Issu d’une famille de hauts fonctionnaires originaire de Wangjiang (Anhui), He Shizhen sort diplômé en anglais de l’Université de Pékin en 1918, avant de suivre des études de droit à l’Université Soochow (dongwu daxue 東吳大學). Il joue un rôle important lors des manifestations patriotiques du 4 mai 1919, dans le cadre de la Fédération étudiante de Shanghai (Shanghai xuesheng lianhehui 上海學生聯合會). Il fait à cette occasion la connaissance de Sun Yat-sen, alors désireux d’apporter du sang neuf à son mouvement nationaliste. Devenu un intime du grand homme, c’est à son invitation que He adhère, cette même année, au GMD. Il part ensuite poursuivre ses études aux États-Unis en compagnie de son frère cadet He Shimei 何世枚 (1896-1975). Tous deux obtiennent, en 1922, un doctorat de droit à l’Université du Michigan.

À son retour en Chine, He Shizhen enseigne le droit à l’Université Soochow, tout en servant Sun Yat-sen comme conseiller juridique. C’est à cette époque qu’il se lie avec plusieurs Japonais influents proches de Sun. Représentant de la Chine en 1923 lors du congrès de l’Union des associations internationales, il est choisi par Sun Yat-sen pour être l’un des trois délégués de Shanghai lors du premier Congrès national du GMD (Zhongguo guomindang quanguo daibiao dahui 中國國民黨全國代表大會) réuni à Canton en janvier 1924. Cette même année, He et son frère fondent une université privée à Shanghai appelée “Université de la persévérance” ou Université Chizhi (chizhi daxue 持志大學), qui est à l’origine de la prestigieuse Université des études internationales de Shanghai (Shanghai waiguoyu xueyuan 上海外國語學院) fondée en décembre 1949. À la mort de Sun en 1925, He reporte sa loyauté sur le chef de file de l’aile droite du GMD, Hu Hanmin 胡漢民 (1879-1936). Durant la décennie suivante, He occupe divers postes dans les instances centrales et locales du parti-État nationaliste. Membre du Comité exécutif central (zhongyang zhixing weiyuanhui 中央執行委員會) et du Comité politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui 中央政治委員會) du GMD à partir de 1926, il intègre l’année suivante l’administration provinciale de l’Anhui comme chef du Bureau de l’Éducation (jiaoyuting 教育廳). En juillet 1929, He est nommé président du Tribunal provisoire de la Concession internationale de Shanghai (Shanghai gonggong zujie linshi fayuan 上海公共租界臨時法院). En 1932, il entre au gouvernement comme vice-ministre chargé des affaires civiles (zhengwu cizhang 政務次長) du ministère de la Justice (sifa xingzheng bu 司法行政部).

He reste à Shanghai au début de la guerre, de même que d’autres membres du GMD issus de la faction de Hu Hanmin opposée à Jiang Jieshi, tels que Chen Qun, Miao Bin, Ren Yuandao et Cai Pei. Contrairement aux trois premiers, He ne participe pas aux gouvernements collaborateurs mis en place par l’occupant en 1937-1938. Il ne va toutefois pas tarder à devenir une personnalité en vue dans les milieux collaborateurs, tout en s’imposant comme l’un des meilleurs atouts de Chongqing en zone occupée, aux côtés d’un autre proche de Hu Hanmin, dont le nom reste associé à celui de He : Chen Zhongfu. L’itinéraire qui conduit He Shizhen à servir comme agent double (voire triple) a fait l’objet de divers récits parfois contradictoires. Qu’ils soient ou non avérés, ils traduisent l’intérêt certain que suscitent chez les différentes agences du régime nationaliste l’influence et les réseaux que He possède à Shanghai. À l’automne 1938, trois personnalités de premier plan, Kong Xiangxi 孔祥熙 (1881-1967), Yu Youren 于右任 (1879-1964) et Ju Zheng 居正 (1876-1951), demandent à He et à Chen Zhongfu de s’informer sur la possibilité d’une issue pacifique au conflit. Au même moment, Chen Lifu 陳立夫 (1900-2001) envoie à Shanghai Chen Hui 陳惠, qui contacte He et Chen pour qu’ils l’aident à récolter des informations sur les projets de l’occupant. Selon un autre témoignage, c’est un ancien étudiant de l’Université Chizhi, Xu Mingcheng 徐明誠, alors membre du Bureau du Sud-Est de l’état-major (junlingbu dongnan banshichu 軍令部東南辦事處), qui convainc He de mettre de côté son opposition à Jiang Jieshi pour le bien du pays. Il lui demande de réactiver son réseau japonais afin de collecter des informations sur les intentions du camp ennemi et d’exploiter les divisions en son sein. He s’envole alors pour Chongqing afin d’y recevoir ses ordres. De retour à Shanghai, il multiplie les contacts avec l’occupant.

