiqué par Luxun 鲁迅 (1881-1936) pour son attachement à la littérature classique, qui tranche avec l’essor d’une littérature socialement engagée en langue vernaculaire (baihuawen 白話文). De fait, Long se spécialise dans l’étude du ci 詞, un genre de poème chanté apparu au Ve siècle. Il n’a pourtant rien d’un traditionaliste. Ses travaux s’inscrivent dans le mouvement dit de « réorganisation du patrimoine national » (zhengli guogu 整理國故), qui vise à appliquer des méthodes philologiques modernes à l’étude des textes classiques. Au Conservatoire national de musique, il développe une approche interdisciplinaire en s’intéressant aux relations entre structure poétique et composition musicale, contribuant ainsi à renouveler l’étude du ci au XXᵉ siècle. Ce travail donne lieu à d’importantes publications telles que son Tang-Song mingjia cixuan 唐宋名家詞選 (Sélection de poèmes chantés des auteurs célèbres des époques Tang et Song, 1934) ou encore son étude Zhongguo yunwenshi 中國韻文史 (Histoire des compositions rimées en Chine, 1934). De retour à Shanghai en 1936, Long souffre d’une situation financière instable à laquelle s’ajoute des problèmes récurrents de santé.

En décembre 1939, Long est approché par Chen Yunwen, émissaire de Wang Jingwei chargé de recruter des personnalités acceptant de participer à son gouvernement collaborateur inauguré le 30 mars 1940. Long et Wang sont liés par leur proximité commune avec le poète Zhu Zumou 朱祖謀 (1857-1931), responsable de l’éducation dans la province du Guangdong lorsque Wang réussit avec brio l’examen régional. Long, de son côté, hérite des travaux académiques de Zhu, ainsi que de ses dernières volontés, ce qui le conduit à échanger avec Wang. Affirmant vouloir se consacrer à l’enseignement, Long refuse poliment la proposition de Chen Yunwen, qui revient plusieurs fois à la charge entre février et mars 1940. Pourtant, son nom apparaît le 2 avril 1940 dans la liste des membres du Yuan législatif (Lifayuan 立法院) du Gouvernement national réorganisé publiée dans le Zhonghua ribao 中華日報 (China Daily News). Il y demeure jusqu’à la disparition du régime le 16 août 1945. Bien que le Yuan législatif ne soit qu’une chambre d’enregistrement, dont les pouvoirs sont encore plus faibles qu’avant-guerre, cette nomination vaut à Long d’être critiqué par certains de ses proches. Dans ses mémoires, Long affirme que sa participation au gouvernement de Wang Jingwei constitue une décision douloureuse. Selon ses dires, il ne serait arrivé à Nankin qu’à la mi-avril après avoir longuement réfléchi. Autre grand spécialiste du ci, Xia Chengtao 夏承燾 (1900-1986) indique cependant, dans son journal personnel, que Long arrive à Nankin dès le 3 avril. Du reste, Long n’est pas qu’un simple législateur (lifa weiyuan 立法委員), puisqu’il sert également comme secrétaire du président du Yuan Législatif, Chen Gongbo, pendant six mois. Long a-t-il été placé devant le fait accompli de sa nomination comme c’est le cas pour un certain nombre de personnes ? Lui-même explique en 1943, dans la préface d’un ouvrage en hommage à Wang Jingwei qu’il a décidé de suivre ce dernier après avoir été convaincu de son patriotisme à la lecture d’un poème composé par Wang à Hanoï en 1939. Wang s’y compare à une « feuille morte », symbole de loyauté, dont la décomposition nourrit l’arbre, symbole de la nation. Outre sa sinécure parlementaire, Long Muxun occupe d’autres postes dans des institutions dépendant du régime. Nommé professeur de littérature à l’Université centrale (Zhongyang daxue 中央大學) de Nankin en septembre 1940, il prend la tête du département de littérature à l’été 1943, en remplacement de Chen Zhu 陳柱 (1890-1944), nommé président de l’université suite au départ de Fan Zhongyun 樊仲雲 (1901-1990). Long siège également au Comité de préservation du patrimoine culturel (Wenwu baoguan weiyuanhui 文物保管委員會) en tant que président de sa Commission spéciale des sciences naturelles (Bowu zhuanmen weiyuanhui 博物專門委員會). En novembre 1944, il figure parmi les représentants du gouvernement lors de la troisième édition du Congrès des écrivains de la Grande Asie orientale (Da dongya wenxuezhe dahui 大東亞文學者大會) qui se tient à Nankin, quoiqu’il ne semble pas y avoir pris part.  

