Jiang Chaozong

江朝宗

18611943

Lieu d'origine

Jingde 旌德

Province d'origine

Anhui 安徽

Originaire de Jingde (Anhui), Jiang Chaozong doit arrêter ses études à l’âge de quatorze ans, suite à l’appauvrissement de sa famille. Il entre comme apprenti dans une maison de commerce appartenant à la famille de Liu Mingchuan 劉銘傳 (1836-1896), célèbre homme d’État de l’Anhui, chargé par la cour Qing de moderniser Taiwan après s’être illustré dans la guerre contre la France de 1884-1885 à la tête de l’armée de la Huai. Jiang parvient à se faire embaucher sur l’île comme secrétaire auprès de Liu, devenu le premier gouverneur de Taiwan en 1887. Profitant de sa nouvelle position, il soutire des pots-de-vin aux fonctionnaires et notables locaux, mais ne tarde pas à être découvert. Liu Mingchuan le fait arrêter en 1889 et, après avoir envisagé un châtiment plus radical, l’expulse de Taiwan.

De retour sur le continent, Jiang trouve, grâce à la recommandation d’un parent fonctionnaire à Tianjin, un emploi de copiste pour un lieutenant-colonel des Bataillons verts (lüying 綠營). Particulièrement satisfait du jeune homme, ce dernier envisage de le marier à sa fille en lui donnant son patronyme, mais apprend qu’il est déjà marié. Décidé à ne pas laisser passer l’occasion, Jiang forge de faux papiers pour faire croire au décès de son épouse et entre dans la famille de son patron. Suite au décès de celui-ci, en 1902, Jiang hérite de tous ses biens. L’année suivante, Jiang obtient du troisième fils de Liu Mingchuan qu’il le recommande à son beau-frère Yuan Shikai, alors vice-roi du Zhili à Tianjin. Ce dernier lui promet un poste dans le gouvernement local de Zhengding, qui lui passe finalement sous le nez. À l’avènement du dernier empereur, en 1908, Yuan Shikai est mis à la retraite forcée. Jiang Chaozong se trouve alors un nouveau protecteur en la personne de Tieliang 鐵良 (1863-1939), un général mandchou qui lui confie le poste d’inspecteur du Bureau de contrôle de la banlieue pékinoise (jinji dulian gongsuo jichachu duli 近畿督練公所稽查處督理). Il parvient même à se faire nommer au sein de la garde de nuit de la Cité interdite (suwei yingwuchu 宿衛營務處). Lorsque cette dernière charge est supprimée en 1910, Jiang est promu général de 2e classe (zheng erpin zongbing 正二品總兵) en poste à Hanzhong (Shaanxi).

Lorsque le Shaanxi proclame son indépendance durant la Révolution de 1911, Jiang rentre à la capitale. Accueilli froidement par Yuan Shikai, désormais tout puissant, il gagne les faveurs du vice-ministre des Affaires civiles (minzhengbu 民政部), Zhao Bingjun 超秉鈞 (1859-1914). Ce dernier recommande Jiang à Yuan Shikai quand celui-ci, nommé entre-temps président de la République de Chine, cherche à s’assurer la loyauté de l’ancienne Garde impériale (jinweijun 禁衛軍), toujours sous l’influence de ses officiers mandchous comme Wuzhen 烏珍 (?-1912). Jiang ne tarde pas à supplanter Wuzhen et s’impose comme commandant de la gendarmerie de Pékin (bujun tongling 步軍統領). La puissance de Jiang croît avec celle de Yuan. Il s’enrichit en dépouillant l’aristocratie mandchoue et grâce aux juteuses récompenses que lui verse Yuan pour l’arrestation de ses opposants. Il compte parmi les quelques soutiens de Yuan au moment de sa tentative manquée de restauration impériale en 1915. Jiang conserve son pouvoir après la mort de Yuan l’année suivante. En mai 1917, il profite de la querelle entre le nouveau président de la république Li Yuanhong 黎元洪 (1864-1928) et son premier ministre Duan Qirui 段祺瑞 (1865-1936) pour se faire nommer, par intérim, à la place de ce dernier. Jiang rallie alors le général loyaliste Zhang Xun 張勳 (1854-1923), qui tente de restaurer Puyi 溥儀 (1906-1967) sur le trône, mais ne tarde pas à le trahir pour Duan Qirui. Lorsque ce dernier reprend le contrôle sur la capitale, le 14 juillet 1917, il retire à Jiang son poste de commandant de la gendarmerie pékinoise. Après la défaite de la Clique de l’Anhui (wanxi 皖系) en 1920, Jiang organise à Pékin une Association de soutien à l’Anhui (wanshi cunjinhui 皖事促進會) sans grand effet. En 1932, Wu Peifu 吳佩孚 (1874-1939) invite Jiang à être le vice-président de la Nouvelle association religieuse pour le salut du monde (jiushi xinjiaohui 救世新教會) qu’il préside. Sous couvert d’activisme anti-japonais, Wu cherche à remobiliser les forces de la Clique du Zhili (zhixi 直系), mais son plan est stoppé net par Jiang Jieshi.

Au lendemain de l’occupation de Pékin par les Japonais fin juillet 1937, Jiang Chaozong retrouve une position de premier plan en se faisant nommer à la tête du Comité de maintien de l’ordre (zhi’an weichihui 治安維持會), puis comme maire de l’ancienne capitale entre le 15 décembre 1937 et le 15 janvier 1938. Il est toutefois rapidement relégué à une position secondaire après la mise en place du Gouvernement provisoire (linshi zhengfu 臨時政府), le 14 décembre 1937, au sein duquel il n’obtient qu’un titre honorifique de membre du comité gouvernemental (zhengfu weiyuan 政府委員). Furieux d’être écarté, Jiang supprime toutes les taxes commerciales de la ville à la veille de quitter son poste de maire. Wang Kemin se plaint aux autorités japonaises et fait rétablir la législation antérieure. Par la suite, Jiang est nommé conseiller militaire par le vice-chef d’état-major de l’Armée régionale de Chine du Nord, Kawabe Masakazu 河辺正三 (1886-1965). Jiang participe également à la mise en place d’une Commission de stratégie économique pour la Chine du Nord (huabei jingji duice xieyihui 華北經濟對策協議會), dont il prend la vice-présidence. Après le remplacement du Gouvernement provisoire par le Conseil des affaires politiques de Chine du Nord (Huabei zhengwu weiyuanhui 華北政務委員會) en mars 1940, Jiang conserve une position honorifique. Il décède de maladie le 1er octobre 1943, bien que certaines sources datent son décès de fin 1945.

Sources : MRDC, p. 229 ; MRZ, vol. 10, p. 181-187 ; MZN, p. 1138.

Pour citer cette biographie : David Serfass, "Jiang Chaozong  江朝宗 (1861-1943)", Dictionnaire biographique de la Chine occupée, URL : https://bdoc.enpchina.eu/bios/jiang-chaozong/, dernière mise à jour le 4 octobre 2023. 

Biographical Dictionary of Occupied China

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