De fait, après l’arrivée du groupe de Wang Jingwei à Shanghai en mai 1939, He s’emploie à ralentir la formation du nouveau gouvernement collaborateur. Lorsqu’il apprend que les Japonais misent sur une coopération entre Wang Jingwei et l’ancien seigneur de la guerre Wu Peifu 吳佩孚 (1874-1939), He et Chen se rendent auprès de Wu pour le dissuader. He conforte les autorités d’occupation dans l’idée que seules des négociations directes avec Chongqing permettront de trouver une issue au bourbier chinois, contribuant ainsi à ralentir l’avènement du nouveau régime, que Wang Jingwei espérait initialement inaugurer le 10 octobre 1939. L’un des principaux interlocuteurs de He est alors Onodera Makoto 小野寺信 (1897-1987), qui fait plusieurs allers-retours entre Shanghai et Tokyo pour tenter de rétablir le contact entre les dirigeants japonais et Jiang Jieshi. À l’été 1939, He est approché par le groupe de Wang Jingwei pour prendre part au “6e Congrès national” du GMD pro-japonais, mais s’attire la colère de Wang en refusant. Avec Chen Zhongfu, il crée la Nouvelle Ligue jurée (xin tongmenghui 新同盟會) pour s’opposer au monopole que Wang entend exercer en zone occupée sur l’héritage politique de Sun Yat-sen. Le nom de He Shizhen apparaît néanmoins parmi les membres des instances centrales du GMD “orthodoxe” de Wang, dont la liste est publiée dans la presse au lendemain du congrès réuni du 28 au 30 août 1939. Il est possible que ce soit là un moyen de lui forcer la main. Dans ses mémoires, Jin Xiongbai affirme pourtant que He était bien présent lors du congrès (quoiqu’il l’ait ensuite nié, précise-t-il). Jin note au passage que He est l’un des très rares participants à avoir été membre du Comité politique central d’avant-guerre, tout comme Wang, Chu Minyi, Chen Gongbo, Zhou Fohai et Kesingge 克興額 (1889-1950, ch. Li Zhinan 李指南). Quoi qu’il en soit, He est visé par un mandat d’arrêt émis par Chongqing, le 12 septembre 1939, contre les transfuges du GMD ayant choisi de participer au “Mouvement pour la paix” de Wang Jingwei, tels que Chu Minyi ou Mei Siping, sans que l’on sache très bien s’il s’agit d’un stratagème pour parfaire la couverture de He ou bien, plus vraisemblablement, d’un problème de communication entre les agents de Chen Lifu à Shanghai et les autorités centrales à Chongqing.

Le 15 septembre 1939, He Shizhen adresse un télégramme virulent à Jiang Jieshi et aux autres dirigeants réfugiés à Chongqing dans lequel il dénonce la politique de résistance du Gouvernement nationaliste comme une faute dont ils devraient “se repentir”. Selon lui, seule une politique d’union nationale et de paix peut mettre fin aux souffrances des Chinois. Ce télégramme est publié dans le Zhonghua ribao 中華日報, principal organe de presse du groupe de Wang Jingwei. Les rapports qu’entretient He avec ce dernier n’en restent pas moins conflictuels. Le 9 janvier 1940, Zhou Fohai se rend ainsi chez Wang pour discuter de la crise provoquée par la fuite de Gao Zongwu et Tao Xisheng à Hong Kong, mais aussi “pour gérer le problème posé par Chen Zhongfu et He Shizhen“. De même, Zhou rapporte dans son journal que, le 11 septembre 1940, Kagesa Sadaaki le met en garde contre “les plans de Chen Zhongfu et He Shizhen pour détruire le Gouvernement national [de Nankin]“. Pour cette raison, il semble que He n’ait pas occupé de position dans le régime de Wang Jingwei. Il n’en reste pas moins actif en zone occupée tout au long de la guerre.

À partir de 1942 au plus tard, les activités secrètes de He Shizhen prennent pour cadre la branche shanghaienne du Centre de recherche sur les questions internationales (guoji wenti yanjiusuo 國際問題研究所) dirigé depuis sa création en 1937 par le lieutenant-général Wang Pengsheng 王芃生 (1896-1946), réputé être le meilleur spécialiste du Japon au sein de l’armée chinoise. En octobre 1943, Xu Mingcheng, l’ancien étudiant de He évoqué plus haut, se voit confier la direction des opérations du Centre de recherche sur les questions internationales dans la zone Shanghai-Hangzhou-Nankin. En décembre, il installe des transmetteurs radio chez Sun Baiqun 孫伯群, un cousin de He Shizhen qui dirige l’entreprise familiale des minoteries Fufeng 阜豐麵粉廣, au domicile de He lui-même ainsi que chez l’un de ses anciens étudiants résidant à Hangzhou, Lao Jianshao 勞鑒劭 (1904-1984). Outre son travail clandestin pour Chongqing, He vient également en aide au PCC. C’est par son intermédiaire que les Communistes ouvrent un compte à découvert à la Banque centrale de réserve (zhongyang chubei yinhang 中央儲備銀行) dirigée par Zhou Fohai et créent des entreprises servant de façade pour approvisionner la Nouvelle 4e armée. Lors des épisodes de pénurie à Shanghai, son cousin Sun Baiqun et lui fournissent de la farine aux agents communistes.