Parallèlement à ses fonctions officielles, Long Muxun s’investit dans les milieux culturels et littéraires de la zone occupée. En décembre 1940, il fonde à Nankin le mensuel sur la poésie Tongsheng yuekan 同聲月刊 (Accord), dont le titre est calligraphié par Xia Suntong 夏孫桐 (1857-1941), connu notamment pour avoir participé à la rédaction de l’histoire officielle inachevée des Qing (Qingshigao 清史稿, 1914-1927). Prenant la suite de la revue Cixue jikan 詞學季刊 (Études sur le ci) publiée entre 1933 et 1936 par Long Muxun, elle paraît jusqu’en juillet 1945 avec le soutien financier du ministère de la Propagande (Xuanchuanbu 宣傳部). Cette longévité la distingue des autres revues poétiques liées au régime de Nankin, telles que Zhongguo shikan 中國詩刊 (Poésies chinoises) éditée par Chen Liaoshi 陳寥士 (1898-1970) à la fin de l’année 1942 et Xuehai 學海 (Flots du savoir) fondée par Li Xuanti 李宣倜 (1888-1961) et dirigée par Qian Zhonglian 錢仲聯 (1908-2003) entre juillet 1944 et mars 1945. Outre Wang Jingwei, dont les poèmes paraissent régulièrement dans Tongsheng, la revue publie des collaborateurs importants versés dans les classiques tels que Zhou Zuoren, Liang Hongzhi, Jiang Kanghu ou encore Guo Zeyun 郭則澐 (1882-1946), ainsi que des érudits japonais comme Kanda Kiichirō 神田喜一郎 (1897-1984) ou Hashikawa Tokio 橋川時雄 (1894-1982). Nombre de ces contributeurs se connaissent à travers les réseaux poétiques d’avant-guerre qui se reforment sous l’occupation en donnant lieu à des « réunions de gens distingués » (yaji 雅集), dont les joutes poétiques sont ensuite publiées. Tongsheng est également un lieu d’échanges entre spécialistes, notamment à propos du grand débat sur le respect des quatre tons (sisheng 四聲) dans la composition des ci. Ce débat, auquel prennent part d’autres revues en zone occupée, oppose des puristes aux yeux desquels s’écarter de la prosodie des Tang revient à dénaturer cette forme poétique, aux pragmatiques qui craignent qu’une application trop stricte de cette règle n’empêche le ci de se renouveler. Plusieurs spécialistes du ci tels que Chen Nengqun 陳能群 (1882-c.1960) et Wu Meisun 吴眉孫 (1878-1961) participent à ce débat en publiant lettres et essais dans Tongsheng. La revue n’est pourtant pas totalement détachée du contexte politique. Comme l’a bien montrée Yang Zhiyi, nombre de dirigeants en Chine occupée expriment leurs sentiments contradictoires à propos de la collaboration sous la forme imagée de poèmes. Reprenant l’un des topoï lié à Wang Jingwei, Long Muxun et d’autres poètes comparent par exemple le chef d’État à Jing Ke 荊軻 (?-227 AEC), figure par excellence du héros sacrificiel. Il arrive que la censure fasse son œuvre comme le laisse penser la publication d’une version remaniée du poème sur les « feuilles mortes » de Wang, dont les derniers vers sont modifiés afin d’éviter une possible allusion au massacre de Nankin. Dans le premier numéro de la revue, Long Muxun explique avoir tiré le titre Tongsheng (littéralement : « mêmes sons ») du Livre des mutations (Yijing 易經). Selon Yang Zhiyi, Long utilise ce titre pour suggérer que la Chine et le Japon possèdent chacun une voix indépendante. Seules l’égalité et l’harmonie entre ces deux voix apporteront la paix souhaitée. L’hexagramme dont est tirée la citation annonce que la restauration de la paix s’accompagnera de l’avènement d’un sage, possible référence à Wang Jingwei comme figure morale de l’Ordre nouveau est-asiatique, par opposition aux militaristes nippons. Dans ce même numéro inaugural, Long insère un court texte signé sous un pseudonyme. Il y cite Yue Fei 岳飛 (1103-1142), figure centrale du nationalisme chinois, en s’engageant à rester vigilant.

À en croire son fils, Long Xiacai 龍夏材, ces belles paroles se traduisent par des actes discrets de résistance. Un de ses étudiants à l’Université centrale met Long en contact avec la Nouvelle 4e Armée. Toujours selon ce récit, Long reçoit de Chen Yi 陳毅 (1901-1972) l’ordre de participer à une mission visant l’un des chefs de l’armée pro-japonaise, Hao Pengju. L’occasion se présente en 1943, lorsque Long recommande à Hao l’un de ses étudiants du Conservatoire de Shanghai, Qian Renkang 錢仁康 (1914-2013), comme professeur de piano pour sa fille. Qian enseigne alors à l’Université centrale sous le pseudonyme de Qian Wanxuan 錢萬選, tout en publiant des chansons antijaponaises à Chongqing sous son vrai nom. Chargé de sonder Hao Pengju, Qian découvre que le général éprouve de la haine pour les « pirates japonais ». À l’été 1944, Long se rend à Pékin, dans le cadre de sa mission visant Hao Pengju. Il séjourne chez Zhou Zuoren, qui ignore tout de ses activités. Ses contacts sur place sont Zhang Dongsun 張東蓀 (1886-1973), dont il connaît bien le frère aîné Zhang Ertian 張爾田 (1874-1945), et l’un des anciens étudiants de Zhang, Xu Baokui 許寶騤 (1909-2001). Ils décident d’envoyer Xu auprès de Hao Pengju à Xuzhou, où celui-ci dirige la nouvelle province du Huaihai, afin de pousser Hao à œuvrer en faveur de la résistance. La mission de Xu Baokui se fait au nom de la Ligue démocratique de Chine (Minzhu zhengtuan tongmeng 民主政團同盟), qui réunit les partis de la « troisième voie », parmi lesquels le Parti national socialiste chinois (Zhongguo guojia shehui dang 中國國家社會黨) dont Zhang Dongsun est l’un des fondateurs. Au début de l’année 1945, Long Muxun se rend lui-même à Xuzhou en compagnie d’un membre de la Ligue démocratique, Zhang Yunchuan 張雲川 (1904-1965). Si cette mission n’aboutit pas, Hao Pengju rallie le PCC pendant la guerre civile.  

