Wu Kaisheng

吳凱聲

19001997

Lieu d'origine

Yixing 宜興

Province d'origine

Jiangsu 江蘇

Né à Yixing (Jiangsu) dans une vieille famille locale qui s’est illustrée à la fin des Ming avec Wu Liang 吳亮 (1562-1624), Wu Kaisheng étudie à la St John’s University de Shanghai avant de partir pour la France. Formé à la Faculté de droit de Lyon, où il séjourne à l’Institut franco-chinois, Wu soutient en 1924 une thèse de doctorat consacrée à la Constitution du 10 octobre 1923 (Le problème constitutionnel chinois, Lyon : Bosc frères et M. & L. Riou, 1925). Après l’arrêt de sa bourse, il travaille comme correspondant en Europe pour le Shenbao 申報 et le Xinguomin ribao 新國民日報 (Singapour). Sa thèse ayant été remarquée, il intègre des centres de recherche en droit comparé à l’Université de Paris et de Londres. Encouragé par son maître, le juriste Édouard Lambert (1866-1947), Wu publie un second ouvrage en français intitulé La Politique étrangère du gouvernement national de Chine et la révision des traités inégaux (Paris : M. Giard, 1931). Il travaille ensuite comme secrétaire de Wang Chonghui 王寵惠 (1881-1958), qui siège alors à la Cour permanente de justice internationale de La Haye.

À son retour en Chine en 1926, Wu ouvre avec trois associés un cabinet d’avocat dans la concession française de Shanghai. Premier avocat chinois capable de plaider aussi bien en français qu’en anglais, il fait rapidement fortune et se constitue un important carnet d’adresses, comme en témoigne son mariage, en 1927, auquel plus de cinq cent convives participent. Avocat patriote, Wu Kaisheng est remarqué par la presse pour avoir obtenu, en 1926, des dommages et intérêt pour le tireur de pousse-pousse Chen Atang 陳阿堂, tabassé par un marin japonais. Cet engagement, et la célébrité qui l’accompagne, l’amène à entamer une carrière de diplomate. Après avoir participé en janvier 1927 aux négociations pour la rétrocession de la concession britannique de Hankou, il sert à partir de 1928 comme secrétaire au ministère des Affaires étrangères (waijiaobu 外交部). En 1929, il est envoyé en poste à la Société des nations et à l’ambassade de Chine en Suisse. Il fait de la lutte contre l’importation de drogues en Chine l’un de ses principaux chevaux de bataille et fait pression sur la SDN après l’invasion de la Mandchourie. De retour en Chine en 1932, Wu poursuit sa carrière diplomatique comme membre du Comité des affaires étrangères du Gouvernement national (guomin zhengfu waijiao weiyuanhui 國民政府外交委員會), tout en enseignant le droit et en continuant à exercer comme avocat à Shanghai, où son cabinet sis au 36 de la rue de Nankin devient le plus important de la ville.

L’entregent de Wu l’amène à fréquenter aussi bien les cercles gouvernementaux que l’opposition politique au GMD. Il travaille ainsi comme conseiller juridique pour la Ligue chinoise des droits de l’homme (Zhongguo minquan baozhang tongmeng 中國民權保障同盟) fondée en décembre 1932 par Song Qingling, Cai Yuanpei 蔡元培 (1868-1940) ou encore Yang Xingfo 楊杏佛 (1893-1933), assassiné l’année suivante par les sicaires du régime de Nankin. Assurant la défense des prisonniers politiques y compris communistes, Wu obtient notamment la libération du fils de Liao Zhongkai, Liao Chengzhi 廖承志 (1908-1983), arrêté en 1933 pour ses activités au sein du syndicat des marins chinois. Ses carrières parallèles d’avocat et de diplomate se trouvent parfois mêlées, comme lors du procès retentissant de Du Zhongyuan 杜重遠 (1898-1944), rédacteur en chef de la revue Xinsheng 新生 (Vie nouvelle), suite à la publication, le 4 mai 1935, de l’article “Xianhua huangdi 閒話皇帝” (Paroles oiseuses sur l’empereur). L’article affirme que le véritable pouvoir au Japon n’est pas détenu par l’empereur mais par les militaires et les oligarques. Il fait suite à un éditorial du même Du Zhongyuan, le 22 juin 1934, dans lequel celui-ci dénonçait l’impérialisme nippon depuis 1931 et l’impuissance du gouvernement de Nankin. Sous la pression de groupes nationalistes japonais relayés en Chine par des militaires comme Kagesa Sadaaki, les autorités chinoises locales puis nationales interdisent la revue et lui intentent un procès à la demande du ministère des Affaires étrangères, alors dirigé par Wang Jingwei, inquiet de voir s’obscurcir l’éclaircie diplomatique qui semblait se dessiner entre les deux pays. Le gouvernement s’ingère directement dans la préparation du procès afin que ne soit pas mentionné le fait que la censure chinoise a laissé passer l’article. Chargé de défendre Du Zhongyuan, Wu Kaisheng tente de démontrer que son client n’est pas anti-japonais, mais ce dernier écope de quatorze mois de prison.