En octobre 1944, He est impliqué dans la première tentative japonaise de capitulation. Cette affaire remonte à 1941, lorsque He est approché par Shin Suk Woo 신석우 申錫雨 (1895-1953), un ancien leader indépendantiste coréen, dont Konoe Fumimaro a fait son émissaire à Shanghai dans le but de rétablir un canal de négociation avec Jiang Jieshi. He accompagne Shin à Hong Kong à l’été 1941 pour le présenter à Xu Mingcheng. Sur ordre de Wang Pengsheng, He et Xu retournent Shin, qui accepte de fournir des renseignements aux services secrets chinois. Après l’attaque de Pearl Harbor, l’entourage de Konoe trame une conjuration qui aboutit, en 1944, à la formation d’une société secrète du nom d’Itsuyūkai 乙酉会 (Association de 1945). Elle se donne pour objectif de renverser Tōjō Hideki 東條英機 (1884-1948) et de mettre fin, d’ici 1945, à la guerre contre les États-Unis, jugée suicidaire. Konoe confie à son frère cadet, le baron Miyagawa Tadamaro 水谷川忠麿 (1902-1961), le soin de mener à bien cette mission avec l’aide de Shin Suk Woo. En janvier 1944, Shin est prévenu par Miyagawa que l’Itsuyūkai prépare un coup d’État contre le cabinet Tōjō. Avant d’agir, les conjurés souhaitent s’assurer que les Alliés sont prêts à négocier avec le futur gouvernement japonais. Xu Mingcheng transmet la requête à ses supérieurs. La réponse n’arrive qu’en août, alors que les revers militaires viennent de coûter son poste à Tōjō : une capitulation sans conditions du Japon est exigée comme préalable à des négociations. Le 12 octobre, He Shizhen prévient le baron Miyagawa, qui atterrit à Shanghai deux jours plus tard. Malgré les efforts de la partie japonaise, il semble que cette demande de capitulation ne soit jamais arrivée aux oreilles des Américains et des Britanniques.

Au lendemain de la reddition japonaise, le 15 août 1945, He est chargé par Chongqing de la réquisition des biens ennemis à Shanghai. Preuve qu’il n’est pas considéré comme un collaborateur, il n’est pas inquiété par l’épuration judiciaire qui s’ensuit. En 1948, He siège même comme député dans la nouvelle Assemblée nationale (guomin dahui 國民大會). Sa loyauté envers le GMD a tout de même des limites puisqu’il décide de ne pas suivre le Gouvernement national à Taiwan en 1949. Lors d’une visite à Shanghai, Zhou Enlai lui propose un poste, mais He décline. En août 1968, il est rattrapé par l’ « Affaire Pan Hannian », du nom de l’ancien espion communiste en zone occupée, qui est relancée au moment de la Révolution culturelle. Emprisonné pendant quatre ans, il est libéré pour raisons médicales quelques jours avant sa mort, le 17 octobre 1972. Lors du réexamen de son dossier en 1979, la Préfecture de police (gong’anju 公安局) de Shanghai reconnaît la contribution de He à la résistance communiste pendant la guerre.

Sources : Xu Youchun 2007, p. 664 ; Baidu ; Yang Tianshi 1999 ; WKS, p. 46 ; Shieh 1995, p. 172, 173 ; ZR, p. 227, 348 ; Fishel 1949 ; Imai Takeo 1987, p. 209-212.

Issu d’un milieu modeste – son père est maçon – Hirota Kōki est un enfant brillant qui se passionne pour les classiques confucéens et la calligraphie dès son plus jeune âge. Il est décidé à s’engager dans l’armée après la Triple intervention de 1895, qui voit l’Allemagne, la France et la Russie dénier au Japon le droit de s’emparer de la péninsule du Liaodong après sa victoire sur la Chine. Finalement, il opte pour la diplomatie et part comme pensionnaire dans le meilleur lycée de Tokyo. À son arrivée dans la capitale, il rend régulièrement visite à Tōyama Mitsuru 頭山満 (1855-1944), originaire comme lui de Fukuoka et influent fondateur de la Genyōsha 玄洋社 (Société du Détroit de Corée), une association ultranationaliste qui finance alors la lutte anti-mandchoue de Sun Yat-sen. Tōyama le présente à Yamaza Enjirō 山座円次郎 (1866-1914), un autre compatriote de Fukuoka qui dirige le Bureau des affaires politiques du ministère des Affaires étrangères (gaimushō 外務省). Suivant les traces de son nouveau mentor, Hirota empreinte la voie royale des diplomates en sortant diplômé de la faculté de droit de l’Université impériale de Tokyo, avant de finir major au concours d’entrée du Gaimushō en 1906, la même année que Yoshida Shigeru 吉田茂 (1878-1967). Entre-temps, Yamaza le charge de collecter des renseignements sur le continent. C’est ainsi qu’en 1903, Hirota passe ses vacances d’été à sillonner la Mandchourie à la veille de la Guerre russo-japonaise.

La carrière diplomatique conduit notamment Hirota à être nommé deux fois à Pékin, en 1907 comme stagiaire et en 1914 comme second de Yamaza, et à occuper le poste d’ambassadeur à Moscou entre 1928 et 1932. Ministre des Affaires étrangères entre 1933 et 1936, il incarne une politique extérieure tour à tour conciliante et agressive. Si elle peut apparaître contradictoire, analyse Michel Vié, elle reste cohérente dans sa volonté de rendre permanente l’hégémonie du Japon en Chine. Dans un discours remarqué devant la Diète, début 1935, Hirota se déclare optimiste au sujet des relations sino-japonaises et promet qu’une guerre n’éclatera pas sous son mandat. Cette volonté affichée d’améliorer les relations sino-japonaises est concrétisée le 18 mai 1935 par l’élévation au rang d’ambassadeur du représentant du Japon à Nankin. Dans le même temps, toutefois, Hirota favorise la stratégie de morcellement en Chine du Nord portée par Doihara Kenji et publie, le 28 octobre 1935, ce qui restera comme les « Trois principes d’Hirota » (Hirota sangensoku 廣田原則), qui fixent la politique impérialiste japonaise en Chine et annoncent les objectifs de guerre du Japon après 1937. Ces principes exigent du gouvernement chinois qu’il (1) abandonne sa politique anti-japonaise et ses liens avec les puissances occidentales au profit d’une relation privilégiée avec le Japon ; (2) reconnaisse le Manzhouguo et développe des liens économiques avec lui ; (3) coopère pleinement avec le Japon pour lutter contre les communistes. Comme ministre, Hirota contribue à transformer l’état d’esprit du Gaimushō. Alors que les diplomates japonais s’identifient depuis l’ère Meiji aux élites anglo-américaines, il affecte un style “continental” (tairikuteki 大陸的), c’est-à-dire oriental, en manifestant notamment son goût pour le bouddhisme Zen.