Long Muxun est arrêté à Nankin le 8 novembre 1945 et détenu à la Prison du pont aux tigres (Laohuqiao jianyu 老虎橋監獄). Transféré à la prison de la porte aux lions de Suzhou (Suzhou shizikou jianyu 蘇州獅子口監獄), le 8 mars 1946, il est condamné le 26 juin à douze ans de prison, à dix ans de privation de ses droits civiques et à la confiscation de l’ensemble de ses biens pour « conspiration avec la puissance ennemie [通謀敵國] ». Dans une lettre adressée l’année suivante à son étudiant Zhang Shouping 張壽平 (1923-2019), qui s’est déjà installé à Taiwan, il décrit le dur quotidien de sa vie en prison. Il survit grâce à la gentillesse de quelques gardes intéressés par la littérature qui lui apportent nourriture et médicaments. Il doit une certaine amélioration de ses conditions à Chen Bijun, emprisonnée dans la cellule voisine. Sa proximité avec l’ancienne première dame explique, semble-t-il, son rôle dans la sauvegarde d’un texte connu comme le « testament de Wang Jingwei », daté d’octobre 1944. Jin Xiongbai, qui reçoit ce manuscrit à Hong Kong en 1964, croit reconnaître l’écriture de Long Muxun, qui aurait ainsi servi d’intermédiaire à Chen Bijun durant leur détention. Inquiet de la dégradation de l’état de santé de Long, le poète Xia Chengtao lui fait parvenir des vivres par l’intermédiaire de son ancienne étudiante Pan Xizhen 潘希真 (1917-2006), employée de la Haute cour de justice de Suzhou (Suzhou gaodeng fayuan 蘇州高等法院), plus tard connue à Taiwan sous son nom de plume Qi Jun 琦君. Grâce aux démarches de celle-ci, ainsi que d’autres proches comme Yan Jiqing 嚴紀青 et Wang Xianqi 汪賢齊, Long bénéficie d’une libération provisoire pour raisons de santé le 5 février 1948. Début 1949, il est embauché par les Presses commerciales de Shanghai (Shiwu yinshuguan 上海商務印書館) comme simple relecteur externe, avant d’intégrer en novembre le Comité de gestion des biens culturels de la ville de Shanghai (Shanghaishi wenwu guanli weiyuanhui 上海市文物管理委員會). En 1952, le maire de la ville Chen Yi, qui n’a pas oublié les services rendus par Long à la Nouvelle 4e Armée, le nomme chef du centre de documentation du Musée de Shanghai (Shanghai bowuguan 上海博物館). Cette longue traversée du désert prend finalement fin en août 1956 lorsqu’il retrouve une charge de professeur au Conservatoire de musique de Shanghai (Shanghai yinyue xueyuan 上海音樂學院). Ce retour en grâce est toutefois de courte durée. Pris dans les tourments de la Campagne anti-droitiste (Fan youpai yundong 反右派運動), il est traité en réactionnaire entre mai 1958 et 1961. Hospitalisé au début de la Révolution culturelle, Long Muxun meurt le 18 novembre 1966, peu après avoir appris que sa bibliothèque et ses œuvres d’art avaient été pillées par les gardes rouges.

Sources : Tsai TingShan 2015, p. 266-282 ; Zhang Hui 2001 ; Qu Shenchang et Zhu Huiguo 2024 ; Zhang Hui 2014, p. 132, 168-169 ; MZN, p. 1039-1041 ; Liu Wei-Chih 2018 ; Yang Zhiyi 2023, p. 126-127, 166 ; Yang Zhiyi 2020a, p. 221 ; Yang Zhiyi 2020b ; Ko Chia-Cian 2015 ; Zhu Huiguo 2024.

Notice rédigée par Laura Leclerc (étudiante en master à l’Inalco), éditée et complétée par David Serfass.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Long Muxun  龍沐勛 (1902-1966)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/long-muxun/, dernière mise à jour le 11 septembre 2026. 

Biographical Dictionary of Occupied China

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