Okada Yūji

岡田酉次

18971994

Lieu d'origine

Mie 三重県

Province d'origine

Kinkichi 近畿地方

[également transcrit Okada Itsuji]

Issu d’une famille pauvre vivant dans une campagne reculée, Okada Yūji sort diplômé en 1919 de l’École de comptabilité de l’Armée de terre (rikugun keiri gakkō 陸軍経理学校), avant d’être affecté en Mandchourie comme comptable de 3e classe (santō shukei 三等主計) au sein du 38e régiment d’infanterie (hohei dai38 rentai 歩兵第38連隊). En 1921, il est muté au Dépôt de provisions de l’Armée de terre à Ujina (Ujina rikugun ryōmatsu shishō 宇品陸軍糧秣支廠) à Hiroshima, puis au dépôt central (rikugun ryōmatsu honshō 陸軍糧秣本廠) de Tokyo en 1923. Il parvient alors à intégrer la formation d’élite (kōshu gakusei 甲種学生) de l’École de comptabilité de l’Armée de terre, dont il sort diplômé en 1930. De 1930 à 1933, il suit une formation en économie à l’Université impériale de Tokyo, avant d’être affecté à l’état-major général (sanbōhonbu 参謀本部).

En 1935, Okada est envoyé en Chine pour y mener une enquête sur la situation économique. Il prend alors conscience du fort sentiment anti-japonais de la population. Le 3 octobre 1936, il publie dans le Tōyō keizai shinpō 東洋経済新報 un article qui prend position en faveur de la politique de réunification du gouvernement de Nankin à travers la grande réforme monétaire lancée en novembre 1935, qui vise notamment à empêcher le morcellement des provinces du Nord orchestré par Doihara Kenji. Cette marche vers l’unification, explique Okada, n’est pas imposée par la dictature militaire de Jiang Jieshi, mais portée par un véritable nationalisme populaire que ses compatriotes auraient tort de sous-estimer. Il s’en prend à ceux qui, au Japon, considèrent que la Chine constitue une exception dans un monde où souffle un vent de nationalisme et prônent, pour cette raison, une politique visant à abattre le gouvernement central en « utilisant des seigneurs de la guerre locaux au moyen de stratagèmes ». Dans le même temps, il déplore que Jiang Jieshi subordonne la reconstruction économique aux questions militaires, prenant pour exemple le fait que le Comité économique national (quanguo jingji weiyuanhui 全國經濟委員會) soit placé sous les ordres du Comité des affaires militaires (junshi weiyuanhui 軍事委員會). Dans sa préface aux mémoires d’Okada, Matsumoto Shigeharu affirme que ce dernier devient dès lors un tenant de l’« idéologie du Fleuve bleu » (Chōkō ideorogī 長江イデオロギー). Selon Okada lui-même, cette « idéologie » partagée par de nombreux Occidentaux et Japonais résidant en Chine consiste à soutenir la politique de réunification de la Chine, tout en réprouvant son contenu anti-japonais. Face au tollé provoqué par son article, il renonce à la série d’essais qu’il souhaitait publier sur la question.

Affecté par l’état-major au Bureau des attachés militaires de Shanghai (Shanhai bukanshitsu 上海武官室) en mars 1936, Okada sert comme membre du Bureau de comptabilité (keiribu 経理部) de l’Armée expéditionnaire de Shanghai (Shanhai hakengun 上海派遣軍) au début de la guerre sino-japonaise. Au moment de la tentative de médiation de l’ambassadeur allemand Oskar P. Trautmann (1877-1950), débutée le 30 octobre 1937, l’état-major général demande en urgence au Bureau des attachés militaires de Shanghai de dresser un bilan de la situation, afin de définir la position de l’Armée de terre dans les négociations en cours. Okada se voit ainsi confier la difficile tâche d’estimer l’état des forces militaires chinoises sur le plan économique et financier, mais l’avancée des troupes japonaises vers la capitale chinoise fait capoter la médiation allemande.