Devenu premier ministre à la suite de l’”Incident du 26 février 1936“, il signe le Pacte anti-Komintern et donne satisfaction aux militaires. C’est en effet sous son mandat que les crédits de l’armée sont doublés et qu’est rétablie la pratique consistant à nommer des militaires d’active aux postes de ministres de l’Armée et de la Marine, qui offre de fait un droit de veto dans les affaires civiles aux militaires. Ces derniers ne tardent pas à en faire usage en refusant de remplacer le ministre de l’Armée démissionnaire suite à des critiques, obtenant ainsi la chute du Cabinet Hirota le 23 janvier 1937. Hirota retrouve le portefeuille des Affaires étrangères en juin 1937, dans le premier Cabinet Konoe. Si sa marge de manœuvre est très étroite, voire nulle, il ne semble pas avoir cherché à imposer une solution diplomatique au conflit. Il ne prévient l’ambassadeur allemand Herbert von Dirksen (1882-1955) de l’existence d’un ultimatum dans les négociations avec le gouvernement chinois que le 16 janvier 1938, soit après son expiration. Son attitude est critiquée au sein du Gaimushō par les partisans de la désescalade tels que Ishii Itarō, exaspérés que Hirota ne tienne pas plus tête aux militaires. Ishii note dans son journal personnel à la date du 17 juillet 1937 : “Je n’avais pas imaginé que le ministre des Affaires étrangères Hirota était à ce point opportuniste et inconstant.” (Brooks 2000, p. 182).

Chose inédite dans l’histoire du ministère, il est remplacé en mai 1938 par un militaire, Ugaki Kazushige. Dans ses mémoires, l’ambassadeur américain à l’époque, Joseph Grew (1880-1965), livre l’analyse suivante de son éviction : “Hirota had fallen because he was too weak in opposing the Army while at the same time insisting that the Foreign Office has control of Japan’s foreign relations in China.” (Brooks 2000, p. 180). Bien que nommé à la Chambre des Pairs par l’empereur, il se place en retrait de la vie publique. Pour autant, son nom est évoqué pour le poste de premier ministre à chaque remaniement et il continue d’être régulièrement consulté, quoique ses avis ne soient généralement pas suivis. Dans les derniers jours de la guerre, il rencontre l’ambassadeur de l’Union soviétique Yakov Malik (1906-1980) pour transmettre la liste des cadeaux que le Japon est prêt à offrir en échange d’un maintien du pacte de non-agression. Mais il est déjà trop tard. L’invasion de la Mandchourie par les troupes soviétique, le 8 août 1945, porte un coup fatal à l’Empire du Grand Japon.

Jugé après-guerre par le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, Hirota ne prononce pas un seul mot de tout le procès, y compris lorsqu’il apprend le suicide de son épouse. Cette attitude, que certains attribuent à l’influence du Zen, explique en partie qu’il soit le seul civil à être exécuté comme criminel de guerre de classe A. Son statut d’unique « martyr » du Gaimushō lui vaut de voir sa responsabilité dans la guerre sino-japonaise largement atténuée par ses collègues. Dans les biographies et mémoires qu’ils publient après-guerre, ils font d’Hirota la victime de l’ascendant pris par les militaires sur les diplomates dans les affaires extérieures du Japon. Son soutien aux faucons de l’armée dans les premiers mois de la guerre s’inscrit pourtant dans une politique extérieure cohérente incarnée par Hirota depuis 1933 comme ministre des Affaires étrangères et premier ministre.

Sources : NKJRJ, p. 436 ;  KSDJ ; Dictionnaire historique du Japon, vol. 8, 1982, p. 17-19 ; Shiroyama 1989 ; Brooks 2000, p. 62 sqq., 74, 129, 151, 180 sqq. ; Vié 1995, p. 189, 198 ; IMTFE {48,595} ; Boyle 1972, p. 78, 145.

Taïwanais du nom de Huang Yushan 黃育山, Huang Ziqiang change d’identité et de lieu de naissance pour Jinjiang 晉江 au Fujian en 1940. Diplômé de la quatrième promotion de l’Académie de Huangpu (Huangpu junxiao 黃埔軍校), il intègre en 1926 à Tokyo l’École d’officiers de l’armée de terre (rikugun shikan gakkō 陸軍士官学校), dont il sort major. De retour en Chine en 1929, il est chargé par Jiang Jieshi de mener une mission de renseignement durant la Guerre des plaines centrales (zhongyuan dazhan 中原大戰). Instructeur à l’École d’artillerie de Nankin, il se blesse à la jambe lors d’une chute de cheval. Cet accident, dont il garde des séquelles, est vécu comme un échec pour Huang, qui rêve d’une carrière à la mesure de son talent.