À la demande de Wang Chonghui, ministre des Affaires étrangères lorsque éclate la guerre sino-japonaise, Wu sonde l’ambassade de France en Chine en décembre 1937 dans l’espoir d’une intervention française auprès du Japon, après l’échec de la médiation allemande. En 1938, il vient en aide aux réfugiés juifs à Shanghai. Les circonstances dans lesquelles il rallie le Mouvement pour la paix de Wang Jingwei, après son lancement à Shanghai au printemps 1939, ne sont connues qu’à la lumière du témoignage laissé après-guerre par Wu lui-même. Si ce ralliement se fait à la demande des autorités de Chongqing, Wu infiltre en réalité le clan pro-japonais pour le compte du PCC. Avec l’aide de l’espion Pan Hannian 潘漢年 (1906-1977), également originaire de Yixing, il communique avec Chongqing et Yan’an au moyen d’un radio-transmetteur caché à son domicile et facilite les activités clandestines de la résistance. Après l’inauguration du gouvernement de Wang Jingwei en mars 1940, Wu Kaisheng est nommé vice-président du Comité d’examen et de sélection (kaoxuan weiyuanhui 考選委員會), l’une des deux branches du Yuan d’examen (kaoshiyuan 考試院), et membre du Comité pour la mise en place du gouvernement constitutionnel (xianzheng shishi weiyuanhui 憲政實施委員會) en 1940. Principale promesse du Gouvernement national réorganisé, la fin de la tutelle politique (zhizheng 執政) et le passage à phase constitutionnelle (xianzheng 憲政), suivant le programme de Sun Yat-sen, peut alors apparaître comme bien chimérique au regard de la situation dans laquelle se trouvent le pays en général et le groupe de Wang Jingwei en particulier. Elle suppose en effet d’organiser des élections nationales pour élire une Assemblée constituante ; processus entamé avec retard par les Nationalistes après l’adoption du “Projet de Constitution du 5 mai [1936]” (wuwu xiancao 五五憲草). En réalité, la promesse démocratique vise d’abord à justifier la rupture de Wang Jingwei avec Chongqing, tout en réaffirmant la légitimité du GMD contestée par les collaborateurs de la première heure. Elle permet, par ailleurs, de justifier l’intégration de ces derniers dans les instances du GMD “orthodoxe” au nom du multipartisme à venir.

Spécialiste en droit constitutionnel, Wu Kaisheng est choisi pour porter ce projet, ce qui ne va pas sans inquiéter les autorités japonaises qui suivent de près les travaux du Comité pour la mise en place du gouvernement constitutionnel. Wu prend en effet position publiquement à propos de l’Article 4 définissant le territoire national dans le “Projet de Constitution du 5 mai”, qui sert de base aux différentes ébauches constitutionnelles durant la guerre. Selon Wu, la future Constitution ne doit pas se contenter d’établir la liste des provinces formant la République de Chine, mais inclure également les grandes villes comme Shanghai afin de rendre anticonstitutionnelle l’existence des concessions étrangères. Cet Article 4 constitue un problème épineux pour le camp japonais : de son contenu risque de dépendre l’issue des négociations qu’espère encore mener Tokyo avec Chongqing. La solution proposée par les diplomates japonais consiste à faire de l’Article 4 une liste non exhaustive ne précisant pas si les provinces mandchoues relèvent ou non du territoire national chinois. Wu Kaisheng s’oppose également à plusieurs membres du Comité pour la mise en place du gouvernement constitutionnel. Ces derniers refusent que l’Article 1 du projet de 1936 soit maintenu au motif qu’il définit la “République de Chine comme la république des Trois principes du peuple” du fondateur du GMD Sun Yat-sen et qu’il contrevient donc à l’égalité entre les partis politiques. En juillet 1940, Wu s’élève publiquement contre la suppression de l’Article 1 car le tridémisme constitue, à ses yeux, le fondement du salut national. Cet argument est révélateur de la conception qu’ont les dirigeants nationalistes comme Wang Jingwei du gouvernement constitutionnel : même après la fin de la tutelle politique exercée par le GMD, il convient selon eux de conserver à ce dernier un statut spécial au-dessus des autres partis.