Okada participe à la prise de Nankin le 13 décembre 1937 dans l’état-major de l’oncle de l’empereur, le prince Asaka Yasuhiko 朝香鳩彦 (1887-1981), sous le commandement duquel des exactions d’une échelle sans précédent sont perpétrées contre la population civile. Fort de son expérience en économie, Okada reçoit l’ordre de prendre le contrôle des organes financiers du régime nationaliste afin de préparer la mise en circulation du Yen militaire (gunpiō 軍票) destiné à remplacer le fabi 法幣 chinois. Dès son arrivée, Okada se rend dans les principales banques de la ville qu’il trouve toutes vides après que leurs employés se sont enfuis en emportant avec eux les fonds et les archives. En février 1938, Okada devient membre des services spéciaux (tokumubu 特務部) de l’Armée expéditionnaire de Chine centrale (naka Shina hakengun 中支那派遣軍), avant d’intégrer en tant que chargé de recherche (chōsakan 調査官) le Kōa-in 興亜院 (Institut pour le développement de l’Asie) à sa création en décembre. Il sert parallèlement comme conseiller économique dans le Gouvernement provisoire (weixin zhengfu 維新政府). À partir de septembre 1939, Okada participe à la mise en place du gouvernement de Wang Jingwei dans le cadre de l’Agence de la prune (ume kikan 梅機関) établie en août 1939 par Kagesa Sadaaki, avec lequel il développe des liens fraternels.

Nommé conseiller militaire et économique du Gouvernement national réorganisé après son inauguration en mars 1940, Okada est l’un des principaux interlocuteurs de Zhou Fohai qu’il rencontre très régulièrement. Le 19 août 1941, Zhou dresse de lui le portrait suivant : “Okada fait énormément d’efforts pour nous aider, et nous en tirons un grand bénéfice, mais il a parfois des idées préconçues et un fort tempérament“. Okada joue notamment un rôle important dans la conception du volet économique de la Campagne de pacification rurale (qingxiang gongzuo 清鄉工作) lancée en juillet 1941. En septembre 1941, il est muté à Kyoto pour prendre la tête du Bureau de comptabilité de la 53e division (dai 53 shidan 第53師団). Il donne également des cours à la faculté d’économie de l’Université impériale de Tokyo. À la demande du gouvernement de Nankin, il retrouve en octobre 1942 sa double casquette de conseiller économique et militaire pour la plus grande joie de Zhou Fohai, qui voit en lui un appui précieux. De fait, Okada prend souvent position en faveur de Nankin contre sa hiérarchie en Chine et à Tokyo. C’est du moins l’impression qu’il donne à Zhou. Ce dernier se félicite régulièrement de ce soutien dans son journal personnel, que ce soit pour obtenir davantage de ressources fiscales (2 décembre 1942), pour supprimer le statut spécial de la Chine du Nord (13 décembre 1943) ou encore pour éviter que l’approvisionnement de l’armée japonaise ne se fasse au détriment de la population chinoise (19 octobre 1944). Cette collaboration étroite avec Zhou, dont il connaît les liens secrets avec Chongqing, conduit les deux hommes à nouer une véritable amitié, comme en témoigne les égards d’Okada en mars et septembre 1944, qui se rend au chevet de Zhou, alors très malade, et obtient que l’hôpital militaire japonais détache trois infirmières à son service.

Promu général de brigade en comptabilité (shukei shōshō 主計少将) en mars 1945, Okada écoute avec Zhou à Shanghai l’allocution de l’empereur Hirohito le 15 août 1945. Ayant reçu l’ordre de se constituer prisonnier auprès du Commandement suprême des forces alliées à Tokyo, il quitte la Chine en mars 1946. Une fois libéré, il crée une entreprise de tricot grâce à ses relations haut placées. À partir des années 1960, il reprend contact avec ses vieux amis chinois qui le poussent à écrire ses mémoires intitulés Nit-Chū sensō urakataki 日中戦争裏方記 (Les coulisses de la guerre sino-japonaise, Tōyō keizai shinpōsha, 1974). Son attachement aux figures de la collaboration est également visible dans la traduction qu’il donne des mémoires de Chen Gongbo pour la période 1925-1936 (Chūgoku kokumintō hishi : kushōroku hachinenrai no kaiko 中国国民党秘史 : 苦笑録・八年来の回顧, Kōdansha, 1980).

Sources : NRSJ, p. 40 ; Okada 1974 ; Brook 2005, p. 45, 130 ; ZR, p. 277, 422, 506, 518, 661, 675, 699, 716, 780, 828, 866, 926, 940 ; WGQY, p. 141 ; WKS, p. 268 ; AS 05/07/94.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Okada Yūji  岡田酉次 (1897-1994)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/okada-yuji/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

Biographical Dictionary of Occupied China

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