Après le début de la guerre sino-japonaise, il reste dans le Nord-Jiangsu en raison de sa blessure et sert comme chef d’état-major dans la guérilla nationaliste. Proche de Wang Jingwei et ancien étudiant d’Imai Takeo, Huang rallie le Mouvement pour la paix en 1940. Wang le nomme au Comité des affaires militaires (junshi weiyuanhui 軍事委員會, CAM), mais Imai insiste pour qu’il reçoive des responsabilités plus importantes. Nommé vice-chef de la Direction générale (bangongting 辦公廳) du CAM, Huang devient le principal intermédiaire entre le CAM et le bureau des conseillers militaires japonais. Il occupe divers postes importants dans l’armée de Nankin.

Après l’assassinat de Li Shiqun en 1943, les services spéciaux sont réorganisés en octobre et passent sous le contrôle du Bureau politique du CAM dont Huang prend la tête. La nouvelle organisation est cependant déchirée par une lutte de factions opposant Huang à son subordonné Wan Lilang 萬里浪 (1906-1946) et, à travers eux, l’Armée expéditionnaire de Chine (Shina hakengun 支那派遣軍) à l’Agence de la prune (ume kikan 梅機関), notamment pour le contrôle du trafic d’opium. Le décès de Wang Jingwei prive Huang Ziqiang de son principal appui côté chinois.

Sous l’influence de Wan, Chen Gongbo supprime le Bureau politique du CAM en janvier 1945 et nomme Huang gouverneur du Jiangxi en guise de mise au placard. À la différence de Wan Lilang qui, après avoir aidé Dai Li à la fin de la guerre, est trahi par ce dernier, Huang s’enfuit pour Yangzhou dès l’annonce de la capitulation japonaise et change son nom en Li. Par la suite, il retourne à Taiwan. En 1947, le Dagongbao 大公報 (L’Impartial) de Tianjin annonce que Huang est mort des suites d’un coup de feu parti par inadvertance de l’arme d’un militaire assis à côté de lui dans un café. Selon une autre source, il serait mort dans des circonstances similaires mais au début de l’année 1946 alors qu’il inspectait une mine.

Sources : MRDC, p. 1109 ; Martin 2001, p. 136-138 ; Fu Daxing 2010.

Originaire du Fujian, diplômé en agronomie de l’Université impériale de Tokyo, He Zan commence sa carrière comme directeur de l’École d’agronomie n°1 du Fujian (jiazhong nongxue xuexiao 甲種農學學校) et conseiller de l’Armée de pacification du Fujian (jingminjun 靖閔軍). Au milieu des années 1920, il change d’orientation pour devenir diplomate. De son expérience de consul, dans les Indes néerlandaises notamment, il tire la conviction que la Chine ne devrait pas privilégier l’Occident aux dépens du Japon. En désaccord avec la politique de Jiang Jieshi, il se retire sur le mont Mogan 莫干山 au nord-ouest de Hangzhou.

Au moment de l’invasion japonaise, les réfugiés affluent sur le mont, où He Zan organise les secours. Il prend alors la tête du comité de maintien de l’ordre local, avant d’être nommé maire de Hangzhou en juin 1938. Il doit sans doute cette promotion rapide au fait que le ministre de l’Intérieur du Gouvernement réformé, Chen Qun, soit lui aussi originaire de Minhou, alors que les premiers collaborateurs chargés d’administrer Hangzhou sont tous originaires de la ville. Pour gouverner la capitale du Zhejiang, He s’entoure d’une dizaine de fidèles qu’il a connus du temps de ses études au Japon.

Le 22 janvier 1939, He Zan est abattu sous les yeux de sa famille, par deux agents du Zhongtong 中統 (les services secrets civils de Chongqing), aidés par un adolescent, Shen Guoying 沈國英, qui fait le récit de cette opération après-guerre. He est remplacé à la mairie de Hangzhou par un autre natif de Minhou, Wu Nianzhong 吳念忠.

Sources : Shen Guoying 1996 ; CIG, p. 348 sq. ; He Zhiping 1996, p. 498 ; Chen Dingwen 1982, p. 208.

Originaire de Wuxian (Jiangsu), Hu Zheng passe par l’Université du Sud-Est (Nankin, future Université centrale) avant de partir étudier le droit à l’Université de Californie. Durant la « décennie de Nankin », il travaille d’abord dans sa province d’origine comme secrétaire de l’envoyé spécial du ministère des Affaires étrangères (waijiaobu tepai Jiangsu sheshishu 外交部特派江蘇涉使署), puis au bureau de l’Impôt sur les cigarettes (juanyan shuiju 捲煙稅局). Hu obtient ensuite un poste de chef de section au ministère des Finances (caizhengbu 財政部), avant de prendre la tête du bureau du Cadastre (tudichu 土地處) dans le gouvernement municipal de Qingdao. On le retrouve ensuite dans l’Anhui comme chef du bureau des Tabacs et des vins (yanjiu shiwuju 煙酒事務局). À la veille de la guerre, il trouve à s’employer comme secrétaire au Conseil des affaires politiques du Hebei-Chahar (Ji-Cha zhengwu weiyuanhui 冀察政務委員會).