Fort de son expérience de diplomate, celui que les chancelleries occidentales connaissent sous le nom de James Wu (ou Woo) se voit attribuer les postes fictifs d’ambassadeur en Italie (1941) et en Croatie (1942). Membre du Comité de recouvrement de la concession française (jieshou Faguo zhuanguan zujie weiyuanhui 接受法國專管租界委員會) établi en 1943, il devient vice-ministre des Affaires étrangères (waijiaobu cizhang 外交部次長) en octobre 1943, puis secrétaire général du Comité pour l’abolition des droits extraterritoriaux en Chine (chefei geguo zai Hua zhiwaifaquan weiyuanhui 撤廢各國在華治外法權委員會) en 1945. Son sort au sortir de la guerre n’est pas clair. Selon certaines sources, sa coopération secrète avec le gouvernement de Chongqing pendant l’occupation lui vaut de voir sa peine de prison réduite de dix à cinq ans. Selon d’autres, il parvient à se faire libérer en produisant un document signé de la main de Jiang Jieshi attestant de son rôle dans la résistance, avant d’être à nouveau condamné.

On retrouve sa trace en 1951 lorsqu’il est transféré dans le camp de rééducation Dafeng 大豐 de Yancheng 鹽城 (Jiangsu). Durant une tournée d’inspection en 1955, Chen Geng s’émeut du sort de l’ancien as du barreau shanghaien, qu’il fait libérer pour avoir défendu des Communistes dans les années 1930. N’étant pas autorisé à exercer comme avocat, Wu gagne sa vie en donnant des cours de français. Jeté en prison pendant la Révolution culturelle, il est libéré à la demande de Zhou Enlai qu’il avait connu en France et aidé avant-guerre. Son statut de “contre-révolutionnaire” l’oblige toutefois à travailler comme balayeur. Après la fin de la Révolution culturelle, Wu est recruté comme chercheur dans plusieurs institutions telles que l’Institut de recherche en droit de l’Académie des sciences sociales de Shanghai (Shanghai shehui kexueyuan faxue yanjiuyuan 上海社會科學院法學研究院). Sa réhabilitation publique a lieu en 1982 avec la publication, le 7 mars, de l’article “Gongchandang bu hui wangji laopengyou 共產黨不會忘記老朋友” (Le Parti communiste n’oublie pas ses vieux amis) dans le Jiefang ribao 解放日報 (Libération), organe du PCC à Shanghai. La même année, Wu intègre l’Institut de recherche sur la culture et l’histoire de Shanghai (Shanghai wenshiguan 上海文史館) conçu dans l’esprit du Front uni pour préserver les documents historiques extérieurs au PCC. Il est, lui-même, l’auteur de plusieurs wenshi ziliao, notamment sur son expérience comme avocat. Lors de la visite du président François Mitterrand à Shanghai en mai 1983, Wu Kaisheng est invité au banquet par le consulat français de Shanghai. Il décède à Shanghai en 1997.

Sources : MRDC, p. 366 ; Baidu ; Ye Yonglie 2017 ; MZN, p. 1077 ; ADF 327, 503bis ; ZGBR, p. 1045 ; Xu Xiaoqun 2004, p. 52 ; Chin Sei-Jeong 2008, p. 141-144 ; Seki 2019, p. 306 ; Henshaw 2019, p. 137 ; JACAR B10070433100.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Wu Kaisheng  吳凱聲 (1900-1997)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/wu-kaisheng/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

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