Il reste dans le Nord au début de l’occupation, et entre au Gouvernement provisoire (linshi zhengfu 臨時政府) comme chef de section du bureau des Renseignements du Comité exécutif (xingzheng weiyuanhui qingbaoju 行政委員會情報局). Peu après, il retourne en Chine centrale, pour travailler au ministère des Finances du Gouvernement réformé (weixin zhengfu 維新政府). Après l’établissement du régime de Wang Jingwei, il est nommé secrétaire au Yuan d’examen avant de rejoindre l’équipe de Cai Pei à la mairie de Nankin comme chef du bureau du Cadastre (dizhengju 地政局), poste qu’il occupe de juillet 1940 à avril 1943.

À la création du ministère des Vivres (liangshibu 糧食部) en janvier 1943, Hu obtient, grâce aux liens de son épouse avec le vice-ministre Zhou Naiwen, le poste-clé de responsable du Bureau d’achat de riz pour les zones de Suzhou, Changzhou, Songjiang et Taicang (Su Chang Song Tai qu miliang caigou banshichu 蘇常松太區米糧採購辦事處). Avec son beau-frère Hou Dachun, qui dirige le bureau des Vivres du Jiangsu, Hu met alors en place un vaste système de spéculation sur le riz. Il est jugé et fusillé en mars 1944.

Sources : Minguo ribao 15/03/44 ; Ji Xilin 1989 ; Wakeman 2004, p. 144-145 ; Minguo ribao 15/03/44 ; MZN, p. 1133-1134 ; Yuan Yuquan 2010, p. 152.

Originaire de Huangyan (Zhejiang), titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université de Pékin, Huang Qingzhong dirige l’École spécialisée de droit et de politique du Zhejiang (Zhejiang shengli fazheng zhuanmen xuexiao 浙江省立法正專門學校) et enseigne dans plusieurs établissements supérieurs tels que l’Académie Chizhi (chizhi xueyuan 持志學院) fondée à Shanghai par He Shizhen.

En août 1939, Huang devient membre du GMD “orthodoxe” de Wang Jingwei. Sa carrière dans le régime de Nankin suit celle de Ding Mocun, dont il est le bras droit. Il est ainsi nommé vice-ministre des Affaires sociales (shehuibu cizhang 社會部次長) et, en 1945, chef du bureau des Affaires politiques du gouvernement provincial du Zhejiang dirigé par Ding. Il tire de cette dernière expérience un long wenshi ziliao.

Sources : MRDC, p. 1131 ; Huang Qingzhong 1979.

Après avoir intégré le ministère des Affaires étrangères (gaimushō 外務省) en 1919, Hidaka représente le Japon à la Société des Nations, puis en Chine (Pékin et Nankin) en 1933-1934. Conseiller d’ambassade en Chine en 1937, il rencontre Gao Zongwu le 1er août 1937 à la demande de l’ambassadeur Kawagoe Shigeru 川越茂 (1881-1969), dans le but de trouver une issue à ce qui n’est encore qu’un incident en Chine du Nord.

Hidaka est nommé l’année suivante consul à Shanghai, puis chef du bureau économique du Kōa-in 興亜院. Redevenu conseiller d’ambassade en 1940, il assiste l’ambassadeur Abe Nobuyuki dans les négociations qui aboutissent au “Traité sur les relations fondamentales sino-japonaises” (Zhong-Ri jiben guanxi tiaoyue 中日基本關係條約) signé avec le gouvernement de Wang Jingwei le 30 novembre 1940. En 1941, il devient envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Shanghai, avant d’être nommé ambassadeur à Rome en 1942. Il rentre au Japon en 1946. De 1962 à sa mort, Hidaka préside l’Association de bon voisinage (zenrin yūgi-kai 善隣友誼会) créée notamment par Shimizu Tōzō et Iwai Eiichi pour venir en aide aux anciens collaborateurs chinois réfugiés au Japon.

Sources : NKJRJ, p. 425 ; KSDJ ; Liu Jie 1995, p. 85 ; Iwai 1983, p. 282.

Principal Shinatsū 支那通 (spécialiste de la Chine) à avoir servi comme conseiller militaire du gouvernement de Wang Jingwei après Kagesa Sadaaki, il est le concepteur de la Campagne de pacification rurale (qingxiang gongzuo 清鄉工作) lancée en juillet 1941.

Né dans une famille de militaires, Haruke sort de l’École supérieure de guerre (rikugun daigakkō 陸軍大学校) en 1931. Il intègre la section Chine (Shina-ka 支那課) au sein du Second Bureau (dai ni ka 第二課) de l’État-major central (sanbō honbu 参謀本部) en 1934, avant d’être envoyé à Jiujiang (Jiangxi) pour faire du renseignement. En juin 1938, il devient membre de l’Agence Doihara chargée de centraliser l’État d’occupation. En février 1939, il aide Ding Mocun et Li Shiqun à organiser le service de sécurité du Mouvement pour la paix (le n°76). Haruke apprécie peu Ding mais s’entend très bien avec Li, dont il devient le protecteur.

Après avoir secondé Kagesa au sein de l’Agence de la prune (ume kikan 梅機関), Haruke devient conseiller militaire du gouvernement de Wang Jingwei après l’établissement de celui-ci en mars 1940. Si plusieurs thèses existent sur la genèse exacte de la Campagne de pacification rurale (qingxiang gongzuo 清鄉工作), il semble que Hakuke ait joué un rôle central dans son organisation, à partir de la fin de l’année 1940, en s’inspirant de la stratégie de Zeng Guofan 曾國藩 (1811-1872) contre les Taiping au milieu du XIXe siècle et de Jiang Jieshi contre le PCC dans les années 1930. La direction effective de l’administration du qingxiang est confiée à son protégé Li Shiqun.

En avril 1942, Haruke est muté à Pékin, avant de rentrer à Tokyo l’année suivante pour prendre la tête de la section Chine. Son sort au lendemain de la reddition japonaise n’est pas clair. Il a publié en 1951 un témoignage sur son rôle dans la mise en place du n°76 intitulé Bōryaku no Shanhai 謀略の上海 (Intrigues à Shanghai), qui a été réédité en 1980 sous le titre Shanhai tero kōsaku shichijūroku gō 上海テロ工作76号 (Le n°76 et la terreur à Shanghai).

Sources : Haruke 1985 ; Ma Hongwu 1988, p. 579 ; Martin 2001 ; Chen Yung-fa 1986, p. 81 sq.

Natif de Panyu (Guangdong), élève brillant, He Bingxian poursuit ses études à l’Université de Californie, où il obtient une maîtrise d’économie politique en 1926. Proche de Chen Gongbo, qui entretient au grand jour une liaison avec sa sœur aînée, il fonde avec lui l’Université continentale (dalu daxue 大陸大學), où He enseigne l’anglais et l’administration. Il s’impose alors comme le meilleur spécialiste du pays en commerce international, dont il est le premier à faire une discipline scientifique en Chine.

En mai 1932, He est nommé chef du Département du commerce international (guoji maoyiju 國際貿易局), au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie (shiyebu 實業部) que dirige Chen Gongbo. Remarqué par Wang Jingwei, originaire de la même région que lui, il rédige quotidiennement des notes à son attention, mais refuse le poste de vice-ministre des Finances. Preuve de l’attachement qu’éprouve à son endroit Wang Jingwei, il envoie Chu Minyi à Shanghai pour lui porter des cadeaux lors de la naissance de son fils en 1936. Au début de la guerre, He suit le gouvernement à Chongqing et met sa famille à l’abri à Hong Kong, avant de faire défection pour participer au Mouvement pour la paix. Wang lui confie son fils aîné Wang Mengjin 汪孟晉 (1913-) pour qu’il se forme à ses côtés.

À la fondation du Gouvernement national réorganisé en mars 1940, He est désigné vice-président du Comité économique spécial (jingji zhuanmen weiyuanhui 經濟專門委員會) et chef du 3e bureau du Comité des affaires militaires chargé de l’approvisionnement des troupes. Bien que dépourvu de la moindre expérience dans l’armée, il est promu général de brigade et porte l’uniforme. Il n’obtient en revanche aucun poste ministériel important. Chen Gongbo préfère donner le secrétariat général du Yuan législatif à son autre protégé Hu Zewu car, dit-il, He est trop entêté. Contrôleur à la Banque centrale de réserve (zhongyang chubei yinhang jianshi 中央儲備銀行監事) et membre du Comité de gestion des Vivres (liangshi guanli weiyuanhui 糧食管理委員會), He Bingxian joue néanmoins un rôle important dans la politique économique du régime – certes limitée par la forte ingérence japonaise.

Il est témoin des assassinats perpétrés par les nervis de Li Shiqun pour faire pression sur les banques et subit les critiques sévères de son frère aîné He Bingde 何炳德, dirigeant dans une maison de commerce française à Shanghai. En 1942, Wang Jingwei lui propose de diriger Hong Kong, désormais occupée, mais He décline l’offre. À partir de mars 1943, il siège au Comité national de contrôle des ressources (quanguo wuzi tongzhi shenyi weiyuanhui 全國物資統制審議委員會), chargé notamment de ravitailler l’armée japonaise en matières premières. Constatant les conséquences désastreuses de cette politique sur la population lors de ses tournées d’inspection, He organise la distribution de vivres dans la région de Suzhou. Il s’implique également, début 1943, dans la création d’un hôpital avec le soutien des époux Wang.

Après la dissolution du gouvernement le 16 août 1945, He s’enfuit au Japon au côté de Chen Gongbo le 25 août, avant d’être extradé et emprisonné le 13 octobre. Sa femme et ses trois enfants sont chassés de leur domicile et doivent habiter dans un bidonville. Au moment de son procès, He reconnaît ses fautes et bénéficie du soutien de nombreuses personnes venues témoigner de ses bonnes actions, ce qui lui vaut d’écoper d’une peine clémente de huit ans de prison. Libéré en 1948, il s’installe à Hong Kong où il fait difficilement vivre sa famille en travaillant comme traducteur. Dernier survivant du régime de Nankin, il s’éteint à l’âge de 98 ans. Son fils Ho Tao 何弢 (1936-2019) est diplômé de Harvard et ancien assistant personnel du fondateur du Bauhaus, Walter Gropius (1883-1969). Devenu lui-même un architecte célèbre, il est notamment connu pour avoir dessiné le drapeau de la Région administrative spéciale de Hong Kong. Il a publié en 1998 un portrait de son père dans la revue taïwanaise Zhuanji wenxue 傳記文學 (vol. 78, n°1).

Sources : Xu Youchun 2007, p. 674 ; Sun Jian 2008 ; Chen Hongmin 2009, p. 219 ; Wang Yiyi 2010, p. 175 ; Wikipedia.

Né à Jianshi (Hubei), He Peirong sort diplômé de l’École d’officiers de l’armée de terre (rikugun shikan gakkō 陸軍士官学校) de Tokyo en 1906. De retour en Chine, il enseigne à l’Académie militaire de Baoding (Baoding lujun junguan xuexiao 保定陸軍軍官學校) et devient commandant de régiment dans l’Armée Beiyang. En 1915, il suit le seigneur de la guerre Wang Zhanyuan 王占元 (1861-1934), qui le nomme gouverneur du Hubei en 1919. À la chute de Wang, en 1921, He se réfugie dans les concessions japonaises de Tianjin puis de Wuhan.

Au début de la guerre sino-japonaise, He Peirong dirige le Conseil de Wuhan (Wuhan canyifu 武漢參議府) et son Comité des affaires politiques (Wuhan zhengwu weiyuanhui 武漢政務委員會). Après la prise de la capitale du Hubei en octobre 1938, il accepte de collaborer avec les Japonais, qui le placent à la tête du Comité de maintien de l’ordre (zhi’an weichihui 治安維持會) local. En 1939, l’armée d’occupation le charge d’organiser un gouvernement régional basé à Wuhan, qui devient finalement le gouvernement provincial du Hubei, dont il prend la tête en novembre. Il forme avec Shi Xingchuan, qui partage un parcours identique au sien, un binôme au service des ambitions régionalistes des services spéciaux de Hankou, dirigés par Shibayama Kenshirō.

Au moment de la formation du gouvernement de Nankin le 30 mars 1940, He est nommé membre du Comité politique central (zhongyang zhengzhi weiyuanhui 中央政治委員會), mais rentre précipitamment ce même jour à Wuhan, après avoir refusé de siéger, si l’on en croit le consul de France à Hankou, Fernand Roy. Dans un témoignage d’après-guerre, Chen Chupu rapporte que, poussés par leurs patrons japonais, He Peirong et Shi Xingchuan exigent de pouvoir participer au Comité politique central et se rendent dans la capitale sans attendre l’autorisation du nouveau gouvernement, qui est contraint d’ajouter, au dernier moment, des sièges de simples auditeurs (liexi 列席).

Afin de consolider son assise politique locale, He Peirong fonde en mai 1940 le Parti républicain (gonghedang 共和黨), qui n’est en rien apparenté au parti homonyme créé en mai 1912 par Li Yuanhong 黎元洪 (1864-1912), bien qu’il en revendique l’héritage. Soucieux de ne pas laisser se développer une force dissidente au Hubei, Zhou Fohai exige que le Parti républicain prête allégeance aux Trois principes du peuple (sanmin zhuyi 三民主義) et qu’il soumette le brouillon de son manifeste au gouvernement central pour examen préalable, comme l’ont fait les ersatz pro-japonais du Parti de la jeunesse (Zhongguo qingnian dang 中國青年黨) et du Parti national-socialiste (guojia shehui dang 國家社會黨). Contrairement à ces derniers et malgré son nom, le Parti républicain s’apparente toutefois davantage à une organisation de masse, encore embryonnaire, comme les Japonais en avaient créées à Pékin (Xinminhui 新民會) et en Chine centrale (Daminhui 大民會). C’est sans doute la raison pour laquelle le GMD “orthodoxe” de Nankin exige et obtient sa dissolution en décembre 1940, intégrant dans ses rangs les 40 000 membres revendiqués par le Parti républicain.

Tout en se déclarant loyaux au gouvernement de Wang Jingwei, He Peirong et sa tutelle japonaise ne renoncent pas à conserver une grande autonomie face à la politique centralisatrice de Nankin. Cette ambition s’exprime notamment au Jiangxi, dont neuf des onze districts occupés sont placés sous le contrôle des autorités de Wuhan, qui en tirent une partie non négligeable de leurs ressources fiscales. Désireux de s’émanciper de cette administration gourmande en impôts, les notables du Jiangxi, réunis au sein du Comité pour l’accélération de la formation du gouvernement provincial du Jiangxi (Jiangxi shengzheng cucheng weiyuanhui 江西省政促成委員會), pétitionnent auprès des autorités centrales de Nankin. Ils accusent He Peirong d'”accaparer l’administration du Jiangxi pour la placer sous sa direction personnelle“. He n’est plus là quand un gouvernement provincial du Jiangxi est finalement inauguré le 19 juin 1943. Les circonstances de sa mort, le 6 juin 1942, ne sont pas claires. Selon les sources, He est, au choix, empoisonné par les Japonais, par sa femme, ou meure plus simplement de maladie. He est un opiomane invétéré, tout comme son successeur au poste de gouverneur du Hubei, Yang Kuiyi.

Sources : HSRZ, p. 97 sq. ; MRDC, p. 388 ; ADF 503, 9 avril 1940 ; Chen Chunpu 2010, p. 94 ; AH 118-010100-0035-051 ; Horii 2011, p. 102 ; WZQS, p. 1504 ; Chen Ronghua 2005, p. 193 ; Cheng Hua 1986a, p. 28-29.

Biographical Dictionary of Occupied China

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